Le centre communautaire Sanaaq coûte cher à la Ville de Montréal

Dans la foulée d’un appel d’offres lancé en mars dernier pour les travaux d’aménagements du centre, Montréal a reçu trois soumissions. La plus basse, celle du Groupe Geyser, atteignait près de 38 millions de dollars, alors que la plus élevée, d’Hulix Construction, grimpait à 47,9 millions.
Adil Boukind Le Devoir Dans la foulée d’un appel d’offres lancé en mars dernier pour les travaux d’aménagements du centre, Montréal a reçu trois soumissions. La plus basse, celle du Groupe Geyser, atteignait près de 38 millions de dollars, alors que la plus élevée, d’Hulix Construction, grimpait à 47,9 millions.

Le futur centre communautaire Sanaaq, situé sur le terrain de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants, coûte cher à la Ville de Montréal. Même si le bâtiment est toujours inoccupé, la Ville paie un loyer depuis janvier dernier et la facture avoisine maintenant le million de dollars. Et en juillet dernier, elle a dû annuler un appel d’offres pour les travaux d’aménagements intérieurs en raison du coût élevé des soumissions reçues.

Dans la foulée d’un appel d’offres lancé en mars dernier pour les travaux d’aménagements du centre, Montréal a reçu trois soumissions. La plus basse, celle du Groupe Geyser, atteignait près de 38 millions de dollars, alors que la plus élevée, d’Hulix Construction, grimpait à 47,9 millions.

L’appel d’offres a été annulé en juillet « car le montant de la soumission du Groupe Geyser était beaucoup plus élevé que les coûts estimés », a indiqué dans un courriel au Devoir Hugo Bourgoin, relationniste à la Ville de Montréal.

Il n’a pas été possible, vendredi, d’obtenir le montant de l’estimation fixée par la Ville pour préciser l’écart entre les soumissions et l’estimé. En mai 2020, les documents de la Ville établissaient cependant à 13,8 millions le coût de ces travaux d’aménagements.

La Ville indique qu’un nouvel appel d’offres sera lancé « sous peu ».

Un loyer coûteux

 

Reste que la Ville devra continuer à payer un loyer à Devimco, propriétaire du terrain où il se trouve, même si le bâtiment demeurera vide pendant au moins un an et demi. Car la Ville évalue à 18 mois la durée des travaux d’aménagements intérieurs qui seront réalisés lorsqu’un contrat pourra être octroyé.

La Ville paie depuis le 15 janvier 2022 une rente mensuelle de 124 240 $ à laquelle s’ajoutent les taxes. L’entente avec Devimco s’échelonnant sur 40 ans devrait totaliser 68,6 millions $, incluant les taxes. À l’heure actuelle, la Ville n’est pas en mesure de préciser la date de l’ouverture du centre communautaire.

Rappelons que le centre communautaire Sanaaq, situé au rez-de-chaussée de deux tours du Square Children’s, comporte deux étages et comprendra, à terme, une salle de spectacle et d’exposition, une bibliothèque et des espaces sociocommunautaires. Le nom « Sanaaq » est inspiré du titre d’un roman inuit écrit dans les années 1950 par l’autrice Mitiarjuk Nappaaluk.

Le projet immobilier du Square Children’s a fait la manchette à plusieurs reprises au cours des dernières années. En 2016, Québec avait vendu le site de l’ancien Hôpital de Montréal pour enfants pour 25 millions de dollars à 9333-8580 Québec Inc, une entreprise contrôlée par Philip Kerub et Sarto Blouin et qui, par la suite, est devenue HRM Projet Children Inc.

Le projet du Square Children’s prévoyait des tours à condos et la construction de 174 logements sociaux dans la Tour 6 du complexe immobilier. Une école avait été envisagée par le promoteur Devimco, partenaire du projet, mais n’a pu se réaliser. De son côté, le projet de logements sociaux a été abandonné faute d’une entente entre la Ville et HRM. Le litige concernant les logements sociaux a d’ailleurs donné lieu à une poursuite de 20 millions du promoteur HRM contre la Ville et la mairesse Valérie Plante.

Lors des consultations menées au printemps dernier par l’Office de consultation publique de Montréal (OCPM) sur le projet de la Tour 6 du Square Children’s, les groupes communautaires du quartier, dont la Table de quartier Peter-McGill, ont déploré l’abandon du projet d’école et de logements sociaux, mais également le coût élevé du projet de centre communautaire Sanaaq. « Non seulement le projet d’école primaire n’a pu se réaliser, mais le centre communautaire Sanaaq coûtera une fortune aux contribuables puisque la Ville n’est pas propriétaire de l’espace, mais bien locataire, et à grands frais de surcroît », soulignait la Table de quartier Peter-McGill dans son mémoire déposé à l’OCPM.

Les groupes communautaires ont d’ailleurs réclamé la tenue d’une enquête publique sur la gestion du dossier de l’ancien hôpital par la Ville de Montréal.
 



Une version précédente de ce texte a été modifiée pour y apporter des précisions: Luc Poirier n'a pas été impliqué dans la vente du site de l'ancien Hôpital de Montréal pour enfants survenue en 2016.

 

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