Pour en finir avec «les BS», un terme méprisant

Jonathan, un intervenant dans le documentaire «Le bien-être»
Photo: Mathieu Gagnon Jonathan, un intervenant dans le documentaire «Le bien-être»

« À un moment donné, les gens vont lui demander : “Qu’est-ce qu’il fait, ton père, dans la vie ?” Je n’ai pas le goût qu’elle réponde : “C’est un BS” », confie Jonathan, à propos de sa fille qui rentre à la garderie, assis dans la petite cour arrière de son appartement de Sherbrooke.

Les « BS ». C’est un terme méprisant, associé à la paresse, douloureux à entendre pour tout prestataire d’aide sociale. Plus de 50 ans après l’instauration de cette aide financière au Québec, ils font encore face à beaucoup de préjugés, selon le réalisateur Jean-Sébastien Dutil. C’est pour permettre au public de connaître « l’humain derrière le chèque » qu’il présente le parcours de quatre d’entre eux dans son documentaire Le bien-être, diffusé samedi à 22 h 30 sur les ondes d’ICI Télé.

« J’aimerais que le Québec puisse voir, écouter et comprendre que la grande majorité des gens sont sur l’aide sociale pour une courte durée. C’est de l’aide de dernier recours pour s’en sortir, qui peut être normale dans le parcours de quelqu’un », expose M. Dutil en entrevue.

Un « masque d’oxygène »

« Les gens ont le réflexe de dire : “Il y a assez de jobs en ce moment, pourquoi ils ne vont pas travailler ?” renchérit Geneviève Bouchard, directrice de l’organisme L’Action Plus de Sherbrooke, destiné à l’accompagnement de ces bénéficiaires. Mais ce sont généralement des personnes qui ont épuisé leur chômage et leurs assurances pour maladie et qui ont encore une contrainte à l’emploi. Ceux qui sont aptes, ils retournent sur le marché du travail. »

Il y a Vicky, une mère de famille monoparentale de trois enfants qui a dû composer avec une dépression post-partum et un enfant malade. L’aide sociale a été son « masque d’oxygène ».

Julienne, réfugiée au Canada en 2019, rêve que ses enfants, restés en Afrique, puissent la rejoindre. Elle veut travailler pour les aider financièrement et elle suit des cours pour devenir préposée aux bénéficiaires.

 

Jean-Sébastien, qui a de la difficulté à marcher, a vécu les familles d’accueil, la violence, la boisson, la drogue et la prison. Il se bat pour faire reconnaître sa contrainte sévère à l’emploi et ainsi faire augmenter le montant de sa prestation.

Jonathan, batteur dans un groupe de heavy metal, a dû rester à la maison pour s’occuper de sa fille, faute de place en garderie. Il aimerait vivre de ses passions artistiques et il est peu enthousiaste à l’idée d’occuper un emploi alimentaire.

Des changements réclamés

 

Ce sont quatre profils distincts, mais ces personnes ont en commun d’être contraintes de demander de l’aide sociale, et même d’en avoir honte. « Je suis un gars qui aime travailler, avoue Jean-Sébastien. Ça veut dire que moi, j’ai des deuils à faire. »

Plusieurs organismes communautaires réclament des changements à l’aide sociale depuis des années. Alors que l’inflation atteint des sommets et que la crise du logement fait rage, L’Action Plus demande une augmentation des prestations, qui sont de 726 $ par mois pour une personne seule et de 870 $ pour une personne ayant une contrainte à l’emploi.

« Aujourd’hui, les personnes en situation de pauvreté n’y arrivent pas, avec ces montants », juge Mme Bouchard.

Le Front commun des personnes assistées sociales revendique « un chèque par personne », c’est-à-dire qu’on arrête de remettre un seul chèque aux couples vivant ensemble, ce qui revient à un montant de base de 1099 $ pour deux personnes. Mme Bouchard déplore aussi que des personnes en situation de pauvreté n’aient pas reçu les 500 $ promis par le gouvernement pour faire face à l’inflation, somme qui est plutôt retenue pour rembourser leur dette envers l’aide sociale.

Enfin, Mme Bouchard souhaite que les politiciens provinciaux se positionnent sur ces questions dans le cadre de la campagne électorale.

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