Un «Fitbit du cerveau» montréalais pour travailleurs stressés

Enophone a aujourd’hui écoulé quelque 6000 exemplaires de son casque du même nom. Sur la photo, les cofondateurs de l’entreprise, David Doyon (à gauche) et Jacob Flood.
Marie-France Coallier Le Devoir Enophone a aujourd’hui écoulé quelque 6000 exemplaires de son casque du même nom. Sur la photo, les cofondateurs de l’entreprise, David Doyon (à gauche) et Jacob Flood.

Il aura fallu presque cinq ans et un nouveau nom. Mais Jacob Flood et David Doyon ont finalement réalisé leur objectif : produire un casque d’écoute sans fil haut de gamme doté de capteurs capables d’aider l’utilisateur à connaître en direct l’état de santé de son cerveau. Prochain objectif : s’imposer comme la référence dans ce créneau.

Plus exactement, les deux cofondateurs de la jeune pousse montréalaise appelée Enophone veulent en quelque sorte imposer leur marque à l’échelle mondiale pour qu’elle devienne le « Fitbit du cerveau », une expression répétée assez souvent tant par l’un que par l’autre durant l’entrevue avec Le Devoir et qu’on ne peut que leur attribuer aux deux en parts égales.

Fitbit est un fabricant de bracelets dotés de capteurs qui agissent comme un moniteur d’activité physique. Il a récemment été racheté par Google. Ses appareils peuvent capter des signes vitaux, comme la fréquence cardiaque et le rythme respiratoire, pour les fournir à l’utilisateur, en même temps qu’une foule de conseils pour mieux se garder en forme.

Comprendre l’activité cérébrale

Le casque d’Enophone compte quatre capteurs cutanés (qui se collent à la peau) qui agissent comme un électroencéphalographe. Il enregistre donc l’activité électrique cérébrale au moyen d’électrodes placées sur le cuir chevelu. Cette activité est analysée en direct et classée dans l’un ou l’autre des trois degrés d’intensité : douce, moyenne ou intense, à l’aide d’une application pour ordinateur personnel du même nom. Tout cela se passe sans fil, grâce à la magie du protocole Bluetooth. Une application mobile est dans les plans, de même qu’un volet d’astuces et de conseils plus étoffé. Éventuellement.

« Le plus important, pour l’utilisateur, c’est que ses signaux demeurent stables, dit David Doyon. Plus c’est stable, mieux c’est. Ensuite, il y a plusieurs façons d’interpréter les variations selon le contexte : fatigue, détente, concentration… Avec le contexte, nous pourrons fournir davantage de conseils et d’exercices, mais pour le moment, nous voulions fournir les données à l’utilisateur. »

Le concept semble faire mouche. Les jeunes entrepreneurs de la Rive-Sud montréalaise indiquent qu’Enophone a aujourd’hui écoulé quelque 6000 exemplaires de son casque du même nom. Après un lancement sous la forme d’une campagne de sociofinancement qui s’est un peu étirée, Mindset, nom par lequel la jeune pousse était connue à ses débuts, a maintenant la capacité de livrer sur-le-champ les exemplaires achetés sur son site Web. L’appareil, un casque stéréo sans fil extra-auriculaire, est assez massif. Il cible les travailleurs de bureau ou les voyageurs d’affaires davantage que les coureurs ou les sportifs.

L’appareil n’est pas qu’un simple moniteur d’activité physique. C’est aussi un casque stéréo sans fil avec insonorisation active de bonne qualité. Ses composants audio sont fournis par la société japonaise Onkyo, une marque bien connue des amateurs de son hifi, qui a malheureusement dû déclarer faillite le printemps dernier. Elle a été rachetée dans les jours ayant suivi l’annonce par un consortium japonais qui comprend un autre fabricant électronique bien connu : Panasonic.

Santé mentale et télétravail

 

On n’a jamais autant parlé de santé mentale que depuis le début de la pandémie, au printemps 2020. Au même moment, le travail à domicile atteignait des pics de popularité un peu partout dans le monde, pour des raisons bien évidentes. Pour Enophone, la table était mise pour présenter son appareil comme un bon moyen de comprendre un peu mieux son activité cérébrale sans avoir à se rendre chez le médecin.

Cela dit, Jacob Flood fait rapidement la nuance entre une bonne santé mentale et une bonne activité mentale. « Soudain, avec le télétravail, il a fallu qu’on devienne tous des experts en santé mentale, dit-il. Nous aidons à mieux comprendre l’activité du cerveau, ce qui est utile pour les travailleurs de bureau ou ceux dont l’activité mentale est élevée chaque jour. »

Le casque en tant que tel est doté de quatre capteurs qui produisent trois types de données : niveau d’effort, niveau d’alerte et niveau d’efficacité mentale. Ces données sont reprises par l’application, qui inclut également une banque de pièces musicales instrumentales conçues pour influencer l’état mental du porteur : pour se calmer, mieux se concentrer, etc.

Nous aidons à mieux comprendre l’activité du cerveau, ce qui est utile pour les travail-leurs de bureau ou ceux dont l’activité mentale est élevée chaque jour

 

Cette banque musicale sera améliorée au fil du temps. Enophone espère aussi pouvoir piger dans la discothèque de services musicaux en ligne comme Spotify pour créer des listes musicales sur mesure adaptées à l’état d’activité mentale de ses clients.

« On peut faire plein de choses avec de la musique. Elle crée une ambiance qui influence l’activité du cerveau, assure Jacob Flood. Vous pouvez écouter votre propre musique, mais nos utilisateurs recourent à notre banque de chansons environ la moitié du temps qu’ils portent leur casque. »

Approfondir l’analyse des données captées et améliorer les outils fournis aux utilisateurs est la prochaine grande étape pour les deux dirigeants d’Enophone. « On veut accroître la valeur ajoutée de notre casque », disent-ils. Alors que d’autres fabricants ajoutent des fonctions, comme le suivi du sommeil, ou qu’ils ciblent d’autres clientèles, comme les voyageurs d’affaires toujours dans un avion, Enophone se concentre sur les travailleurs de bureau.

Enophone n’est pas seule. Des géants comme Microsoft ont la même stratégie avec leurs propres casques d’écoute. C’est peut-être un signe que les travailleurs ont besoin de mieux prendre en main leur santé mentale…

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