Faites-vous vraiment partie de la classe moyenne?

Il n’y a pas qu’une seule façon de définir la classe moyenne. L’une des plus courantes chez les experts la situe entre 75 % et 150 % du revenu médian après transferts gouvernementaux et pondérée selon le type de ménage.
iStock Il n’y a pas qu’une seule façon de définir la classe moyenne. L’une des plus courantes chez les experts la situe entre 75 % et 150 % du revenu médian après transferts gouvernementaux et pondérée selon le type de ménage.

Ce texte est tiré du Courrier de l’économie du 26 septembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

Les Québécois sont plus nombreux à se voir dans la classe moyenne qu’ils ne le sont réellement. Et cela peut conduire à toutes sortes de malentendus.

Quand on le leur demande, 56 % des Québécois estiment appartenir à la classe moyenne, alors qu’environ le tiers des ménages (34 %) pensent avoir des revenus inférieurs à ce groupe et seulement 6 % disent, au contraire, probablement gagner plus. C’est ce que rapportait en 2017 la Chaire en fiscalité et en finances publiques de l’Université de Sherbrooke à la suite d’un sondage. Or c’était plutôt 42 % de la population qui répondait à la définition généralement admise de la classe moyenne, contre 35 % qui arrivaient en dessous et 23 % qui arrivaient au-dessus.

Il n’y a pas qu’une seule façon de définir la classe moyenne, expliquait en 2019 l’Observatoire québécois des inégalités dans un portrait de la situation. L’une des plus courantes chez les experts regroupe les ménages gagnant entre 75 % et 150 % du revenu médian après transferts gouvernementaux et pondération selon le type de ménage.

En guise d’exemple, un célibataire devait cumuler entre 44 850 $ et 89 700 $ de revenus totaux avant impôt pour être considéré comme faisant partie de la classe moyenne dans l’étude de la Chaire de l’Université de Sherbrooke de 2017. Ces bornes allaient de 57 000 $ à 114 000 $ pour une famille de quatre personnes.

Tous membres de la classe moyenne

 

Pourquoi tant de Québécois, notamment les plus riches, se perçoivent-ils, à tort, comme faisant partie de la classe moyenne ? Difficile à dire. Cela semble tenir, en partie, à ce qu’on appelle la « théorie du groupe de référence ». Cette théorie veut qu’on se compare généralement à ses amis, à sa famille et à ses collègues de travail, qui sont généralement du même statut social que le nôtre et qui nous font parfois oublier les différences de revenus dans l’ensemble de la société.

La véritable classe moyenne se sent de plus en plus en perte de vitesse, s’alarmait l’OCDE dans un rapport en 2019. « Les gens sont en colère. Ils estiment ne pas recevoir ce qui leur revient. » Ce qui donne prise aux courants populistes, isolationnistes ou antisystèmes. Les revenus stagnent, le prix des maisons s’envole et l’endettement s’alourdit, alors que la vie des gens riches et célèbres nous est de plus en plus offerte en modèle et en spectacle.

La classe moyenne a quand même été l’une des grandes gagnantes de la croissance économique des dernières années, notait l’OCDE, mais dans les pays émergents, comme la Chine. Et, contrairement à l’impression répandue, elle continue généralement ailleurs à recevoir la même proportion des services publics que les taxes qu’elle paye, mais une large partie de ces services lui sont prodigués avant son entrée sur le marché du travail (éducation) et après (santé).

Malentendus

 

Ce poids de la classe moyenne dans les recettes fiscales des gouvernements est d’ailleurs souvent source de malentendus. Dans le sondage de la Chaire de l’Université de Sherbrooke, les Québécois estimaient cette contribution à plus de la moitié (51 %) du total de l’impôt sur le revenu, contre 28 % qui viendraient des plus riches et 21 % des plus pauvres. Or, dans la réalité, c’est plutôt la classe moyenne qui contribuait aux recettes à hauteur de 28 %, contre 70 % pour les plus riches et 2 % pour les contribuables aux revenus plus modestes.

Ces proportions n’ont probablement pas tellement changé depuis, les 20 % des contribuables les plus riches représentant 51 % de l’ensemble des revenus au Québec et 71 % des recettes de l’impôt sur le revenu en 2017, selon le plus récent portrait de la situation dressé par la Chaire de l’Université de Sherbrooke.

Cette situation explique comment plus de la moitié des prétendues baisses d’impôt pour la classe moyenne du gouvernement Trudeau en 2016 sont allées aux Canadiens gagnant plus de 90 600 $ par an, a calculé le directeur parlementaire du budget à Ottawa. Le gouvernement fédéral avait récupéré une partie de ces sommes en ajoutant une nouvelle tranche d’imposition supérieure sur les revenus annuels dépassant 200 000 $.

Un phénomène similaire risque de se reproduire avec d’autres baisses d’impôt promises à la classe moyenne, mais durant la campagne électorale québécoise, cette fois. Mises en avant par la Coalition avenir Québec, le Parti libéral et le Parti conservateur, elles s’appliqueraient, en effet, aux deux premiers paliers d’imposition, c’est-à-dire à toutes les personnes qui doivent payer de l’impôt et pour la part de leurs revenus allant jusqu’à 91 600 $.

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