La moitié de la croissance servira à payer pour les dégâts causés par les changements climatiques

Les reconstructions d’infrastructures seront de plus en plus fréquentes et coûteuses.
Photo: Andrew Vaughan La Presse canadienne Les reconstructions d’infrastructures seront de plus en plus fréquentes et coûteuses.

Bientôt, la moitié des retombées de la croissance économique ira à réparer les dégâts causés par les changements climatiques, estime une étude canadienne. Après quoi la situation se dégradera rapidement, à moins que l’on parvienne à freiner le réchauffement du climat, mais aussi que l’on déploie les efforts nécessaires pour s’y adapter.

Les changements climatiques coûteront de plus en plus cher à l’économie au cours des prochaines années, prévient l’Institut climatique du Canada (ICC) dans un rapport officiellement dévoilé ce mercredi et intitulé Limiter les dégâts. Les dommages qu’ils infligent déjà en termes de destruction de biens, de dépréciation accélérée des infrastructures ou encore de maladies et de pertes de vies évitables devraient s’élever à 25 milliards de dollars au Canada en 2025, soit l’équivalent de la moitié de l’augmentation du produit intérieur brut (PIB) de cette année-là. Et si rien ne change, la facture ne fera que s’alourdir par la suite, pour atteindre entre 78 et 101 milliards en 2050, puis entre 391 et 865 milliards à la fin du siècle.

La facture s’annonce encore plus salée pour les ménages, et particulièrement ceux qui disposent de moins de marge de manoeuvre financière, poursuivent les auteurs du rapport. Affecté entre autres par les conséquences de la destruction accélérée des infrastructures sur les coûts de production et par la réduction du travail due à la chaleur et aux maladies, le revenu annuel moyen de chaque Canadien aura été réduit de 720 $ d’ici trois ans par rapport à ce qu’il aurait été sans les changements climatiques. Ce montant sera de 1900 $ à 2300 $ en 2050, et pourrait dépasser 10 500 $ par an en 2095.

Une partie de cet appauvrissement viendra des besoins grandissants des gouvernements aux prises avec des routes, des bâtiments et infrastructures urbaines qui nécessiteront des réparations et des reconstructions de plus en plus fréquentes et coûteuses, sans parler de l’accroissement des coûts de santé dû à la pollution.

Tous plus ou moins perdants

 

Et toutes ces estimations sont probablement prudentes, précisent les experts de l’ICC. Comme un iceberg dont on ne verrait que la partie émergée, de nombreux risques économiques bien réels, mais difficiles à estimer, se feront probablement aussi sentir, comme l’augmentation des problèmes de santé mentale, l’augmentation du nombre de réfugiés climatiques et la détérioration d’écosystèmes assurant des services écologiques vitaux.

Le Québec serait l’un des endroits où ces répercussions économiques négatives seraient les plus faibles au Canada, loin derrière les territoires nordiques et l’Alberta, entre autres parce que le réchauffement du climat devrait apporter plus d’eau dans ses barrages hydroélectriques. Le secteur agricole pourrait aussi voir ses rendements augmenter et celui de la construction pourrait profiter de toutes ces infrastructures à rebâtir, mais les pertes essuyées par tous les autres secteurs feraient plus qu’effacer ces gains.

Réduire et s’adapter

Le respect des promesses en matière de réduction de gaz à effet de serre (GES) aiderait évidemment à limiter cette croissance des coûts attribuables aux bouleversements du climat. Mais ce serait encore mieux si l’on prenait acte des changements en cours, et si les pouvoirs publics et les entreprises privées s’engageaient sans plus attendre dans une « adaptation proactive » à la nouvelle réalité climatique.

Pris isolément, ces deux types d’action ont le pouvoir de réduire de 50 % le coût économique des changements climatiques, mais menés parallèlement, ils pourraient faire fondre la facture de 75 %.

À elles seules, les mesures d’adaptation ont le pouvoir de transformer un dollar d’investissement en 5 dollars de réductions du coût des dommages directs, en plus de rapporter encore 10 dollars de retombées plus larges sur l’économie tout entière, pour un total de 15 dollars.

Le dévoilement prochain d’une première stratégie canadienne d’adaptation aux changements climatiques aidera peut-être les gouvernements et les entreprises à faire mieux dans ce domaine, espèrent les experts de l’ICC. Mais pour le moment, le Canada est encore plus à la traîne qu’en matière de réduction des GES.

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