Climat et récession: les banques canadiennes déjà affectées

Le grand patron de Desjardins, Guy Cormier, était invité pour parler du rôle des générations futures dans la résolution de la pénurie de main-d’oeuvre, durant l’événement d’affaires C2MTL.
Valérian Mazataud Le Devoir Le grand patron de Desjardins, Guy Cormier, était invité pour parler du rôle des générations futures dans la résolution de la pénurie de main-d’oeuvre, durant l’événement d’affaires C2MTL.

Des événements comme l’ouragan Fiona qui a frappé de plein fouet les Maritimes et les Îles-de-la-Madeleine la fin de semaine dernière forcent les principales institutions financières du Canada à réagir. Elles auront encore plus à faire si elles veulent participer plus activement aux changements qui affecteront l’économie canadienne ces prochaines années, croit le président et chef de la direction du Mouvement Desjardins, Guy Cormier.

Le grand patron de Desjardins était invité pour parler du rôle des générations futures dans la résolution de la pénurie de main-d’oeuvre durant l’événement d’affaires C2MTL, qui a lieu du 26 au 28 septembre au Fairmont The Queen Elizabeth, à Montréal. La discussion a rapidement dévié vers les enjeux climatiques et économiques à venir, d’autres problèmes dont la solution, semble-t-il, est détenue en bonne partie par les jeunes, selon lui.

« Les changements climatiques, on les voit en ce moment même », a-t-il expliqué par la suite au Devoir. « Avant, le principal risque contre lequel on assurait nos clients était le risque d’incendie. Aujourd’hui, c’est le risque d’inondation. C’est tout un changement. Nous avons aussi un grand rôle à jouer pour aider financièrement nos membres » à passer à travers des crises comme l’ouragan Fiona.

La plus grande fréquence de tels événements mène à une prise de conscience dans le secteur canadien de la finance, assure Guy Cormier, même si l’industrie est de plus en plus accusée de laxisme, sinon de mauvaise foi dans sa lenteur à se désengager des industries polluantes comme les énergies fossiles.

Avant, le principal risque contre lequel on assurait nos clients était le risque d’incendie. Aujourd’hui, c’est le risque d’inondation. C’est tout un changement. 

 

« Je vois une prise de conscience dans notre industrie depuis 12 à 24 mois que je n’ai jamais vue auparavant », assure M. Cormier. Le Mouvement Desjardins a publié en 2021 un plan d’action pour atteindre en 2040 un bilan « zéro émission nette » pour ses opérations, son financement et ses investissements.

Toutes les banques canadiennes n’ont pas les mêmes engagements. Les cinq institutions les plus importantes au pays — RBC, Banque Scotia, TD, BMO et CIBC — ont pour leur part augmenté de 70 % leur soutien au secteur des énergies fossiles en 2021 par rapport à l’année précédente, observait Greenpeace Canada plus tôt cette année.

Une autre période creuse

 

Outre le climat, l’incertitude économique des prochains mois pourrait aussi inquiéter le secteur bancaire. Les prêts hypothécaires et l’aide financière aux particuliers et aux entreprises deviennent plus précaires chaque fois que la Banque du Canada hausse ses taux, et si on se fie aux experts, elle n’a pas fini de pousser sur son taux directeur, si bien qu’on anticipe qu’une récession devrait frapper l’économie canadienne d’ici 2023.

Le Mouvement Desjardins entrevoit lui aussi des conditions économiques plus difficiles ces prochains mois et a déjà mis des mesures en place pour éviter le pire. Son président indique notamment que ses agents tentent de communiquer avec les clients plus à risque pour les aider à anticiper des coûts en hausse et des revenus en baisse ces prochains mois.

Déjà lourdement touchées par deux ans d’une pandémie qui a provoqué leur fermeture pendant plusieurs mois, les entreprises du secteur de la restauration, de l’hébergement et du tourisme pourraient à nouveau devoir se serrer la ceinture, prévient Guy Cormier. « Nous avons identifié ces secteurs comment ceux qui pourraient le plus souffrir [d’une éventuelle récession] au cours des six à huit prochains mois », dit-il.

Bientôt, on devra porter autant d’attention au bilan ESG qu’au bilan financier trimestriel

 

L’homme d’affaires issu du milieu coopératif espère que cette répétition de turbulences passées et à venir fera comprendre que le modèle économique actuel, où les entreprises promettent une croissance éternelle chaque nouveau trimestre, n’est peut-être pas tenable. Il faudra davantage tenir compte du coût climatique dans la mesure de l’activité économique pour tenter de concilier le monde des affaires à celui du climat, sinon des catastrophes comme l’ouragan Fiona seront de plus en plus dommageables.

L’arrivée à Montréal du Conseil des normes internationales d’information sur la durabilité (ISSB) est un pas dans ce sens, croit Guy Cormier. « Bientôt, on devra porter autant d’attention au bilan ESG qu’au bilan financier trimestriel », prédit-il. « Je suis convaincu que ça va arriver avant la fin de la décennie. »

Si c’est le cas, il faudra probablement remercier les plus jeunes travailleurs qui pourraient changer radicalement le monde du travail et des affaires, espère-t-il, optimiste. « La dernière fois qu’on a fait autant de place aux jeunes dans l’économie et la politique, ça a donné la Révolution tranquille. Regardez comment nous avons fait évoluer le monde des affaires en deux ans et demi seulement. C’est très encourageant pour ce qui nous attend dans les prochaines années. »

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