Les voitures éthiques débarquent

La Toyota Prius
Source: Toyota
Photo: La Toyota Prius Source: Toyota

L'arrivée sur le marché de plusieurs nouveaux modèles de voitures à propulsion hybride annonce le début de la seconde phase de commercialisation de ce type de produits. Si les premières voitures hybrides étaient à la fois coûteuses et peu pratiques, les produits les plus récents ont été conçus pour offrir un service équivalent aux véhicules mus par des moteurs à combustion interne, tout en réduisant de façon appréciable leur impact sur l'environnement.

En investissant pour concevoir des voitures moins polluantes, Honda et Toyota ont soigné leur image de précurseurs et de constructeurs verts, ce qui leur a beaucoup rapporté sur le plan médiatique.

Maintenant, Ford et General Motors se joignent à la procession et Robert Lutz, l'inénarrable vice-président de GM, avouait d'ailleurs récemment que «GM a complètement manqué le bateau» avec la mise en marché des voitures hybrides: «Au lieu d'analyser cela d'un point de vue strictement financier, nous aurions dû faire comme Toyota et traiter cela comme une dépense publicitaire». D'autres se font encore tirer l'oreille et n'hésitent pas à afficher leur scepticisme. DaimlerChrysler préfère promouvoir le moteur diesel et Carlos Gosn, le président de Nissan, affirme ne pas croire à la viabilité de la voiture hybride, car «ces voitures coûtent plus cher à construire que leur valeur réelle sur le marché». Malgré cela, ces deux constructeurs présenteront des produits à moteur hybride au cours des deux prochaines années.

Bien que le principe de la propulsion hybride soit simple, son application fait appel à une technologie complexe utilisant des composants onéreux: il s'agit d'installer deux moteurs sous le capot, un moteur à essence et un moteur électrique, qui fonctionnent tantôt indépendamment, tantôt de concert. Cela permet d'utiliser un moteur à essence de plus petite cylindrée puisque, si le besoin s'en fait sentir, son collègue fonctionnant à l'électricité pourra venir l'épauler. Dissipons tout de suite un mythe tenace au sujet des véhicules hybrides: non, il n'y a pas de fil à brancher ni de recharge à effectuer, puisque la batterie qui alimente le moteur électrique est rechargée par l'énergie excédentaire du moteur à combustion ou encore par l'énergie cinétique récupérée lors du freinage. La synergie entre les deux modes de propulsion, coordonnée par les savants algorithmes de l'ordinateur de bord, permet aussi d'interrompre le fonctionnement du moteur à essence dès que sa contribution n'est plus requise. Mais il redémarre aussitôt que le conducteur souhaite accélérer, sans que ce dernier n'ait la moindre sensation de la transition incessante qui se négocie entre les deux modes de propulsion.

Une nouvelle façon de conduire

Même si les nouveaux véhicules hybrides sont des propositions moins radicales que ne le furent la Honda Insight et la première génération de Toyota Prius, il faut admettre néanmoins que le fait de conduire une voiture hybride demande une certaine dose de bonne volonté. Au volant, d'abord, il faut comprendre que les promesses d'économies de carburant ne se matérialiseront que si le conducteur modifie en profondeur ses habitudes de conduite pour éviter les accélérations brusques. Il faut aussi favoriser les longs freinages qui régénèrent efficacement la batterie. Voyez ça comme une rééducation des muscles de votre cheville droite. Ainsi, pour les aspirants pilotes de rallye et autres pirates de la route aux semelles de plomb, le charme n'opérera pas et le carrosse hybride se transformera vite en... citron!

Avoir de solides convictions écologiques et un portefeuille bien garni semble aussi être un prérequis pour posséder une voiture hybride. En effet, contrairement à plusieurs États américains et à quelques pays européens qui encouragent l'acquisition de telles voitures par des congés de taxes et autres mesures incitatives, les acheteurs canadiens doivent assumer seuls les conséquences de leur choix de ne pas polluer l'atmosphère. Par ailleurs, ceux qui pensaient rentabiliser leur investissement grâce au faible appétit en hydrocarbures de leur hybride devront revoir leurs calculs: on estime généralement qu'il vous faudra plusieurs centaines de milliers de kilomètres avant d'y parvenir.

Donc, dans l'état actuel de cette technologie et compte tenu des prix pratiqués, l'achat d'une voiture hybride n'est certainement pas un choix rationnel. On obtient les mêmes économies de carburant avec une voiture à moteur diesel, qui offre habituellement un agrément de conduite très supérieur et une meilleure fiabilité à long terme. Le choix de rouler en hybride est donc un choix à la fois idéologique et éthique, comme lorsqu'on décide de payer plus cher pour des aliments dits «équitables». C'est aussi, probablement, une marque d'encouragement pour ces trop rares constructeurs automobiles qui ont le courage et la lucidité d'investir leur argent dans la conception de véhicules propres.

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