Net ralentissement du commerce l’an prochain selon l’OMC

Un porte-conteneurs amarré au port de Qingdao, en Chine, le 7 septembre.
Agence France-Presse Un porte-conteneurs amarré au port de Qingdao, en Chine, le 7 septembre.

L’Organisation mondiale du commerce (OMC) a fortement abaissé mercredi ses prévisions face aux fortes turbulences économiques et géopolitiques mondiales et table, pour 2023, sur un net ralentissement du commerce mondial, dont la croissance devrait malgré tout rester légèrement positive.

« Le tableau pour 2023 s’est considérablement assombri », a déclaré la directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce, Ngozi Okonjo-Iweala, lors de la présentation des prévisions aux journalistes.

« L’économie mondiale est confrontée à des crises multidimensionnelles. Le resserrement monétaire pèse sur la croissance dans une grande partie du monde », a-t-elle ajouté.

L’OMC table sur une croissance du volume du commerce mondial des marchandises de 3,5 % en 2022 — légèrement supérieure à la hausse de 3 % prévue en avril, ce qui s’explique principalement par des révisions statistiques.

Mais elle prévoit une augmentation de 1 % pour 2023, un chiffre en forte baisse par rapport à l’estimation précédente de 3,4 %.

Concernant le produit intérieur brut (PIB) mondial, les nouvelles prévisions prévoient une augmentation de 2,8 % en 2022 et de 2,3 % en 2023 (soit 1 point de pourcentage de moins par rapport aux prévisions précédentes pour ce dernier chiffre).

En comparaison, l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), qui a maintenu sa prévision à 3 % pour 2022, table sur une croissance de 2,2 % l’an prochain. Le FMI prévoit en revanche une croissance de 3,2 % cette année, et de 2,9 % en 2023.

Les estimations publiées en avril paraissent « maintenant trop optimistes, étant donné que les prix de l’énergie se sont envolés, que l’inflation s’étend désormais à un plus grand nombre de secteurs et que la guerre ne montre aucun signe d’accalmie », indique l’OMC.

Si les prévisions actuelles se confirment, la croissance du commerce ralentira donc fortement en 2023, mais elle restera cependant positive.

 

« Une grande incertitude entoure les estimations, simplement en raison de la nature du conflit (en Ukraine), et aussi des défis auxquels sont confrontées la politique monétaire et la politique budgétaire », a expliqué l’économiste de l’OMC, Coleman Nee.

« Choix épineux »

Pour 2023, si les risques de dégradation venaient à se concrétiser, le commerce pourrait reculer de 2,8 %, mais en cas de bonnes surprises, il pourrait progresser de 4,6 %, selon l’OMC qui n’exclut pas non plus que les chiffres sortent de cette fourchette.

La semaine dernière, Mme Okonjo-Iweala a affirmé que le monde se dirigeait vers une « récession mondiale ».

« Les responsables politiques sont confrontés à des choix épineux dans leur recherche d’un équilibre optimal entre la lutte contre l’inflation, le maintien du plein emploi et la réalisation d’objectifs importants comme la transition vers les énergies propres », a-t-elle souligné mercredi.

« S’il peut être tentant de recourir aux restrictions commerciales pour remédier aux failles en matière d’approvisionnement que les chocs de ces deux dernières années ont mises en évidence, une réduction des chaînes d’approvisionnement mondiales ne ferait qu’aggraver les tensions inflationnistes, entraînant à terme un ralentissement de la croissance économique et une baisse des niveaux de vie », a-t-elle averti.

La demande d’importations devrait faiblir à travers le monde sous l’effet d’un ralentissement de la croissance provoqué par divers facteurs dans les grandes économies.

En Europe, la hausse des prix de l’énergie résultant de la guerre en Ukraine entraînera une compression des dépenses des ménages et une augmentation des coûts dans le secteur manufacturier, détaille l’OMC.

Aux États-Unis, le resserrement de la politique monétaire aura des répercussions sur les dépenses sensibles aux taux d’intérêt dans les domaines du logement, de l’automobile et de l’investissement en capital fixe par exemple. La Chine reste confrontée à de nouvelles flambées de COVID-19 et à des perturbations de la production associées à une faible demande extérieure, poursuit l’OMC.

Enfin, le gonflement de la facture des importations de combustibles, de produits alimentaires et d’engrais pourrait se traduire par une insécurité alimentaire et un surendettement dans les pays en développement.

L’OMC note que les risques entourant les prévisions sont nombreux et interdépendants.

Elle indique également qu’un durcissement excessif de la politique monétaire pourrait provoquer des récessions dans certains pays.

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