Moozoom récolte 5 millions $ pour aider les élèves à mieux gérer leurs émotions

Le fondateur de moozoom, Jean-Philippe Turgeon, à l’école primaire du Grand-Chêne de Sainte-Julie en compagnie de l’enseignante Maryse Parenteau. La plateforme développée au Québec est notamment accessible par les tableaux interactifs.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Le fondateur de moozoom, Jean-Philippe Turgeon, à l’école primaire du Grand-Chêne de Sainte-Julie en compagnie de l’enseignante Maryse Parenteau. La plateforme développée au Québec est notamment accessible par les tableaux interactifs.

La plateforme Web montréalaise moozoom, qui offre de l’accompagnement socio-émotionnel sous forme de vidéo interactive aux élèves du primaire, vient de récolter 5 millions de dollars pour poursuivre son expansion au Canada et aux États-Unis. L’entreprise espère ainsi venir en aide à davantage de jeunes qui doivent composer avec des problèmes de santé mentale allant de l’anxiété à l’hyperactivité.

Moozoom dit compter sur sa plateforme créée au printemps 2020, qui atteint plus de 135 000 jeunes utilisateurs d’un peu plus de 1000 écoles en Amérique du Nord. Comme le service a d’abord vu le jour en français, sa présence est plus forte au sein des écoles francophones du Québec et d’ailleurs au Canada. Mais son module anglophone connaît depuis son lancement, en septembre dernier, une popularité que Jean-Philippe Turgeon, son fondateur, estime similaire.

Sa stratégie de croissance a convaincu des investisseurs, dont Amplify Capital, Telus et Fondaction, qui vont l’aider à accélérer sa croissance un peu partout sur le continent grâce à cette ronde de 5 millions de dollars.

Marché anglophone

 

« Au Québec, nous avons environ 40 % du marché », dit Jean-Philippe Turgeon. « On part de zéro aux États-Unis, mais notre progression est similaire à la même étape de la croissance. En ce moment, chaque mois représente pour nous ce que nous avions anticipé sur une année de croissance. »

La plateforme de moozoom est notamment accessible par les tableaux interactifs Smart Board de la société Foxconn, que l’on retrouve déjà dans les classes de nombreuses écoles tant au Canada qu’aux États-Unis. Moozoom s’est aussi plus récemment entendue avec l’Educational Service Center of Western Reserve de l’Ohio pour étendre son service à tous les établissements scolaires de l’État. Cette entente est un modèle que l’entreprise espère reproduire ailleurs aux États-Unis, explique Jean-Philippe Turgeon.

Moozom a de grandes ambitions. La jeune pousse regarde la trajectoire prise par une autre entreprise technologique éducative montréalaise, la société Paper, et espère imiter sa progression. Paper a vu le jour en 2019 et vaut aujourd’hui près de 1,5 milliard de dollars américains. L’entreprise offre de l’accompagnement pédagogique à distance aux élèves du primaire et du secondaire, principalement aux États-Unis.

« Notre stratégie de croissance est largement basée sur la leur », explique Jean-Philippe Turgeon. « Notre priorité cette année est de lancer le service en Ohio et dans d’autres États. Nous visons des revenus de 3 à 4 millions de dollars en 2022, ce qui demeure bas par rapport à nos objectifs à plus long terme. »

Comprendre ses émotions

 

Lui-même diagnostiqué avec un trouble déficitaire de l’attention avec hyperactivité (TDAH), Jean-Philippe Turgeon assure que sa plateforme a un effet positif instantané sur le comportement des jeunes qui l’utilisent, une fois qu’ils sont confrontés à des situations épineuses à l’école.

« On répond vraiment au problème du manque d’accessibilité des apprentissages socio-émotionnels, dit-il. Il n’y a pas un humain sur Terre qui va dire qu’aider les jeunes avec leurs émotions n’est pas important, mais quand vient le temps de le faire, ça se complique. On a donc voulu aider les jeunes à trouver des solutions par eux-mêmes à l’aide de vidéos interactives. C’est la meilleure façon de retenir les concepts pour les reproduire ensuite dans la vraie vie. »

Avec ses services, moozoom dit contribuer à résoudre le manque de temps des enseignants et des techniciens en éducation spécialisée, qui sont souvent laissés à eux-mêmes dans leur établissement scolaire. Durant une année scolaire normale, six thèmes peuvent ainsi être proposés aux élèves. Ils touchent à des sujets délicats comme le sentiment de rejet, le changement, l’amitié, la résilience, la motivation, les différences et l’anxiété.

« On présente une situation à problème et on précise quelles compétences on souhaite développer pour que le jeune puisse agir correctement », dit Jean-Philippe Turgeon. Sans pouvoir chiffrer clairement les résultats, l’entrepreneur assure que l’effet de la présence de moozoom dans une classe se fait sentir rapidement, en moins de deux mois.

« Impact positif rapide »

« Ce qu’on entend, c’est qu’il y a un impact positif et rapide sur la gestion de classe. Des enseignants apprécient nos outils. Des élèves trouvent des solutions à divers problèmes et évitent de visiter le technicien en éducation spécialisé. D’autres sont soudainement capables de mieux parler de leurs émotions à leurs amis. »

En ce moment, au Canada, on estime que 20 % des jeunes de 6 à 11 ans sont touchés par un trouble de santé mentale et que 80 % d’entre eux ne reçoivent pas les traitements appropriés. Moozoom tente simplement de corriger cette situation, dit son fondateur.

« Moi, je suis un parent qui a créé moozoom », poursuit M. Turgeon. « Comme parent, on n’est pas vraiment capable d’aider nos jeunes à gérer leurs comportements socio-émotionnels de cette façon-là. L’enseignant aussi a de la misère à le faire. On a développé la plateforme pour l’intégrer à l’école comme un autre apprentissage, parce que c’est là où les jeunes passent le plus de temps à apprendre et où ils peuvent plus facilement le mettre en pratique. »

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