Hydro-Québec affiche un bénéfice record

La société d’État a présenté un bénéfice net jamais vu au premier semestre de 2022 de 2,74 milliards $.
Photo: Olivier Zuida Le Devoir La société d’État a présenté un bénéfice net jamais vu au premier semestre de 2022 de 2,74 milliards $.

Hydro-Québec se dirige vers une deuxième année record consécutive. La société d’État a présenté un bénéfice net jamais vu au premier semestre de 2022 de 2,74 milliards de dollars, soit 749 millions de plus que pour la même période de 2021, une augmentation de près de 38 %.

« C’est le plus haut bénéfice pour les activités poursuivies au niveau historique », a reconnu le vice-président et chef de la direction financière d’Hydro, Jean-Hugues Lafleur, en présentant ces résultats à la presse vendredi. « L’année passée, on avait obtenu 3,6 milliards de dollars de bénéfices, ce qui était quand même une année record. On a établi le plan d’affaires à 3,4 milliards [pour 2022], et je pourrais dire avec assez de certitude qu’on risque d’avoir une année record cette année », a-t-il ajouté.

Cette prédiction n’est certainement pas téméraire : après seulement six mois, Hydro-Québec est à 81 % de son objectif pour toute l’année et à 77 % du record de 3,55 milliards atteint en 2021.

Un dérécho coûteux

 

La météo est en partie responsable de cet excellent résultat, notamment le froid inhabituel de l’hiver dernier. Mais elle a aussi eu sa part d’effets négatifs avec le dérécho du mois de mai dernier : cette tempête de vent avait touché plus d’un demi-million d’abonnés, particulièrement dans les Laurentides et Lanaudière.

« C’est l’événement météorologique qui a nécessité le plus de travaux sur le terrain depuis la crise du verglas de 1998 , a confié le dirigeant.  Plus de 2000 employés ont été mobilisés pendant 11 jours. Au total, plus de 1100 poteaux et 400 transformateurs ont été remplacés. » Ces travaux ont coûté environ 70 millions à Hydro-Québec, qui a inscrit une perte de 55 millions aux livres à titre de charges d’exploitation.

En contrepartie, la société d’État a certainement bénéficié de l’hiver inhabituellement froid. Pour le seul mois de janvier, la moyenne a été de -14 °C, soit 7 degrés de moins que la moyenne de janvier 2021, ce qui a fait entrer 323 millions de dollars de revenus additionnels dans ses coffres.

Par contre, le froid a aussi eu des conséquences négatives, obligeant Hydro-Québec à acheter elle-même pour quelque 227 millions d’électricité sur les marchés pour répondre à la demande locale. Cette forte demande interne hivernale a aussi amené un manque à gagner de 57 millions de dollars du côté des exportations, la société d’État étant appelée à les réduire pour livrer de l’énergie aux Québécois.

Le bilan en matière d’exportations demeure tout de même extrêmement positif malgré la baisse du volume des ventes. Hydro-Québec a notamment bénéficié d’une forte augmentation — +56,5 % — du prix de l’électricité sur les marchés d’exportation, celui-ci passant de 4,6 ¢  kWh à 7,2 ¢  kWh, permettant d’engranger 440 millions de plus que l’an dernier à pareille date. Au final, en comptabilisant le manque à gagner de 57 millions mentionné plus haut, l’augmentation nette des revenus d’exportation hors Québec a été de 383 millions.

Une demande interne croissante

 

Ici même au Québec, ce n’est pas seulement le froid qui a engraissé les coffres de la société d’État. Ainsi, une augmentation générale de la demande des clients des secteurs résidentiel, commercial et institutionnel indépendante du froid a généré une augmentation de 188 millions d’entrées de fonds.

La forte hausse du cours de l’aluminium, auquel est lié le tarif versé par les alumineries, a permis d’augmenter de 120 millions les entrées de ce côté et les augmentations de tarifs imposées en avril 2021 et 2022 ont amené des revenus additionnels de 107 millions.

Des poussées de vent ont fait augmenter la production d’électricité des parcs éoliens qui sont sous contrat avec la société d’État, contrats qui obligent celle-ci à acheter cette production. Hydro-Québec s’est ainsi trouvée à débourser 53 millions de plus que l’année précédente.

Additionnés aux achats requis pour combler la demande ainsi qu’à l’entrée en vigueur de nouveaux contrats d’achat et à une hausse des coûts de transport reliés à l’exportation, les achats d’électricité ont ainsi augmenté de 365 millions de dollars au total durant les six premiers mois de l’année comparativement à la même période l’an dernier.

Niveau des barrages élevé

 

Jean-Hugues Lafleur s’est également réjoui du fait que la météo a permis de maintenir les niveaux des barrages élevés, le Québec n’ayant pas vécu de sécheresse, comme en témoigne le nombre restreint d’incendies de forêt. Il n’avait pas encore les données à ce sujet, mais « l’hydraulicité est quand même bonne cette année », a-t-il confié.

« Présentement, on a suffisamment d’énergie et on n’est pas à risque lorsqu’on vend sur les marchés et on en profite, a-t-il ajouté. Compte tenu du peu d’incendies de forêt qu’il y a dans le Nord-du-Québec, c’est très positif pour nous. »

« Dans un contexte où les prix à l’exportation sont très, très, très élevés, c’est une bonne nouvelle pour Hydro-Québec », a-t-il conclu.

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