Le Canada entrera-t-il en récession… à force d’en parler?

Le centre-ville de Montréal
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le centre-ville de Montréal

Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à dire la même chose qu’ils ont raison. Une majorité d’économistes et de consommateurs ont prédit un repli du produit intérieur brut canadien sinon en 2022, du moins très certainement en 2023. Mais une récession économique demeure tout à fait évitable, croit-on plutôt à la Banque de développement du Canada.

L’économiste en chef du Mouvement Desjardins a créé des remous plus tôt cette semaine en revoyant à la baisse ses prévisions économiques pour le Canada. Il estime désormais qu’une récession est imminente. Quelques jours plus tard, un sondage saisonnier sur les finances des Canadiens effectué pour le compte de la Banque de Montréal indiquait que 80 % des répondants sont eux aussi d’avis que le Canada entrera en récession avant la fin de l’année en cours.

Naturellement, ces mêmes huit Canadiens sur dix ont pris ou comptent prendre des mesures en conséquence. Certains ont reporté un achat important, que ce soit une voiture, un appareil électroménager ou un voyage. D’autres comptent plutôt se serrer la ceinture durant la période des Fêtes qui s’amorce.

Vu l’importance du marché de la consommation dans l’économie canadienne, verra-t-on une récession survenir… parce que de plus en plus de gens craignent qu’une récession soit sur le point de survenir ?

« Cette anticipation est un facteur très important », dit l’économiste en chef de la Banque de développement du Canada (BDC), Pierre Cléroux. « Les dépenses des consommateurs comptent pour 70 % de l’activité économique du Canada. À quel point vont-ils réduire leurs dépenses au fil des prochains mois ? Tant que le marché de l’emploi continue à bien se porter et tant que les salaires continuent d’être en hausse, ça devrait bien aller. »

Pierre Cléroux sillonne le pays ces jours-ci et donne auprès de gens d’affaires des conférences dans lesquelles il se fait rassurant. Un ralentissement économique à l’horizon ? Absolument. Une récession ? Pas nécessairement.

« On voit un ralentissement de l’activité dans des secteurs comme l’immobilier, la construction et la consommation », poursuit l’économiste. « Dans notre plus récent sondage auprès des PME, on constate malgré tout que les intentions d’investissement demeurent élevées pour les 12 à 18 prochains mois encore. Les entreprises font encore des prévisions de ventes assez optimistes. »

Croissance presque nulle en 2023

 

Une combinaison de facteurs fait croire à la BDC que le Canada et le Québec ne devraient pas se tirer si mal d’un contexte économique où le taux d’inflation demeure élevé et où les taux d’intérêt commencent à le devenir. Dans ses plus récentes prévisions, l’institution prévoit une croissance très mince, mais une croissance tout de même en 2023.

La BDC s’attend à une croissance qui se situera entre 0 et 1 % au Canada, et peut-être légèrement plus au Québec. Elle constate comme un peu tout le monde que la chimie commence à opérer et que les taux d’intérêt produisent l’effet escompté : la consommation ralentit et la hausse des prix s’essouffle. Pendant ce temps, le chômage demeure à des niveaux historiquement bas, et les dépenses gouvernementales restent élevées.

Si l’économie nationale s’emballe, la BDC pense que le repli ne sera pas de plus de 1 %, lui non plus, en 2023. Ce n’est rien en comparaison avec le recul de 5,2 % du PIB canadien survenu en 2020. Ça risque plutôt de ressembler à ce qui s’est produit en 2015, quand la croissance avait plafonné à 0,7 %. « Les raisons [de cette faible croissance] ne sont pas les mêmes, mais les conséquences pourraient ressembler à ça. »

En 2015, c’est une chute des cours du pétrole qui avait freiné sec l’économie canadienne, surtout dans l’ouest du pays.

La Banque du Canada sur Twitter

 

Dans ses prévisions, la BDC estime que « l’autre » BDC, la Banque du Canada celle-là, haussera une dernière fois son taux directeur de 75 points de base cet automne pour qu’il atteigne 4 %.

Le gouverneur de la banque centrale, Tiff Macklem, n’a évidemment pas révélé ses intentions, mais il a publié une vidéo sur Twitter plus tôt cette semaine où il explique les raisons de ses hausses de taux accélérées. « L’inflation est trop élevée », dit-il dans cette vidéo. « Il est important de ramener l’inflation à un niveau où les Canadiens peuvent planifier leur budget sans être surpris par des changements importants du coût de la vie. »

La politique économique de Tiff Macklem continue de cibler le même objectif : un retour du taux d’inflation annuel aux alentours de 2 %. Il fait toujours partie de ceux — de moins en moins nombreux — qui pensent que le Canada peut y arriver sans nécessairement avoir à tomber en récession.

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