L’OPEP+ sabre ses quotas de production, Biden «déçu»

Réuni avec ses collègues des pays de l’OPEP + mecredi, à Vienne, le ministre saoudien de l’Énergie, Abdel Aziz ben Salmane, a justifié la baisse de production en évoquant «les incertitudes diverses» planant sur l’économie mondiale.
Photo: Vladimir Simicek Agence France-Presse Réuni avec ses collègues des pays de l’OPEP + mecredi, à Vienne, le ministre saoudien de l’Énergie, Abdel Aziz ben Salmane, a justifié la baisse de production en évoquant «les incertitudes diverses» planant sur l’économie mondiale.

L’OPEP+ a décidé mercredi d’une coupe radicale des quotas de production de pétrole pour soutenir les prix, s’attirant aussitôt les foudres de la Maison-Blanche, qui a accusé le cartel de « s’aligner » avec Moscou.

Joe Biden s’est dit « déçu de cette décision à courte vue », annonçant une consultation prochaine du Congrès « sur les outils et mécanismes supplémentaires permettant de réduire le contrôle » du groupe de producteurs sur le marché de l’énergie.

Le président américain s’échine depuis des mois à tenter d’endiguer l’envolée des prix qui érode le pouvoir d’achat des ménages, allant même jusqu’à se rendre à Ryad en juillet lors d’une visite très controversée. À bord de l’avion Air Force One, la porte-parole de la Maison-Blanche Karine Jean-Pierre a enfoncé le clou. « Il est clair qu’avec sa décision », l’alliance « s’aligne avec la Russie », a-t-elle déclaré. C’est « une erreur ».

De retour à Vienne pour la première fois depuis mars 2020, les treize membres de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) menés par l’Arabie saoudite et leurs dix partenaires conduits par la Russie ont voulu marquer le coup, après de longs mois en visioconférence, du fait des restrictions anti-COVID. À l’issue d’une brève rencontre, ils ont convenu d’une baisse de « deux millions de barils par jour » pour le mois de novembre, selon un communiqué de l’alliance.

Cette réduction, la plus importante depuis le début de la pandémie, va probablement doper les cours « au moment où les consommateurs poussaient un soupir de soulagement », les prix à la pompe ayant fortement reculé depuis cet été, souligne Craig Erlam, d’Oanda. Les deux références mondiales du brut ont perdu du terrain ces dernières semaines, bien loin des sommets enregistrés en mars au début de la guerre en Ukraine (près de 140 dollars). Après l’annonce, les cours montaient d’environ 2 % à 93,43 dollars le baril de Brent de la mer du Nord, et à 87,86 dollars pour le baril de WTI, son équivalent américain.

Aubaine pour Moscou

 

Cette décision arrange Moscou, qui va pouvoir remplir ses caisses, alors qu’un embargo européen sur les importations de pétrole russe doit entrer en vigueur début décembre. « Il y a une raison pour laquelle la Russie est favorable à cette coupe : elle n’est pas sûre de trouver des acheteurs pour son pétrole », a commenté le p.-d.g. de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, en marge d’une conférence à Londres.

Le vice-premier ministre russe en charge de l’Énergie, Alexandre Novak, s’en est d’ailleurs pris mercredi à la politique de sanctions européennes. Il a fustigé tout plafonnement du prix du brut russe, mesure envisagée par l’UE, qui « violerait les mécanismes du marché » et pourrait avoir « un effet très néfaste » sur l’industrie mondiale. Évoquant de possibles « pénuries », il a une nouvelle fois averti que les entreprises russes « ne fourniraient pas de pétrole aux pays qui utilisent cet instrument », selon des propos tenus sur la télévision russe.

Camouflet diplomatique

 

La décision de l’OPEP+, qui pourrait faire flamber les prix à la pompe, tombe mal pour Joe Biden, à un mois d’élections législatives cruciales. Cette coupe drastique pourrait faire flamber les prix du brut au bénéfice des pays producteurs, dont la Russie, qui a besoin des ventes d’hydrocarbures pour financer son invasion de l’Ukraine.

Face à ce risque économique et électoral, la Maison-Blanche esquisse déjà sa riposte. Elle va notamment « mettre sur le marché le mois prochain dix millions de barils pris sur les réserves stratégiques de pétrole ». L’exécutif américain avait déjà décidé en mars de mettre à contribution pendant plusieurs mois ces réserves d’or noir, désormais au plus bas depuis juillet 1984. « Les États-Unis ne peuvent pas puiser éternellement dans les réserves stratégiques […] et l’OPEP le sait », constate l’analyste Andy Lipow [Lipow Oil Associates], pour qui la solution serait « de produire davantage de pétrole » sur le sol américain.

Joe Biden veut aussi réfléchir à la meilleure manière de « réduire le contrôle de l’OPEP+ sur les prix de l’énergie », selon le long communiqué de la Maison-Blanche, qui n’explique pas toutefois ce qu’elle veut dire par là.

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