L’inflation ralentit un peu au sud de la frontière

Cette baisse  de régime est principalement le résultat  du recul, en juillet, des prix de l’énergie,  notamment  de l’essence, alors que ceux des aliments  ou du logement ont augmenté  de nouveau.
Spencer Platt Getty Images via Agence France-Presse Cette baisse de régime est principalement le résultat du recul, en juillet, des prix de l’énergie, notamment de l’essence, alors que ceux des aliments ou du logement ont augmenté de nouveau.

Bien qu’encore très élevée, l’inflation a ralenti aux États-Unis le mois dernier à la faveur d’une baisse des prix de l’essence, mais pas seulement.

À son niveau record en plus de 40 ans en juin, la croissance sur 12 mois des prix à la consommation a légèrement diminué le mois dernier, passant de 9,1 % à 8,5 % en juillet, a rapporté mercredi le département américain du Travail. C’est encore moins que le ralentissement auquel s’attendaient les analystes (8,7 %).

Cette baisse de régime est principalement le résultat du recul, au mois de juillet, des prix de l’énergie (-4,6 %), notamment de l’essence (-7,7 %), alors que ceux des aliments (+1,1 %) ou encore du logement (+ 0,5 %) ont augmenté de nouveau.

Ce qui a le plus surpris les prévisionnistes, c’est la faible augmentation des prix en dehors des facteurs les plus volatils comme l’énergie et les aliments. Le rythme de croissance de cet « IPC de base » a, en effet, chuté de moitié en juillet, passant d’une moyenne mensuelle de 0,6 % depuis le début de l’année à 0,3 % le mois dernier, pour une inflation annuelle de 5,9 %.

Au total, le prix de l’ensemble des biens et services qui entrent dans la mesure de l’indice des prix à la consommation (IPC) aux États-Unis n’a pas bougé durant le mois de juillet, avec un taux d’inflation mensuelle de 0 %.

Bonne nouvelle

 

La nouvelle a fait grand plaisir au président américain, qui est accusé depuis des mois de nourrir une flambée inflationniste avec ses généreux plans de relance de l’année dernière et qui voit rapidement s’approcher les élections de mi-mandat en novembre.

« Aujourd’hui, nous avons appris que notre économie a eu 0 % d’inflation en juillet », s’est félicité Joe Biden. « Zéro pour cent, a martelé sa porte-parole chargée de l’économie, Emilie Simons, dans un tweet. Il est certain qu’il y a encore du travail à faire, mais nous sommes sur la bonne voie. »

La Bourse de New York (+2,13 %) s’est également réjouie de l’annonce du ralentissement plus fort qu’attendu de l’inflation, y voyant le signe que la Réserve fédérale américaine n’aura peut-être pas à augmenter ses taux d’intérêt autant qu’on le craignait afin de calmer l’ardeur des consommateurs et des entreprises pour tenter de ramener l’inflation à sa cible de 2 %.

« Le recul de l’inflation est certes une bonne nouvelle, mais il n’empêchera pas la Réserve fédérale de poursuivre ses hausses de taux d’intérêt dans les mois à venir », a prévenu l’économiste au Mouvement Desjardins, Benoit P. Durocher, dans une brève analyse mercredi. « Non seulement il y a encore beaucoup de chemin à parcourir pour ramener l’inflation à un niveau satisfaisant, mais les risques demeurent orientés à la hausse. »

Au lieu d’une troisième hausse d’affilée des taux d’intérêt de 0,75 point de pourcentage à sa prochaine réunion en septembre, la Fed devrait ainsi se contenter de 0,50 point, prédit désormais sa consoeur de la Banque CIBC, Karyne Charbonneau. À quoi devrait ensuite s’ajouter encore 0,50 point avant la fin de l’année.

L’inflation annuelle s’est élevée à 8,1 % en juin au Canada. La mesure pour le mois dernier doit être rendue publique la semaine prochaine. Estimant être partie en retard dans sa course contre l’inflation, la Banque du Canada a frappé un grand coup le mois dernier en relevant son taux directeur de 1,5 % à 2,5 %.

Inflation et profits

 

Ces hausses répétées du loyer de l’argent sont censées calmer la surchauffe de l’économie et l’envolée des prix alors que l’inflation est largement le résultat de facteurs extérieur — les cours mondiaux de l’énergie et l’impact de la guerre en Ukraine et de catastrophes naturelles sur le prix des denrées alimentaires, entre autres — , rappelle l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS) dans une analyse qui devait être dévoilée aujourd’hui.

Or, la hausse des taux d’intérêt de la Banque du Canada n’a non seulement aucune emprise sur ces facteurs, mais elle va finir par plomber la croissance et l’emploi, appauvrissant du même coup ceux-là mêmes qui voient leur pouvoir d’achat diminuer depuis des mois, dénonce l’IRIS. Pendant ce temps, l’inflation a permis aux entreprises d’augmenter leur marge de profit au Canada, notamment de 14 milliards dans le secteur des ventes, dont 3,6 milliards seulement dans les magasins d’alimentation, ou encore de 21 milliards dans le secteur financier.

« Contrairement aux ménages dont les salaires stagnent, les entreprises semblent avoir largement profité du contexte d’inflation pour majorer leurs prix. Cette manoeuvre leur aurait permis d’engranger des profits records tout en contribuant à l’accélération de l’inflation », a déploré dans un communiqué l’un des coauteurs de l’analyse, Guillaume Hébert.

Rébellion des consommateurs

 

Les statistiques dévoilées mercredi laissent toutefois penser que les consommateurs américains « ont commencé à se rebeller contre l’augmentation des prix », a expliqué Sal Guatieri.

L’économiste à la Banque de Mont-réal le voit notamment à la récente baisse des prix dans le transport aérien, dans les hôtels et la location d’auto qu’il attribue à des ménages qui se sentent de plus en plus coincés par la hausse des taux d’intérêt et qui forcent désormais les compagnies à revoir leurs tarifs à la baisse.

Avec l’Agence France-Press

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