Les problèmes des chaînes d’approvisionnement s’atténuent enfin

Le coût moyen de transport d’un conteneur sur les océans du monde a baissé de 45 % depuis son sommet cet automne.
Photo: Justin Sullivan Getty Images via AFP Le coût moyen de transport d’un conteneur sur les océans du monde a baissé de 45 % depuis son sommet cet automne.

Au coeur de la poussée inflationniste des derniers mois, les difficultés dans les chaînes d’approvisionnement sont en train de s’atténuer. Mais il faudra du temps, et de nouveaux problèmes peuvent toujours survenir. Des experts ont parlé d’une « tempête parfaite » depuis 18 mois, rappelait cette semaine le Financial Times. Aux effet de la pandémie de COVID-19 sur la demande des consommateurs et la capacité des entreprises à y répondre sont venus s’ajouter les effets des milliards en aide financière apportés aux ménages par les gouvernements, des catastrophes naturelles sur les récoltes agricoles et du sous-investissement dans la production d’énergie fossile en prévision du virage vert. Un porte-conteneurs a même trouvé le moyen d’aller se coincer pendant une semaine dans le canal de Suez, qui représente 10 % du commerce mondial.

Et comme si ce n’était déjà pas assez, la Russie et la Chine sont venues en ajouter une couche cet hiver, l’une en envahissant l’Ukraine, l’autre en arrêtant tout dans la manufacture du monde dans sa lutte contre le virus.

Ces événements ont contribué à augmenter les coûts de chaque étape de chaînes de production de plus en plus longues et mondialisées, soufflant ainsi sur une flamme inflationniste pas aussi « transitoire » que l’avaient cru la plupart des experts. Les choses semblent toutefois lentement s’arranger. Le coût moyen de transport d’un conteneur sur les océans du monde a baissé de 45 % depuis son sommet cet automne. Le nombre de navires qui font la queue au port de Los Angeles avait chuté, en juin, de 75 % par rapport au début de l’année, même si c’est la période la plus occupée de l’année. L’indicateur de tension des chaînes d’approvisionnement mondiales de la réserve fédérale de New York avait diminué de 57 % le mois dernier par rapport à son dernier sommet.

Le nombre de retards et les coûts de livraison sont aussi en recul aux États-Unis dans les domaines du transport par camion, train ou avion, observaient mardi les analystes d’Oxford Economics. Les stocks des usines manufacturières croissent rapidement et le volume des commandes de biens en attente est en diminution dans tous les principaux secteurs au point d’être inférieur, dans certains domaines, comme les ordinateurs et les métaux, à ce qui prévalait au début de la pandémie.

Cette amélioration tient en partie à l’inflation elle-même, expliquent les experts, puisque la forte hausse des prix a réduit le pouvoir d’achat des ménages en plus de les inciter à se tourner vers des biens qui sont moins sous pression.

La remontée des taux d’intérêt des banques centrales dans le but de freiner l’inflation commence aussi à produire son effet sur la croissance économique : elle ralentit, entraînant avec elle vers le bas la demande des consommateurs et des entreprises qui mettaient sous tension les chaînes d’approvisionnement.

L’assouplissement graduel des règles sanitaires a également permis aux ménages de revenir à leurs anciennes habitudes de consommation, plus équilibrées entre les biens et les services. Les entreprises ont également appris de leur expérience des derniers mois pour renforcer leurs réseaux de fournisseurs et les gérer de manière plus efficace.

De 120 $ le baril il y a un peu plus d’un mois, le prix du pétrole est revenu à ce qu’il était avant le début de la crise ukrainienne, soit environ 90 $, ont analysé mercredi des économistes du Mouvement Desjardins. Cela tient à l’assombrissement des perspectives économiques, mais aussi au fait que la crise a moins affecté l’offre de pétrole russe qu’on le croyait et que d’autres pays, dont les États-Unis et le Canada, ont augmenté leur production. Les prix des métaux et des grains sont aussi en train de revenir à des niveaux plus normaux. Pour les grains, on le doit notamment à des facteurs météorologiques et géopolitiques. Les récoltes s’annoncent bonnes en Europe et en Amérique du Nord. Cette nouvelle s’ajoute à l’accord intervenu entre la Russie et l’Ukraine sur l’exportation des grains ukrainiens, ainsi qu’à la décision de l’Inde de lever ses restrictions sur l’exportation de son propre blé.

Le pire en matière de chaîne d’approvisionnement semble donc passé, bien que « les volumes de trafic portuaire, les délais de livraison et les prix de l’énergie demeurent à des niveaux historiquement élevés ». Mais attention : ces problèmes pourraient mettre encore « plusieurs mois avant de s’estomper », ont prévenu les économistes de Desjardins. Sinon des années, ajoutent d’autres experts. Et puis, la situation restera volatile et on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve encore, notait l’un des experts cités par le Financial Times. Une crise pourrait survenir entre la Chine et Taïwan, qui compte à lui seul 60 % de la production mondiale de microprocesseurs informatiques, notamment.

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