Les autos électriques d’abord, le reste ensuite, disent les partis

La CAQ veut qu’en 2035, 100 % des véhicules légers neufs vendus soient électriques. Le Parti conservateur du Québec semble surtout pressé de couper les ponts avec certaines sociétés étrangères.
Valérian Mazataud Le Devoir La CAQ veut qu’en 2035, 100 % des véhicules légers neufs vendus soient électriques. Le Parti conservateur du Québec semble surtout pressé de couper les ponts avec certaines sociétés étrangères.

Le transport, c’est connu, est le nerf de la guerre climatique québécoise, et le prochain gouvernement, peu importe qui sera élu, devra s’y attaquer de front. Un panel sur la question de l’avenir du transport électrifié qui se tenait à Montréal lundi matin était l’occasion pour les cinq principaux partis en lice de se démarquer. Il aura surtout produit l’impression d’une certaine résignation : l’auto électrique d’abord, et le reste suivra.

L’occasion était pourtant belle de marquer des points contre le ministre sortant de l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, qui représentait la CAQ sur la petite scène d’un bureau de Place Ville Marie, où l’organisme sectoriel Propulsion Québec tenait une discussion sur l’avenir de cette industrie émergente dans la province.

Malgré quelques piques envers le troisième lien routier Québec-Lévis et la volonté de construire de nouveaux barrages hydroélectriques, deux projets chers à la CAQ qui ne font pas l’unanimité dans la population, les candidats des autres partis ont surtout tenté de cajoler les spectateurs, qui représentaient des entreprises de tous les secteurs économiques touchés par le virage électrique du transport, des producteurs d’énergie ou de ressources naturelles aux fabricants de véhicules électriques en tout genre.

Le thème qui a fait le plus réagir est la difficulté qu’ont les entreprises québécoises à vendre leurs produits ou leurs services directement au gouvernement québécois. « Pourquoi doit-on d’abord aller vendre aux États-Unis avant de pouvoir le faire au Québec ? » a demandé une personne dans la salle.

La réponse la plus concrète est venue de M. Fitzgibbon, qui propose d’ajouter un intervenant dans la chaîne d’approvisionnement publique : « Nous avons créé un groupe au sein d’Investissement Québec qui va se pencher sur la question de l’accès à la Centrale d’acquisitions gouvernementales », a-t-il dit.

Des vélos aux motoneiges ?

Si les autos électriques font l’unanimité, la rapidité de leur mise sur la route ne fait pas consensus d’un parti à l’autre. La CAQ veut qu’en 2035, 100 % des véhicules légers neufs vendus soient électriques. Le Parti conservateur du Québec semble surtout pressé de couper les ponts avec certaines sociétés étrangères. « Il faut développer ici ces autos-là pour se défaire de la Chine », a déclaré Konstantinos Merakos, candidat dans Chomedey.

Le Parti libéral souhaiterait accélérer la vente de véhicules électriques au Québec et propose d’ailleurs d’électrifier tous les taxis dès 2030. Le PLQ a réitéré plusieurs fois déjà sa volonté de développer également l’hydrogène vert pour décarboniser le transport lourd, notamment, ce qui prendra du temps. « La transition écologique ne se fera pas toute d’un seul coup », a affirmé Karl Filion, candidat dans Vanier-Les Rivières.

Ruba Ghazal, qui représente Québec solidaire dans Mercier, voudrait pour sa part qu’il se crée de ce côté-ci du continent américain une autoroute électrique (e-highway) semblable à l’autoroute de l’hydrogène qu’on trouve en Colombie-Britannique et ailleurs sur la côte ouest. QS aimerait aussi voir davantage de services de livraison comme les livreurs à vélo du projet Colibri, à Montréal, être utilisés dans les villes et les banlieues de la province.

Alexis Gagné-Lebrun, du Parti québécois, a aussi vanté l’apport du vélo dans un cocktail de moyens de déplacement qui devrait faire davantage de place au transport urbain actif. « Il faut voir comment on peut mieux vivre en ville grâce au transport actif », a-t-il dit.

Le représentant de la CAQ a pour sa part vanté la stratégie en trois temps du gouvernement sortant : développer l’infrastructure de recharge, investir dans l’industrie locale et aider les consommateurs à acheter des véhicules électriques. Des autos, plus exactement.

Une employée de Taiga Motors a demandé à Pierre Fitzgibbon s’il comptait aider aussi les Québécois à acheter une motoneige ou même un vélo électrique, ce à quoi il a répliqué que la CAQ préférait aider l’offre plutôt que la demande dans ces créneaux, rappelant que Québec a remis 30 millions de dollars à Taiga en juillet 2021 pour l’aider à construire son usine de fabrication de motoneiges et de motomarines électriques à Shawinigan.

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