La francisation ne nuirait pas à l’attractivité du Québec

Montréal International dit qu’en 2022, Montréal flirtera à nouveau avec des niveaux records d’investissement étranger.
Photo: Valérian Mazataud Archives Le Devoir Montréal International dit qu’en 2022, Montréal flirtera à nouveau avec des niveaux records d’investissement étranger.

Un gouvernement représentant davantage les régions que les grands centres urbains et ouvertement en faveur d’un resserrement des conditions d’immigration ne fait pas l’unanimité à l’extérieur de la province. Les critiques qui démonisaient la réforme de la loi 101 et celle sur la laïcité de l’État pourraient revenir à la charge. François Legault peut les faire mentir. Il n’a qu’à faire preuve de la même ouverture que celle qu’il compte démontrer à ses opposants politiques, disent des observateurs.

François Legault l’a dit avant et l’a répété après l’élection du 3 octobre prochain : arrêter le déclin du français sera le cheval de bataille de son second mandat à la tête de l’État québécois. Concilier cela avec un accroissement de la richesse de la province supérieur à celui de ses voisines pourrait rendre sa tâche un peu plus ardue.

Ce n’est toutefois pas impossible, indique au Devoir le p.-d.g. de Montréal International, Stéphane Paquet. L’organisme responsable d’attirer l’investissement étranger pense avoir ce qu’il faut pour apaiser les craintes d’éventuelles entreprises intéressées par la métropole québécoise, mais refroidies par les enjeux identitaires.

« Est-ce que nos concurrents d’ailleurs au Canada vont utiliser ça contre nous ? Assurément. Mais si ce n’est pas [la question de la francisation], ils utiliseront autre chose. Et ce qu’on a prouvé ces dernières années, c’est qu’on continue de posséder une très grande attractivité. »

M. Paquet dit avoir reçu des questions même avant les élections de lundi dernier d’entreprises étrangères soucieuses de voir leur investissement être pénalisé par des exigences trop sévères en matière de langue ou d’immigration. « On a reçu des questions et on leur répond. Évidemment, quand le gouvernement fournit des réponses claires, nettes et précises, cela rassure », dit-il. Il cite en exemple le fait que, des quelque 9000 entreprises assujetties aux règles sur le français, seule une quinzaine éprouve de la difficulté à s’y conformer entièrement.

C’est très peu. C’est si peu que Montréal International dit qu’en 2022, Montréal flirtera à nouveau avec des niveaux records d’investissement étranger. L’organisme, qui a ajouté à ses tâches en début d’année le recrutement des travailleurs étrangers spécialisés pour combler les besoins des employeurs québécois, dit connaître le même succès de ce côté.

« Nous avions une banque de 55 000 noms de travailleurs qualifiés qui se montraient intéressés à venir à Montréal en début d’année. Elle compte aujourd’hui 127 000 noms », constate Stéphane Paquet.

Plus d’ouverture demandée

Les prochains mois verront Québec poursuivre l’application des mesures de francisation contenues dans la réforme de la loi 101 adoptée le printemps dernier. Une disposition qui inquiète certains entrepreneurs est cette obligation pour les nouveaux immigrants de parler français six mois après leur arrivée. L’accès aux services gouvernementaux leur serait interdit après cette période s’ils échouaient dans cette tâche.

Ce qui, vu du Québec, sert à protéger la culture francophone est perçu ailleurs au Canada comme une forme de discrimination qui rappelle dans l’esprit de plusieurs Canadiens le cliché d’un Québec peu accueillant, sinon carrément xénophobe. À tort ou à raison, c’est un cliché qui pourrait perdurer si le gouvernement Legault ne prend pas les moyens nécessaires pour le combattre, craint Pierre-Philippe Lortie, directeur des affaires publiques au sein du Conseil canadien des innovateurs (CCI).

« Les clichés ont parfois la couenne dure, et ces mesures renforcent un certain cliché négatif envers le Québec », dit-il. Il ajoute que tout est évidemment dans l’approche. S’il y a moyen de franciser davantage le marché du travail sans mettre en péril les chances d’intégration des nouveaux arrivants ni la croissance des entreprises qui les accueillent, le succès de l’opération pourrait selon lui faire taire bien des critiques.

Le CCI déplore que la francisation des nouveaux arrivants incombera dans bien des cas à l’employeur. Le gouvernement a promis la création d’un organisme, Francisation Québec, qui n’a toujours pas mis à la disposition des employeurs les outils d’accompagnement nécessaires pour faciliter cette tâche. Dans un contexte de pénurie d’emploi où il y a plus de travail à accomplir que de gens pour le faire, c’est une lourdeur administrative dont bien des entreprises se seraient passé, conclut l’organisme canadien.

« Nous ne souhaitons pas la révision de [la réforme de la loi 101]. Nous sommes d’accord avec l’esprit de la loi. Nous souhaitons seulement un peu plus de collaboration dans son application. Que François Legault fasse preuve de la même ouverture auprès des entreprises qu’il en démontre depuis sa réélection envers les partis d’opposition à l’Assemblée nationale », dit Pierre-Philippe Lortie.

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