Des hausses de salaire extraordinaires pour contrer l’inflation

La hausse salariale moyenne pour l’ensemble du Canada est prévue à 3,9% pour 2023.
Photo: Frank Perry Agence France-Presse La hausse salariale moyenne pour l’ensemble du Canada est prévue à 3,9% pour 2023.

La plupart des travailleurs québécois auront droit à une augmentation salariale en 2023. Une enquête du Conseil du patronat du Québec publiée jeudi indique que les employeurs non syndiqués de la province prévoient une hausse moyenne de 4,1 % de leur budget salarial l’an prochain. Le tiers d’entre eux planifient également des ajustements « hors cycle » pour aider leurs employés à contrer l’inflation.

« Ça peut prendre la forme d’un boni, ça peut être la réorganisation de la charge de travail. Cela va au-delà de la hausse prévue des salaires », explique le président et chef de la direction du CPQ Karl Blackburn. « Ça peut aussi être des primes de rétention ou des primes au rendement rééchelonnées dans le temps. »

Chose sûre, les employés ont l’avantage quand vient le temps de négocier leurs conditions salariales, constate le Conseil du patronat du Québec. « C’est clair que dans le contexte actuel, les employés ont le gros bout du bâton, dit Karl Blackburn. Les employeurs ont fait des efforts ces deux dernières années pour s’ajuster et devront continuer d’en faire. »

Le Québec en tête

 

En vertu de l’enquête du CPQ, qui combine les résultats de différents sondages effectués par des firmes spécialisées, le Québec est une des deux provinces canadiennes où les employeurs se montrent actuellement les plus généreux. L’autre est le Manitoba, où les employeurs anticipent une hausse salariale moyenne de 4,75 %. En Ontario, la province à laquelle le gouvernement québécois aime se comparer pour fixer son niveau de richesse, les employeurs anticipent une hausse de 3,9 % de leur budget salarial.




 

La hausse moyenne pour l’ensemble du Canada est prévue à 3,9 % pour 2023. Comme il s’agit d’une projection, cette donnée sert davantage d’indicateur de tendance que de cible pour les employeurs, rappelle le CPQ. Ainsi, la hausse moyenne des salaires des travailleurs non syndiqués pour l’ensemble du Canada en 2022 devrait s’établir à 3,8 %, alors que les projections initiales l’établissaient quelque part entre 2,8 et 3,4 %.

Sans grande surprise, les secteurs d’activité phare de l’économie du Québec sont les plus généreux envers leurs travailleurs : les entreprises du monde des technologies et des services immobiliers anticipent une hausse des salaires de 4,7 % pour leurs travailleurs non syndiqués. Celles offrant des services professionnels l’établissent à 4,5 %, et les entreprises manufacturières prévoient une hausse de 4,4 %.

Ces secteurs sont aussi les plus touchés par la pénurie de main-d’oeuvre, qui affecte tellement l’ensemble des économies avancées un peu partout sur la planète.

Pas que le salaire…

Le Conseil du patronat du Québec dénote une autre tendance dans le marché du travail pour l’année à venir. Les gels salariaux, qui ont connu un pic en 2021 en raison de l’incertitude économique liée à la pandémie de COVID-19, seront à peu près inexistants en 2023. Seulement 1 % des entreprises ont effectué un gel salarial en 2022 ou comptent le faire l’an prochain, comparativement à 8 % en 2021, et à une moyenne variant entre 3 et 5 % dans les années précédant la pandémie.

Une dernière tendance qui devrait intéresser les employeurs est l’importance aux yeux des travailleurs de facteurs autres que le salaire pour déterminer où et comment ils souhaitent travailler. Selon une enquête réalisée l’an dernier par la firme de service-conseil en rémunération globale Normandin Beaudry, la flexibilité relative au lieu et aux horaires de travail arrivait en tête de liste l’an dernier et continue d’être une priorité aux yeux de nombreux travailleurs.

L’inclusion d’une offre de télémédecine dans les avantages sociaux consentis par l’employeur a également bondi au sommet des priorités des travailleurs durant la pandémie. Un accès rapide à des services liés à la santé est un facteur aussi déterminant que le salaire pour plusieurs employés, ajoute Normandin Beaudry.

Dans l’ensemble, les patrons québécois ont intérêt à dorloter davantage leurs employés, explique le CPQ. « On n’a pas connu la “grande démission” qui est survenue aux États-Unis ces deux dernières années. Le quiet quitting qui permet d’en faire moins pour leur employeur est un phénomène qu’on ne sent pas émerger au Québec. Mais en même temps, il ne faut pas faire la sourde oreille à ces situations. »

D’autant plus que le Québec est plus touché que le reste du Canada par la pénurie de main-d’oeuvre, rappelle Karl Blackburn. « Plus du quart des millions de postes vacants qu’on trouve au Canada sont au Québec. Ça aussi, c’est un enjeu très important. »

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