Protéger le « garde-manger » du Québec

Camille Feireisen
Collaboration spéciale
Le territoire consacré à l’agriculture ne représente que 2 % de la superficie du Québec, ce qui est très peu en comparaison à d’autres provinces canadiennes.
Adrian Wyld La Presse canadienne Le territoire consacré à l’agriculture ne représente que 2 % de la superficie du Québec, ce qui est très peu en comparaison à d’autres provinces canadiennes.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

La campagne électorale bat son plein et l’Union des producteurs agricoles (UPA) compte faire entendre sa voix. Dans un contexte marqué par une flambée des coûts de production et des enjeux environnementaux de plus en plus pressants, l’UPA espère recevoir des engagements forts des partis pour mieux protéger le territoire agricole et le garde-manger du Québec.

« Durant les derniers mois, il y a eu une augmentation de 50 % des coûts de production », indique le président de l’UPA, Martin Caron. Les prix des graines, des engrais, des cartons d’emballage, sans compter celui du carburant, ont tous explosé. « Sur une base annuelle, on parle de 1,5 milliard de dollars d’augmentation des coûts pour l’agriculture au Québec », souligne le président.

Martin Caron demande au prochain gouvernement de bonifier ses aides, à l’instar de ce qui se fait ailleurs dans le monde. « En Europe et aux États-Unis, automatiquement, les gouvernements ont augmenté leur soutien côté agricole », assure-t-il. L’UPA demandera une augmentation du budget du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation pour les dix prochaines années. « On demande une augmentation de 500 millions de dollars, donc de 50 %, parce que présentement, le budget est aux alentours d’un milliard de dollars et ça fait des années qu’il stagne. »

Légiférer pour mieux protéger

 

Ce n’est pas qu’avec des aides financières que le président de l’UPA veut protéger le garde-manger québécois, mais aussi avec des lois. Le territoire consacré à l’agriculture ne représente que 2 % de la superficie du Québec, ce qui est très peu en comparaison à d’autres provinces. « Si on regarde les 10 dernières années, il y a un 10 000 hectares qui ont été consentis à d’autres usages que ceux agricoles, donc même ce 2 % commence à être grugé », soutient Martin Caron. En Ontario, ce sont environ 3,6 % des terres qui sont cultivées. Et ailleurs au Canada, un peu plus de 6 %, selon lui.

« Il y a un côté spéculatif à ces achats de terres, parce que leur prix a triplé. Durant la dernière année, on a calculé qu’il y a 52 % des transactions des terres agricoles qui ont été faites par des non-agriculteurs. Ça nous inquiète énormément », ajoute-t-il.

L’UPA demande une loi antispéculation pour interdire les achats de terres agricoles par des sociétés d’investissement ou des intervenants du secteur immobilier. « En Saskatchewan, ils ont légiféré et il n’y a pas d’achat de terres agricoles qui peut se faire par des fonds d’investisseurs. »

La première Politique nationale d’architecture et d’aménagement du territoire, adoptée le 6 juin, promet de reconnaître l’importance de préserver les zones agricoles, mais Martin Caron attend les actions. « On n’a pas encore vu le plan de mise en oeuvre et quels sont les indicateurs qui vont être mis en place pour vraiment protéger nos terres agricoles. »

Accélérer le virage écologique

 

Alors qu’on demande aux agriculteurs de s’adapter aux changements environnementaux, au bien-être animal et aux enjeux géopolitiques, les programmes ne sont pas actualisés et le budget n’augmente pas, remarque Martin Caron, qui demande des modifications. Il a des idées de modèles à mettre en place : la certification bio, par exemple, est mieux prise en charge dans les pays européens et aux États-Unis. « L’État paie 50 % de cette certification. Au Québec et au Canada, il paie les premières années, puis après, plus rien. Je trouve ça dommage. »

Conséquence : les agriculteurs s’endettent, raconte Martin Caron. « Ils ont investi et ont eu droit à une petite subvention, mais sans avoir laplus-value sur leur produit. Il faut avoir une politique bioalimentaire ambitieuse. Nous, on est prêts à relever les défis », assure-t-il.

Assurer la relève agricole

 

Les jeunes agriculteurs sont en proie à de gros défis budgétaires lorsqu’il s’agit d’acquérir une terre, de la machinerie et d’embaucher de la main-d’oeuvre.Pourtant, ils sont passionnés et le nombre d’entreprises agricoles a augmenté cette année, soutient Martin Caron.

« Le prix des terres agricoles a triplé, il faut adapter les programmes d’emprunt. Acheter une terre agricole et se dire qu’on pourra la rentabiliser en 15 à 20 ans, ce n’est plus possible, il faut être capables d’avoir des prêts à plus long terme et à taux bas. Certains agriculteurs sont vieillissants ; il faut pouvoirétablir des liens entre la relève et eux, s’assurer qu’il y ait un transfert agricole. Pour ça, il faut des exemptions fiscales pour maintenir ces entreprises », insiste-t-il.

L’UPA aura l’occasion de rencontrer les chefs début septembre pour entendre leur vision quant à l’avenir agricole du Québec. Martin Caron espère bien faire valoir le côté « professionnel, responsable et essentiel » qui définit, énonce-t-il, les producteurs agricoles.

500 milliards de dollars C’est l’augmentation demandée par l’UPA au budget du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation.

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