Répit de courte durée en vue à la pompe à essence

Le prix des carburants a baissé ces dernières semaines. Les consommateurs sont invités à en profiter pendant que ça dure, car cette baisse pourrait être de courte durée. Et c’est aussi une bonne affaire pour les vendeurs de véhicules électriques, notent les experts.

« L’automne est un peu plus calme en ce qui concerne la vente d’essence, mais pas pour le diesel, puisque c’est la saison la plus achalandée pour le camionnage », rappelle Patrick de Haan, expert analyste pour le comparateur de prix GasBuddy. « Les projections les plus précises qu’on puisse faire, même si c’est très difficile ces jours-ci, c’est que, si tout se déroule comme prévu, le prix du régulier à la pompe à Montréal pourrait descendre de 1,85 $ le litre — où il se situe présentement — à un peu moins de 1,50 $ le litre. »

Ce scénario est le plus optimiste, nuance-t-il aussitôt : s’il n’y a pas de nouvelles tensions géopolitiques, pas d’ouragans, pas d’arrêt de production… « Avec tout ce qui peut aller de travers, et s’il n’y a pas ce ralentissement économique que prévoient les économistes, le prix risque plutôt d’osciller autour de 1,75 $ le litre au moins jusqu’à Noël. »

Le Nord-Est américain paie plus

 

Une baisse du prix à la pompe a été observée partout sur le continent nord-américain ces deux dernières semaines. Au Québec, elle s’est chiffrée à environ 12 ¢ le litre d’essence régulière. Selon les analystes, le prix élevé des carburants et des autres produits de consommation est en cause : il a freiné l’élan dépensier des ménages, provoquant une « destruction de la demande ».

Le phénomène a alors entraîné une baisse du prix de l’essence, qui diffère selon les marchés. À certains endroits dans le sud des États-Unis, le prix à la pompe est redescendu à environ 3,60 $ le gallon, soit moins d’un dollar canadien le litre. La raison est simple : la capacité de raffinage des différentes régions est très inégale. Le nord-est du continent est ainsi pénalisé par un manque de raffineries déjà observé avant la pandémie, mais exacerbé par les événements des derniers mois, explique M. de Haan.

Craignant un ralentissement soudain et brutal de l’économie mondiale, le secteur pétrolier préfère aussi y aller doucement plutôt que d’investir dans l’accroissement de sa capacité de raffinage.

Résultat : le point d’équilibre entre la production et la demande continuera de favoriser des prix élevés pour les consommateurs, observe Valeurs mobilières Desjardins. « D’accord, nous sortons d’un mois de relâchement de la pression sur le prix de l’essence », disent les analystes du mouvement coopératif québécois dans une note publiée en début de semaine. Mais d’autres facteurs, comme une hausse de la demande en Europe et un renforcement du dollar américain, contrebalancent cette tendance, ajoute l’institution.

Elle précise que l’Agence internationale de l’énergie a d’ailleurs haussé substantiellement, début août, ses prévisions à l’égard de la demande mondiale de pétrole du côté industriel, ce qui contribuera à garder les prix élevés. « Cela reflète bien la mondialisation accrue du marché des carburants. Nous sommes tous ensemble dans le même bordel », conclut Desjardins.

Pas si bon pour l’électrification

Une autre équation pourtant très simple est aussi mise à mal par le contexte actuel : la hausse du prix des carburants n’accélérera pas tant que ça l’électrification des transports, estiment les experts.

Les constructeurs de véhicules électriques sont aux prises avec les mêmes problèmes d’approvisionnement que les autres, si bien que l’attente pour l’achat d’un véhicule neuf peut être très longue — jusqu’à deux ans dans certains cas.

Pendant ce temps, les constructeurs qui s’apprêtent à commercialiser de nouveaux modèles tentent aussi de tirer profit d’une nouvelle politique fédérale américaine qui vise à aider les consommateurs en leur remettant jusqu’à 7500 $US à l’achat d’un véhicule électrique.

C’est le cas de Ford, qui vient de hausser de 7000 $US le prix de base de sa camionnette électrique F-150 Lightning, dont les premiers exemplaires débarqueront sur la route au Canada et aux États-Unis ces prochaines semaines.

Ford invoque une hausse du coût de ses composants pour expliquer cette hausse. Mais quoi qu’il en soit, vu la production limitée de ces modèles, les constructeurs préfèrent les vendre là où il est plus rentable de le faire. Et s’ils haussent leurs prix aux États-Unis, le Canada passera au second plan. Les automobilistes qui espèrent dire adieu dès maintenant aux stations-service devront donc trouver une autre solution.

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