Moderna choisit Laval pour sa nouvelle usine

La construction, évaluée à 180 millions $, devrait commencer en 2022.
Justin Sullivan Getty Images via Agence France Presse La construction, évaluée à 180 millions $, devrait commencer en 2022.

La décision de Moderna de s’installer à Laval rappelle l’importance d’accélérer la décontamination des terrains industriels de l’est de l’île de Montréal afin d’éviter que le secteur soit à nouveau écarté d’emblée quand une entreprise de pointe s’intéressera au Québec, estime le milieu des affaires de la métropole. L’opposition à l’Hôtel de Ville, Ensemble Montréal, y voit de son côté un « constat d’échec » de l’administration Plante.

Le géant pharmaceutique américain a confirmé jeudi que sa nouvelle usine canadienne de fabrication de vaccins à base d’ARN messager verra le jour à Laval. Sa construction, un chantier évalué à 180 millions de dollars, devrait commencer cette année. Une fois terminée, en 2024, l’usine embauchera 75 employés chargés des opérations de manufacture.

« C’est extrêmement stratégique », a insisté jeudi le p.-d.g. de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Michel Leblanc, au sujet de l’arrivée éventuelle à Laval de cette usine qui sera en mesure de fabriquer environ 100 millions de doses de vaccin par année. La région métropolitaine, connue pour ses entreprises en recherche et développement, pourra ainsi se distinguer également en production de vaccins, se réjouit-il en entrevue.

Le terrain du parc de biotechnologie de Laval où souhaite s’installer Moderna lui a été cédé par l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), a confirmé celui-ci au Devoir. L’entreprise utilisera cette usine pour produire des vaccins contre la COVID-19, mais aussi pour développer des traitements contre l’alzheimer et le VIH, entre autres.

« L’arrivée de Moderna au Québec est un signe d’innovation en santé. C’est majeur, et nous en sommes très fiers », a réagi sur Twitter le ministre de la Santé, Christian Dubé. Le maire de Laval, Stéphane Boyer, a d’ailleurs qualifié de « véritable privilège » l’arrivée de cette entreprise dans sa ville. « Nous les accueillons aujourd’hui avec enthousiasme et suivrons ce dossier avec grande attention », a-t-il ajouté.

« Un constat d’échec » ?

Le p.-d.g. de la Chambre de commerce de l’est de Montréal, Jean-Denis Charest, a aussi salué jeudi la décision de Moderna de s’installer à Laval. En entrevue au Devoir, il a toutefois déploré que l’est de la métropole ait été écarté d’emblée par la multinationale en raison de la complexité qu’y impose la présence de nombreux terrains industriels contaminés.

« C’est très rare que quelqu’un prend un projet et dit qu’il va le faire dans 10 ans ou 15 ans », lance M. Charest. Or, c’est ce que l’est de l’île de Montréal avait à proposer à Moderna : la possibilité d’avoir un terrain seulement une fois que celui-ci aura été décontaminé. « Ça positionne l’est de Montréal en mauvaise position pour ce genre de projet », déplore-t-il.

Au cours des dernières années, plusieurs sommes importantes ont été accordées par Québec pour la décontamination et la revitalisation des terrains dans l’est de l’île, incluant un montant de 100 millions de dollars déboursé en décembre 2019. Mais ces sommes tardent à se concrétiser en actions, avance M. Charest exaspéré, qui estime que des mesures doivent être prises pour accélérer la revitalisation du secteur qu’il représente. « Lorsque le prochain Moderna arrivera, il faut que l’est de Montréal soit pleinement considéré. »

Une position que partage Michel Leblanc. « Ce que moi je sais, c’est que l’intention de Moderna, c’était de s’installer rapidement [dans la région], et dans ce sens-là, les terrains dans l’Est n’étaient pas prêts, confie-t-il. Ça nous rappelle l’importance d’amorcer le plus rapidement possible la décontamination des terrains de l’Est. »

L’opposition officielle à l’Hôtel de Ville de Montréal voit d’ailleurs dans la décision de Moderna de s’installer à Laval « un constat d’échec » de la part de l’administration de Valérie Plante. « Si la décontamination des terrains de l’Est avait été une priorité pour elle, on aurait certainement disposé d’un meilleur levier de négociation avec Moderna », a réagi par écrit le porte-parole d’Ensemble Montréal en matière de développement économique, Julien Hénault-Ratelle.

Joint par Le Devoir, le cabinet de la ministre responsable de la région de Montréal, Chantal Rouleau, s’est dit « bien au fait que la décontamination des sols est un élément clé pour accélérer la revitalisation » de l’est de Montréal. « Nous allons continuer nos efforts avec la Ville pour nous assurer d’avoir des résultats. »

« Le développement économique de l’est de Montréal est une priorité, et ça passe notamment par la décontamination des terrains qui est en cours, et qu’on souhaite voir s’accélérer », a pour sa part assuré le cabinet de Mme Plante au Devoir, qui indique que l’arrivée de Moderna à Laval est « néanmoins » une « excellente nouvelle ».

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