Épargne et pénuries amortiront la récession

Le rapport de Deloitte indique que la consommation des ménages diminuera à mesure que le ralentissement se poursuivra, mais pour les ménages qui ont accumulé des économies, leurs dépenses ne seront pas autant affectées.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir Le rapport de Deloitte indique que la consommation des ménages diminuera à mesure que le ralentissement se poursuivra, mais pour les ménages qui ont accumulé des économies, leurs dépenses ne seront pas autant affectées.

Un marché du travail tendu et un niveau d’épargne élevé pendant la pandémie amortiront l’impact d’une récession sur les Canadiens, selon un nouveau rapport de Deloitte.

Dans son plus récent rapport sur les perspectives économiques, Deloitte prévoit que le Canada entrera dans une récession de courte durée d’ici la fin de l’année. La hausse des taux d’intérêt entraînera un ralentissement économique important, et l’accumulation des stocks poussera l’économie dans une récession technique, a expliqué la firme de service de conseils financiers.

Cependant, comme le marché du travail est si tendu, le taux de chômage pourrait ne pas augmenter autant qu’il le ferait généralement pendant une récession, a souligné l’économiste en chef de Deloitte, Craig Alexander. Pour les Canadiens, c’est ce qui comptera le plus, a-t-il estimé. « Personne ne mange du PIB. Du point de vue des Canadiens, ce qui compte vraiment, c’est ce qu’il advient de leur emploi et de leur revenu », a fait valoir M. Alexander.

Vers un taux de chômage à 6 %

Selon les prévisions de Deloitte, le taux de chômage atteindra 6 % au troisième trimestre de l’année prochaine, avant de retomber. Le taux de chômage au Canada était de 5,4 % en août, en hausse par rapport à son creux record de 4,9 %, atteint en juin.

M. Alexander a souligné que les entreprises avec lesquelles il avait discuté étaient toujours préoccupées par les pénuries de main-d’oeuvre en cours. Compte tenu des difficultés actuelles en matière d’embauche, il a expliqué que les employeurs ne seraient pas enclins à mettre à pied des travailleurs même en cas de ralentissement économique, pour autant que ce dernier s’annonce temporaire. « Si une récession frappe, [les entreprises] vont probablement continuer à vouloir accumuler de la main-d’oeuvre en raison de la difficulté à trouver des travailleurs possédant les compétences dont ils ont besoin », a-t-il affirmé.

Alors que les économistes sont divisés quant à la possibilité, pour le Canada, d’entrer en récession, un ralentissement économique est largement attendu en raison de la hausse des taux d’intérêt. La Banque du Canada a relevé son taux directeur à cinq reprises depuis mars, le portant à 3,25 %. Même si l’inflation a ralenti à 7 % en août, la banque centrale devrait encore relever les taux d’intérêt en octobre. Alors que la Banque du Canada s’efforce de ramener l’inflation à sa cible de 2, %, la hausse des taux d’intérêt se traduira par une hausse des coûts d’emprunt, ce qui devrait ralentir l’activité économique.

Signes d’un ralentissement

Certains signes précurseurs d’un ralentissement sont déjà visibles, notamment la chute des prix de l’immobilier et trois mois consécutifs de pertes d’emplois.

Le rapport de Deloitte indique que la consommation des ménages diminuera à mesure que le ralentissement se poursuivra, mais pour les ménages qui ont accumulé des économies, leurs dépenses ne seront pas autant affectées. Selon Statistique Canada, les ménages ont épargné plus du quart de leur revenu disponible au cours du deuxième trimestre de 2020. En comparaison, le taux d’épargne n’était que de 2 % un an plus tôt.

Si le taux d’épargne des ménages a diminué depuis, il reste élevé par rapport aux niveaux d’avant la pandémie. Les ménages ayant des revenus plus élevés sont généralement considérés comme ayant des taux d’épargne plus élevés.

« L’environnement d’inflation dans lequel nous nous trouvons en ce moment est absolument pénalisant pour les Canadiens à faible revenu. Donc, il y a un très grand aspect d’inégalité dans [cela], a indiqué M. Alexander. Mais pour les ménages à revenu moyen et élevé, ce que nous constatons, c’est que même si le coût de la vie augmente pour eux, ils peuvent facilement se le permettre et continuer à dépenser. »

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