Ces gens à qui Ottawa veut donner 20 000$

Michel-Alexandre Riendeau, cofondateur de l'entreprise Terry
Photo: Adil Boukind Le Devoir Michel-Alexandre Riendeau, cofondateur de l'entreprise Terry

Le Régime enregistré d’épargne-invalidité (REEI) a été créé par le gouvernement fédéral il y a une quinzaine d’années et il est resté depuis dans l’ombre des REER et REEE, même si son rendement leur est de loin supérieur : après tout, Ottawa promet d’y déposer jusqu’à 10 000 $ dès l’ouverture, sans autre mise de fonds, puis d’ajouter 10 000 $ additionnels dans les années suivantes. La jeune pousse montréalaise Terry compte braquer les projecteurs sur ce placement méconnu et sous-utilisé.

Au Québec, 16 % de la population souffre d’une forme ou d’une autre de handicap ou d’invalidité qui lui permet de se qualifier pour un REEI. Cela n’inclut pas les parents d’enfants affectés par un handicap et qui pourraient eux aussi cotiser à un tel régime d’épargne. La mise de fonds n’a pas à être énorme, étant donné que le fédéral promet d’y déposer 1000 $ par an sur dix ans, en plus d’y déposer rétroactivement un premier 10 000 $ pour les dix années précédant l’ouverture du compte.

Si l’épargnant décide d’y placer une partie de ses économies, le gouvernement peut doubler, tripler ou même quadrupler la mise, ce qui assure un rendement qu’aucune forme d’investissement ne peut garantir. Mais comme tout autre régime d’épargne, le REEI permet tout de même d’investir cette somme dans différentes formes de placements, ce qui peut justement améliorer son rendement encore un peu plus.

Par la suite, le détenteur du REEI peut récupérer son argent — incluant intérêts et aide gouvernementale — peu importe son état de santé.

« Et pourtant, la grande majorité des gens, même ceux qui sont visés par ce régime d’épargne, ignore qu’il existe », déplore Michel-Alexandre Riendeau. En fait, seulement 32 % des personnes admissibles cotisent actuellement à un REEI. L’entrepreneur et ingénieur logiciel de Québec a décidé de s’associer avec deux planificateurs financiers pour créer la plateforme Web Terry qui, espèrent-ils, mènera davantage de Québécois à cotiser à un REEI.

« Le nom Terry est un clin d’oeil à Terry Fox », explique au Devoir Michel-Alexandre Riendeau. « On a choisi ce nom, car ça humanise un peu notre plateforme et le REEI. »

Terry n’est pas tout à fait une plateforme de courtage en ligne comme le sont Disnat de Desjardins ou Wealthsimple. Il s’agit plutôt d’un site Web à partir duquel des résidents du Québec souffrant d’invalidité ou d’un handicap peuvent entrer en contact avec un conseiller, pour ensuite remplir de la façon la plus automatisée possible tous les formulaires nécessaires pour ouvrir un compte REEI.

Terry compte ensuite sur ses gestionnaires dûment autorisés auprès des autorités financières du Québec pour faire fructifier cette épargne. L’entreprise créée en septembre 2021 prévoit que son actif sous gestion devrait valoir plus de 10 millions de dollars avant la fin de l’année. Pour donner une idée de ce que l’aide gouvernementale représente, environ 5 de ces 10 millions de dollars proviennent du gouvernement. Le reste comprend l’argent investi par les quelque 800 familles qui sont des clientes de Terry et le rendement obtenu par leurs placements.

Critères d’admissibilité « flous »

Terry n’est pas la seule société financière à offrir un REEI. La plupart des institutions présentes au Québec le font également. La jeune pousse dit se démarquer en offrant un service en ligne qui évite à des gens dont la mobilité est peut-être réduite d’avoir à se déplacer pour rencontrer un conseiller. Tout se fait à distance.

Et pourtant, le REEI ne cible pas que les gens ayant un handicap physique ou même grave. Les critères d’admissibilité à ce régime sont ainsi faits que des gens ayant des problèmes de santé qui ne les empêchent pas nécessairement d’avoir un emploi régulier peuvent y adhérer. C’est entre autres le cas de gens qui aurait développé un diabète de type 1, indique Michel-Alexandre Riendeau.

« Il n’y a pas de raison pour ne pas ouvrir un REEI si on y a droit, mais parfois on croise des gens qui refusent de le faire un peu par orgueil », dit-il. Les parents qui ont un enfant en difficulté peuvent aussi cotiser à un tel régime, ce qu’ils ignorent pour la plupart. « Ceux qui nous rencontrent se demandent pourquoi ils n’ont pas contribué plus tôt à ce régime. »

Évidemment, ce manque d’information est une occasion d’affaires intéressante pour Terry, elle qui espère étendre son service à l’ensemble du Canada au cours des prochains mois. Comme le REEI vient en aide à des gens qui en ont peut-être plus besoin que les autres, c’est aussi en quelque sorte un travail utile que fait la jeune entreprise. Ces requins de la finance, comme le veut l’expression, ne doivent pas mordre très fort…

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