Retraités: pour un retour au travail gagnant-gagnant

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Image tirée du film Le stagiaire, dans lequel Robert De Niro interprète un retraité qui décide de retourner sur le marché du travail. Warner Bros
Image tirée du film Le stagiaire, dans lequel Robert De Niro interprète un retraité qui décide de retourner sur le marché du travail. Warner Bros

Ce texte fait partie du cahier spécial Métiers, professions et carrières

Les retraités sont de plus en plus appelés à reprendre le chemin du travail afin de pallier la pénurie de main-d’oeuvre, à tel point que le sujet s’est invité dans la récentecampagne électorale. Un appel auquel ils voudraient répondre favorablement, pourvu qu’ils ne soient pas les grands perdants de l’opération.

Dans le film Le stagiaire, de Nancy Meyers, Robert De Niro ressort son costume et sa mallette pour retourner au bureau à 70 ans. Sceptique au départ, sa maîtresse de stage trentenaire, Anne Hathaway, est vite conquise par son engagement au travail, son expérience et même ses bonnes manières old school. Mais dans la vie réelle, on peut craindre que les choses ne se déroulent pas aussi bien qu’à Hollywood, et les retraités craignent souvent que travailler ne soit pas payant pour eux. Pourtant, avec quelques précautions, l’aventure peut s’avérer gagnante.

Bien cibler ses besoins

 

« Les retraités qui souhaitent revenir sur le marché du travail doivent identifier ce qu’ils souhaitent faire ou ne plus faire », conseille Karine Roussy, directrice générale de l’organisme de services-conseils en emplois GIT. Souvent, leurs ambitions ont changé par rapport à leur ancienne vie active : ils veulent moins de responsabilités, être disponibles pour une activité bénévole à côté, ou encore ne plus se retrouver coincés dans le trafic routier.

Le retour au travail se prépare donc avant de se lancer : bien cibler l’entreprise ou le secteur, cerner ses attentes, ses intérêts et ses compétences. « D’autant que dans un marché aussi favorable qu’en ce moment, cela va fonctionner très rapidement pour les gens expérimentés qui veulent retravailler. Mais nous voulons leur éviter de sauter du coq à l’âne pour que l’expérience soit positive », dit Mme Roussy.

Faire ses calculs

 

« Les gouvernements ont pris des mesures, mais les gens sont souvent restés sur des perceptions du passé », observe Luc Godbout, titulaire de la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) à l’Université de Sherbrooke et auteur de l’analyse Un regard éclairé sur le travail une fois à la retraite. Aujourd’hui, le taux de conservation du revenu de travail est plus élevé que bien des personnes ne l’anticipent, précise Suzie St-Cerny, chercheuse à la CFFP et coautrice de cette étude.

Pour en avoir le coeur net, un outil permet de prendre une décision financière éclairée : le calculateur de revenu de travail conservé à la retraite mis en ligne par le ministère des Finances. « On peut y entrer son revenu de retraite, le revenu de son conjoint, son âge et les revenus anticipés du travail pour vérifier quelle partie on conserverait. C’est à la fois simple et ludique », assure Luc Godbout.

Les deux auteurs livrent dans leur analyse six pistes pour rendre le travail après la retraite encore plus avantageux. Deux d’entre elles devraient être appliquées dans les prochains mois ou années par les gouvernements québécois et fédéral, prévoit Luc Godbout : rendre les cotisations au régime des rentes du Québec facultatives pour les retraités de 65 ans et plus qui ont commencé leur rente et qui travaillent, et mettre en place un crédit d’impôt pour la prolongation de carrière.

Des qualités à revendre

Les plus de 60 ans ne manquent pas d’atouts pour séduire les entreprises. « La valeur du travail est bien ancréedans cette génération », souligne Karine Roussy, qui vante notamment leur faible taux d’absentéisme et leur niveau d’engagement. « Si vous les engagez pour être à l’accueil de votre centre des congrès trois jours par semaine, ils seront là ! » dit celle qui ajoute en plaisantant qu’ils sont moins dépendants de leur téléphone cellulaire que les plus jeunes.

Elle recommande de rassurer l’employeur potentiel sur la durée de travail anticipée. « Si l’on est capable de donner une perspective à moyen terme (5 ans par exemple), c’est déjà beaucoup pour l’entreprise », indique-t-elle. Quant à ceux qui ont des connaissances en informatique, ils ont intérêt à le préciser.

De son côté, l’employeur doit prendre des précautions pour préserver le bonheur de ces travailleurs souvent à temps partiel, selon Mme Roussy : assurer une rémunération équitable, une bonne intégration, offrir des marques de reconnaissance et respecter le contrat. Pas d’heures supplémentaires sollicitées constamment sous prétexte qu’à l’âge de la retraite, on a du temps !

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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