Une reprise plus rapide que prévu pour le tourisme d’affaires

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Le syndrome de la cabane (la tentation du repli sur soi après le confinement) ne semble pas toucher les voyageurs d’affaires.
Normand Huberdeau Groupe NH Photographes Le syndrome de la cabane (la tentation du repli sur soi après le confinement) ne semble pas toucher les voyageurs d’affaires.

Ce texte fait partie du cahier spécial Tourisme d'affaires

Il n’y a pas que les mariages qui se célèbrent en cascade après des mois de report : les congrès, les expositions commerciales, les réunions de renforcement d’équipe et d’autres événements professionnels aussi. Suivant plus de deux ans de restrictions sanitaires, le tourisme d’affaires est aujourd’hui porté par une forte demande.

Les 2,5 millions de dollars investis par le gouvernement québécois dans le cadre du Fonds de développement en tourisme d’affaires (FDTA), lancé en décembre 2021, ont redonné du souffle au secteur. « Une centaine d’entreprises ont été soutenues grâce au FDTA », indique Geneviève Roy, présidente-directrice générale de Tourisme Laval, à qui le gouvernement a confié la gestion de ce fonds.

Une demande robuste

 

À Laval, près d’un touriste sur deux vient pour affaires, en solo ou pour participer à un événement de groupe. En 2019, cela représentait environ 900 000 personnes. « La pandémie nous a grandement touchés », dit Geneviève Roy, qui observe néanmoins que la demande reprend. Vingt-deux congrès et événements d’affaires et 40 nuitées ont été organisés sur le territoire de Laval pendant les mois d’été (entre juin et août), ce qui représente presque le même nombre de nuitées qu’en 2019.

Les résultats d’un sondage effectué l’été dernier par Tourisme Laval auprès de 88 acteurs du secteur au Québec sont par ailleurs très positifs. « Neuf sur dix envisagent d’organiser au moins deux événements au cours des deux prochaines années. Près de la moitié d’entre eux en tiendraient cinq ou plus », indique avec satisfaction Mme Roy. Selon près de la moitié des répondants au sondage, qui tiennent un événement récurrent, ces rassemblements compteraient le même nombre de participants qu’au début de la pandémie. « Seulement un tiers ont indiqué que ce nombre allait baisser. On peut dire que c’est quand même stable », ajoute la présidente-directrice générale.

À Québec aussi, le feu est au vert. « La reprise est très forte. Elle est arrivée plus vite qu’on ne le pensait », relate Gilber Paquette, directeur général de Tourisme d’affaires Québec. La pandémie a eu l’avantage d’attirer les regards vers le tourisme d’affaires, dit celui qui estime qu’il a longtemps été le parent pauvre de l’industrie touristique par rapport au tourisme d’agrément. Mais le vent a tourné : « Nous sentons que des stratégies s’en viennent au ministère du Tourisme. Il y a des plans d’action. »

Un défi de main-d’oeuvre

Le paysage serait idyllique si la pénurie de main-d’oeuvre ne s’était pas invitée dans la plupart des secteurs économiques de la province. « Notre produit, c’est le service. Nous avons donc encore plus besoin de la main-d’oeuvre que les autres », souligne Geneviève Roy. S’ils rapportent être touchés par ce problème, les entrepreneurs lavallois ne semblent pas devoir mettre le pied sur le frein. « Nos activités roulent de façon normale. Les services sont ouverts et redoublent les efforts ; cela reste un défi interne », affirme la présidente-directrice générale de Tourisme Laval.

Un sondage sur la reprise au Québec publié en septembre dernier par Tourisme d’affaires Québec révèle en revanche un impact de la pénurie : seuls 44 % des répondants fonctionnent au maximum de leur capacité par manque de main-d’oeuvre. Par ailleurs, 67 % refusent des événements par manque d’effectifs, et près de la moitié doivent limiter la taille des groupes qu’ils accueillent. « Certains hôteliers nous disent par exemple qu’ils n’accueillent pas des groupes de plus de 100 personnes. On ne voyait pas ça avant la pandémie », souligne Gilber Paquette. En outre, 48 % des sondés affichent des revenus inférieurs à 2019 pour la période de mai à août 2022. « Mais les hôteliers qui sont capables de répondre à la demande ont une croissance de 2,6 % », précise-t-il.

Un manque à gagner, alors que la demande est exceptionnelle. « Tous les événements reportés depuis deux ans sont relogés dans une fenêtre très étroite. La réalité, c’est qu’à l’heure actuelle, les hôteliers refusent des événements d’affaires », affirme celui pour qui la situation devrait commencer à se normaliser en 2023. Les gens ne sont plus disposés à se déplacer pour une réunion ou une formation de deux ou trois heures, estime Gilber Paquette. Ces courts événements « perdus ou presque à jamais » pourraient libérer de l’espace et de la main-d’oeuvre pour l’accueil de plus grands groupes. Quant aux repas, la formule buffet est en vogue pour pallier le manque de personnel, observe-t-il.

La joie de reprendre contact

 

Le syndrome de la cabane (la tentation du repli sur soi après le confinement) ne semble pas toucher les voyageurs d’affaires. « Les gens sont très contents de se retrouver, affirme Gilber Paquette, qui observe déjà un effet positif du télétravail sur son industrie. Beaucoup d’entreprises réduisent la taille de leurs locaux pour s’adapter au travail hybride. Il y a donc un regain d’intérêt pour les rencontres d’équipe, en particulier le team building, qui est le secteur le plus en croissance. » Autrefois considéré comme un luxe, le voyage de motivation est devenu, selon lui, une nécessité.

« Les gens veulent se voir et être sur place pour recevoir le contenu, échanger avec les participants, mais aussi profiter de la destination », affirme également Geneviève Roy, qui souligne de récents investissements hôteliers importants à Laval, soit la construction de trois nouveaux hôtels (le Grand Hôtel Times, inauguré en juin 2021, et deux Marriott prévus pour 2023) et de grandes rénovations au Sheraton.

Si les visiteurs voyagent sans crainte, il pourrait être utile de rassurer les organisateurs, suggère Gilber Paquette. « Le niveau de risque d’un événement, pour un organisateur étranger qui voudrait venir au Québec, par exemple, est beaucoup plus élevé aujourd’hui en raison de la COVID-19 », dit-il. Ailleurs, certains fonds sont proposés pour la gestion du risque financier associé à un événement d’affaires. Cette forme d’assurance garantissant les revenus des organisateurs pourrait être importée au Québec, selon M. Paquette : « Ce serait une belle approche, notamment pour les acteurs du secteur associatif, qui se financent par leurs événements. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

À voir en vidéo