La chaîne de blocs, un remède au fléau des faux billets de spectacle

Ce fut un test grandeur nature… qui pourrait révolutionner la billetterie des grands événements culturels et sportifs. À l’occasion des concerts de chanteur britannique Ed Sheeran, les 29 et 30 juillet derniers, le Stade de France, en partenariat avec la firme Secutix, a proposé un système de billetterie numérique sur cellulaire, qui se veut ultrasécurisé. Objectif : rendre la fraude impossible.
Dimitrios Kambouris Agence France-Presse Ce fut un test grandeur nature… qui pourrait révolutionner la billetterie des grands événements culturels et sportifs. À l’occasion des concerts de chanteur britannique Ed Sheeran, les 29 et 30 juillet derniers, le Stade de France, en partenariat avec la firme Secutix, a proposé un système de billetterie numérique sur cellulaire, qui se veut ultrasécurisé. Objectif : rendre la fraude impossible.

Acheter un billet de concert, à un prix parfois démesuré, attendre avec impatience le jour de l’événement… pour finalement se rendre compte, le jour dit, qu’on s’est fait frauder. Pour lutter contre le fléau des arnaques, des responsables de spectacles utilisent désormais des billets basés sur la technologie de la chaîne de blocs, un système réputé infaillible contre l’escroquerie.

Fin juillet au Stade de France, à Paris, lors d’un concert d’Ed Sheeran, les agents de sécurité n’ont eu à gérer aucun ticket invalide, rapportaient-ils au Parisien. Une prouesse rendue possible grâce à l’inauguration d’un nouveau dispositif de billetterie, basé sur la chaîne de blocs (ou blockchain en anglais), à l’occasion de la représentation du célèbre chanteur britannique.

Plutôt que de recevoir un billet classique dans leur boîte courriel, les spectateurs ont dû télécharger l’application « Stade de France Tickets » et y entrer leurs renseignements personnels avant d’y recevoir leur billet, quelques jours seulement avant le concert. Élaborée par le Stade de France et par l’entreprise Secutix, spécialisée dans le développement de plateformes de billetterie, l’application rend impossible la présentation de faux billets, en plus de freiner la revente sur le marché noir.

Captures d’écran impossibles

Avec des tickets traditionnels, il peut être difficile de vérifier si un même billet n’a pas été dupliqué plusieurs fois pour être revendu à plusieurs personnes. Là, avec la blockchain, le problème ne se pose pas, puisqu’ils ne peuvent pas être copiés. « Il est impossible de faire une capture d’écran des billets », explique Eric Rozenberg, directeur général de SecuTix Americas, en entrevue au Devoir, puisqu’il s’agit de codes QR dynamiques.

« Sur la blockchain, le billet consiste en un certificat d’authenticité unique. On sait qui est le propriétaire du ticket en tout temps. Ça élimine le risque de fraude. »

Il est toujours possible de revendre son ticket si l’on change d’idée, mais la transaction doit se faire au moyen de l’application pour que sa sécurité soit garantie.

Condition importante cependant pour utiliser ce dispositif : posséder un téléphone intelligent, avec une batterie suffisamment chargée, en arrivant au concert. Et chaque spectateur doit avoir son propre appareil. Si un consommateur achète plusieurs billets, il doit les avoir transférés à l’avance à ses accompagnateurs, qui doivent eux aussi entrer leurs renseignements. Une exception s’applique toutefois pour les mineurs.

L’instauration de ce genre de système ne se fait pas sans raison : la peur de se faire arnaquer lors de l’achat de billets de spectacle est bien répandue chez les consommateurs. Selon un sondage réalisé aux États-Unis en 2018 par Aventus, une entreprise de services basés sur la chaîne de blocs, les deux tiers des consommateurs interrogés disaient craindre d’être fraudés en achetant des billets. De plus, 12 % des consommateurs interrogés s’étaient déjà fait vendre un billet contrefait. Et parmi les répondants qui ont été victimes d’une arnaque, plus de la moitié (54 %) déclaraient que cela influait négativement sur leur perception de l’artiste, malgré le fait que les artistes n’aient aucun contrôle là-dessus.

Chasse aux prix abusifs

 

« Un autre problème sérieux qui affectel’industrie, c’est le phénomène des bots [robots informatiques] qui achètent une multitude de billets dans l’unique but de les revendre à des prix plus élevés, parfois même à des montants exorbitants », souligne Eric Rozenberg.

« Une billetterie basée sur la blockchain peut aider à bloquer les bots, et l’organisateur de l’événement peut définir les règles de revente de billets sur sa plateforme », poursuit-il.

Louis Roy, président de Catallaxy, la filiale de Raymond Chabot Grant Thornton spécialisée dans la chaîne de blocs, voit beaucoup de promesses dans ce type de billetteries. « Cela montre bien que, malgré la chute récente du secteur des cryptomonnaies, la technologie sous-jacente ne perd pas de son intérêt. Le produit a perdu de la valeur, mais pas la technologie en elle-même », souligne M. Roy.

Une billetterie basée sur la blockchain peut aider à bloquer les bots [robots informatiques], et l’organisateur de l’événement peut définir les règles de revente de billets sur sa plateforme 

« On a des systèmes de blockchain qui fonctionnent très bien, mais ils restent encore assez coûteux à mettre en place », reconnaît-il, soulignant que cela peut être un frein à l’expansion à grande échelle de ce type de technologie.

Après deux années de pandémie, alors que le secteur culturel renaît de ses cendres, Eric Rozenberg souligne par ailleurs que les billetteries basées sur la chaîne de blocs peuvent aussi aider les organisateurs à s’assurer du respect des mesures de santé publique. « Si la vaccination est obligatoire pour participer à votre événement, c’est toujours possible d’exiger qu’une preuve de vaccination soit jointe à un ticket », suggère-t-il.

 

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