L’eau négligée dans les municipalités, selon les géologues

La construction de nouveaux quartiers a pour effet de gruger les superficies des milieux naturels et des terres agricoles nécessaires pour capter l’eau et renflouer les réserves souterraines.
Olivier Zuida Archives Le Devoir La construction de nouveaux quartiers a pour effet de gruger les superficies des milieux naturels et des terres agricoles nécessaires pour capter l’eau et renflouer les réserves souterraines.

Ce texte est tiré du Courrier de l’économie du 19 septembre 2022. Pour vous abonner, cliquez ici.

L’étalement urbain n’est pas sans incidence sur l’offre et la demande en eau. Une augmentation de la population dans une région tire tout d’abord vers le haut les besoins pour la précieuse ressource. Ensuite, la construction de nouveaux quartiers a pour effet de gruger les superficies des milieux naturels et des terres agricoles nécessaires pour capter l’eau et renflouer les réserves souterraines. Et ce dernier aspect reste pour le moins sous-estimé et méconnu, soulignent les spécialistes.

En effet, les municipalités ne sont pas contraintes d’évaluer la ressource sur leur territoire avant de délivrer des permis pour la construction de nouveaux quartiers. Carlos Martinez est président de l’Ordre des géologues du Québec (OGQ), organisme qui représente plus de 1100 spécialistes : « Nous sommes inquiets en raison de l’apparent laxisme des lois et du renvoi aux municipalités et aux MRC de la responsabilité de définir et de réglementer les usages et la conservation de ce patrimoine naturel. »

« Déléguer aux municipalités et aux MRC le fardeau professionnel et scientifique d’analyser les capacités d’eau sur leur territoire est inapproprié », tranche-t-il. Pourquoi ? Tout d’abord, il y a la question des coûts. Ils sont trop élevés pour des municipalités de petite et moyenne taille. Mais au-delà des considérations économiques, « la décentralisation des méthodes de travail » ne permet pas d’uniformiser la connaissance de la précieuse ressource. Résultat : il devient difficile d’évaluer les répercussions possibles de « l’exploitation des ressources hydriques sans mesures de contrôle », note-t-il.

Plusieurs inconnues

 

En outre, ces analyses sont pour le moins complexes. « Analyser la qualité de l’approvisionnement des eaux souterraines relève de plusieurs facteurs, dont la composition du sous-sol, les types d’activités en surface et dans l’ensemble du bassin versant ainsi que la capacité de recharge. Ce sont là quelques exemples incontournables de ce qui doit être considéré. »

L’OGQ propose une solution pour mettre l’eau au coeur du développement du territoire : créer un Bureau des ressources hydriques du Québec. Il serait responsable de définir la capacité des ressources dans les régions où a lieu le développement immobilier. Ensuite, il pourrait également arbitrer les conflits d’utilisation qui risquent de devenir de plus en plus fréquents ainsi que de mettre des amendes aux « utilisateurs aux comportements délétères ».

Un enjeu de taille étant donné que le nombre de municipalités en situation de stress hydrique a bondi au cours de la dernière année. Par crainte de pénurie d’eau, Saint-Lin–Laurentides et Sutton ont limité la construction résidentielle. En Montérégie, Saint-Rémi a manqué de la précieuse ressource tandis que Lanoraie veut creuser un puits pour pomper 16 % plus d’eau. Pour sa part, Saint-Hippolyte contraint les promoteurs immobiliers qui doivent creuser plus de quatre puits à déposer une étude hydrogéologique.

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