Taxer la pollution pourrait mener à une crise des «gilets jaunes», croit Benoit Charette

«On ne veut pas facturer encore davantage le consommateur étant donné qu’au Québec, on est parmi les plus imposés», a fait valoir le ministre sortant de l’environnement Benoit Charette.
Photo: Jacques Nadeau Archives Le Devoir «On ne veut pas facturer encore davantage le consommateur étant donné qu’au Québec, on est parmi les plus imposés», a fait valoir le ministre sortant de l’environnement Benoit Charette.

Taxer l’achat de véhicules « ultrapolluants » comme le propose Québec solidaire pourrait créer de la division au sein de la population, à l’image du mouvement des « gilets jaunes » qui a secoué la France, a fait valoir le ministre sortant de l’Environnement, Benoit Charette, lors d’un débat électoral sur l’économie verte tenu lundi soir.

Des cinq principaux partis, seul le Parti conservateur du Québec n’avait pas répondu présent à l’événement animé par Josée Boileau, chroniqueuse à L’Actualité.

Les quatre participants — Benoit Charette (CAQ), Virginie Dufour (PLQ), Alejandra Zaga Mendez (QS) et Jeanne Robin (PQ) — ont fait front commun sur la nécessité d’en faire davantage pour l’environnement, mais pas sur la façon de s’y prendre.

Du risque ou non de taxer

 

La candidate solidaire et le candidat caquiste ont notamment levé le ton sur la question de taxer l’achat de véhicules polluants.

« On a le courage de parler d’un bonus-malus pour les véhicules qui sont ultrapolluants », a souligné Mme Zaga Mendez, en référence à la proposition de QS de taxer de 15 % l’achat de véhicules énergivores.

Photo: Photo fournie De gauche à droite: Josée Boileau, Alejandra Zaga Mendez, Jeanne Robin, Benoit Charette et Virginie Dufour

« Je salue la franchise de votre approche, tout comme je salue la franchise de la nôtre. On ne s’en cache pas : on ne veut pas augmenter encore davantage la facture du consommateur, étant donné qu’au Québec, on est parmi les plus imposés », a quant à lui rétorqué M. Charette. « Le grand danger, c’est de créer une aversion pour la mobilisation. Il faut mobiliser la population et non pas la retourner contre nous », a-t-il ajouté, faisant notamment référence au mouvement français des « gilets jaunes ».

La candidate solidaire a toutefois noté que la situation n’est pas comparable, dans la mesure où la proposition de son parti s’applique seulement aux acheteurs de véhicules polluants et non pas à l’ensemble de la population (comme c’est le cas lors de l’instauration d’une taxe carbone à la pompe) et que plusieurs exceptions s’appliqueraient, notamment pour certains travailleurs et pour les familles nombreuses.

« Projets du futur » et « projets du passé »

Parmi les autres thématiques abordées, les candidats ont discuté de gestion des matières résiduelles, de développement des énergies renouvelables, de décontamination des sols et, plus globalement, de lutte contre les changements climatiques.

 

« Pour qu’on puisse vraiment s’attaquer [aux changements climatiques], il faut vraiment que ça parte d’en haut. Il faut que le premier ministre y croie », a souligné la libérale Virginie Dufour. « Comme ça, on n’aurait pas un tunnel qui pousserait alors que ça va complètement contre la science », a-t-elle dit, en référence au projet de troisième lien routier Québec-Lévis mis en avant par la CAQ.

« En ce moment, le gouvernement de la CAQ priorise des projets du passé », a ajouté son adversaire solidaire. « Nous, ce qu’on veut, c’est prendre ces ressources-là [en main-d’oeuvre] pour des projets du futur, notamment de transport en commun », a fait valoir Mme Zaga Mendez.

La péquiste Jeanne Robin a quant à elle reproché à la CAQ d’avoir mis en avant des projets routiers plutôt que des projets « cohérents avec l’urgence climatique » durant la pandémie, notamment par sa Loi concernant l’accélération de certains projets d’infrastructure (PL66), sur laquelle elle s’était d’ailleurs prononcée en tant que directrice principale de Vivre en ville.

« Au lieu de mettre notre énergie à mettre en place des infrastructures qui allaient nous sortir des deux crises à la fois, la crise pandémique […] et la crise climatique, on a continué de faire comme on a toujours fait, des projets routiers, parce que c’est plus simple », s’est-elle désolée.

Le ministre sortant de l’Environnement s’est toutefois défendu d’avoir mis en avant des projets comme la reconfiguration de l’autoroute 50, soulignant qu’il s’agit « d’une des routes les plus accidentogènes » du Québec et qu’il en va de la sécurité du public.

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