Faut-il vraiment faire un choix de carrière à 16 ans ?

Raphaëlle Corbeil
Collaboration spéciale
S’il est difficile de faire un choix de carrière à l’adolescence, c’est toutefois un bon moment pour commencer à se poser des questions.
Illustration: Delphine Bérubé S’il est difficile de faire un choix de carrière à l’adolescence, c’est toutefois un bon moment pour commencer à se poser des questions.

Ce texte fait partie du cahier spécial Métiers, professions et carrières

Alors que le marché du travail se complexifie, il est de plus en plus difficile de s’orienter tôt.

Choisir un métier. Une tâche difficile, voire angoissante pour plusieurs adolescents. Dès l’âge de 16 ans, les élèves du secondaire doivent choisir entre une orientation scientifique ou sociale. Puis, vient le temps de choisir un programme parmi les centaines de parcours offerts dans les cégeps, en fonction de ses notes, aptitudes et qualifications, mais surtout, en fonction que la carrière qu’on souhaite entreprendre. Faut-il déjà avoir fait son choix de carrière à 16 ou 17 ans ?

Absolument pas, répond la conseillère d’orientation Marie-Noëlle De Sève. Dans un billet sur le site de la firme BrissonLegris, elle explique qu’il faut à tout prix se départir de la pression de choisir ce qu’on va faire « pour le restant de nos jours ».

« Étant au fait du développement vocationnel de l’adolescent et du jeune adulte, de la réalité actuelle du marché du travail ainsi que de l’apport du hasard, il est très peu probable, voire impossible, que les choses se déroulent exactement et précisément comme on l’avait planifié. Alors, à quoi bon décider de tous les détails tout de suite ? » écrit-elle.

Apprendre à se connaître

La conseillère en orientation Sandy Vignola, de la même firme, abonde dans le même sens. « À l’adolescence, on commence à peine à se connaître. Moi, ce que je conseille aux jeunes, c’est de continuer d’explorer. On peut avoir des intérêts plus prononcés que d’autres, mais il est rare d’avoir une idée très précise de ce que l’on veut faire à cet âge-là », explique-t-elle.

Continuer d’explorer dans un programme au cégep, sortir aussi du cadre scolaire et faire des activités parascolaires sont toutes de bonnes idées, selon Mme Vignola. « C’est en expérimentant de nouvelles choses qu’on apprend à se connaître. Cela nécessite parfois de sortir de sa zone de confort », ajoute-t-elle.

La conseillère en orientation Marie-Maxime Mélançon, de la clinique privée CERC, est du même avis. « Les adolescents sont en pleine découverte de ce qu’ils sont, de ce qu’ils veulent et ne veulent pas devenir », explique-t-elle. S’il est difficile de faire un choix à l’adolescence, c’est toutefois un bon moment pour commencer à se poser des questions : « Jusqu’à maintenant, dans la vie que j’ai vécue, qu’est-ce que j’ai aimé, qu’est-ce qui est sorti du lot ? Ou l’inverse : qu’est-ce qui ne m’intéresse pas du tout et qui me demande un effort particulier pour me motiver ? Et en dehors de l’école, quelles sont mes forces ? Qui suis-je à l’extérieur de l’école ? » illustre-t-elle

Mme Mélançon souligne que les adolescents doivent se rappeler qu’ils sont en pleine évolution et que leurs intérêts dans leur vie d’aujourd’hui sont appelés à évoluer. C’est pourquoi elle émet un bémol sur les tests d’intérêts et de personnalité qu’on fait souvent passer aux jeunes pour les aider à faire un choix de carrière.

« Ces tests sont comme une photo très statique dans le temps. Si on refait le même test cinq ans plus tard, les résultats peuvent varier », indique-t-elle. Ils sont utilisés par les conseillers comme point de départ pour une discussion avec les jeunes. « Il s’agit d’un bon outil de démarrage, surtout pour les jeunes qui ont plus de difficulté à communiquer et à faire de l’introspection », précise la conseillère.

Il en va de même pour les tests de personnalité. « La personnalité va fluctuer encore pendant quelques années, pour se cristalliser autour de 25 ans. Il faut donc prendre ces tests avec un certain recul », ajoute Mme Vignola.

Le marché de l’emploi en pleine évolution

Il est d’autant plus difficile de se faireune idée fixe sur son choix de carrière à l’adolescence que le marché de l’emploi est en constante évolution. « Il existe tellement d’emplois différents aujourd’hui que, même pour nous, il est impossible de tous les connaître. Et plusieurs emplois qui seront offerts dans cinq ans n’existent même pas encore ! » s’exclame Mme Mélançon.

Dans le contexte de grandes pénuries de main-d’oeuvre qu’on connaît, certains jeunes pourraient être tentés de quitter les études pour aller travailler à temps plein. Selon Marie-Maxime Mélançon, il peut parfois être nécessaire pour certains élèves d’aller se faire une expérience concrète sur le marché du travail afin de mieux se connaître et faire un retour aux études ensuite. Mais il faut garder en tête qu’il est difficile de retourner aux études une fois qu’on a commencé à travailler à temps plein.

Sandy Vignola ajoute que l’éducation reste très valorisée dans notre société. Elle rappelle que le marché du travail pourrait encore nous surprendre. « On ne sait pas combien de temps cette pénurie va durer. Un moment donné, les employeurs pourraient avoir le plus gros bout du bâton et, à ce moment-là, les candidats avec plus de formation vont se distinguer des autres », résume-t-elle.

Enfin, les deux conseillères insistent sur le fait qu’on a le droit de se tromper. « On a le droit de changer d’idée. On peut revenir en arrière, retourner aux études, changer de programme, refaire des cours préalables plus tard », illustre Mme Vignola. Après tout, la vie est faite de hasards. On ne peut pas tout contrôler.

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