Retrouver la rue principale au centre d’achat

Place Vertu s’ajoute au nombre des centres commerciaux qui s’orientent vers une mixité résidentielle et commerciale.
Photo: Valérian Mazataud Le Devoir Place Vertu s’ajoute au nombre des centres commerciaux qui s’orientent vers une mixité résidentielle et commerciale.

Un autre centre commercial montréalais pourrait changer de vocation dans les prochaines années. Après Place Versailles et Place Angrignon, c’est au tour de Place Vertu, dans l’arrondissement de Saint-Laurent, de vouloir l’ajout de résidences et de bureaux aux commerces existants.

Pour concrétiser ce projet, le propriétaire du centre commercial, le Groupe Westcliff, devra tout d’abord faire changer le zonage du lieu où se trouve cet établissement construit en 1975, qui abrite une centaine d’enseignes, dont Les Ailes de la mode, Sports experts, Reitmans et Winners. Celui-ci devra passer de « commercial » à « mixte résidentiel et commercial ».

« On est en discussion avec l’arrondissement de Saint-Laurent pour établir la densité de ce qu’on pourrait bâtir en matière de volet résidentiel, en fonction des commerces également. Rien n’est encore arrêté pour le moment. On devrait en savoir davantage au début de l’année prochaine », confirme au Devoir Marc Montpetit, directeur régional, Exploitation de l’entreprise.

Comme pour les autres centres commerciaux, l’avenir de Place Vertu passe par une transformation majeure de ses activités, ajoute Marc Montpetit. « C’est clair que l’ancien format [des centres commerciaux], qui date des années 1970 et 1980, était axé sur une utilisation abusive des stationnements. » Cet espace peut maintenant être utilisé pour y ériger des édifices à vocation résidentielle, tout en créant des stationnements sous-terrain, ajoute-t-il.

Le changement de vocation de Place Vertu n’est qu’un exemple parmi d’autres des démarches qu’entament nombre de promoteurs pour donner un second souffle — voire une deuxième vie — à des installations construites il y a plus ou moins cinquante ans.

La fin des centres commerciaux ?

Il y a deux semaines, la société québécoise DMA a acquis 50 % des parts du centre commercial Laurier Québec, qui appartient à Ivanhoé Cambridge, bras immobilier de la Caisse de dépôt et placement. Lors de l’annonce de cette transaction évaluée à 309 millions de dollars, DMA a affirmé vouloir tripler la superficie du centre pour y intégrer, entre autres choses, des logements.

À Montréal, Place Versailles a entamé en octobre 2021 des discussions avec Montréal pour transformer le centre commercial en « un projet immobilier mixte » où cohabiteraient des commerces, certes, mais aussi des espaces de bureaux et des logements.

En novembre dernier, Le Devoir rapportait que le Groupe Westcliff comptait transformer Place Angrignon en un « projet résidentiel mixte » où 1600 logements — dont des « condos et des appartements locatifs » — cohabiteraient avec des commerces de proximité.

Est-ce la fin des centres commerciaux tels qu’on les connaît depuis des décennies ? « Sauf de rares exceptions, oui », estime Jacques Nantel, professeur à HEC Montréal. Le spécialiste du commerce de détail avance trois éléments pour expliquer le déclin des centres et leur volonté de se reconvertir : le commerce en ligne, les centres suprarégionaux et le commerce de proximité.

« Dans le cas du commerce électronique, il offre plus de choix à plus bas prix sans qu’on ait à se déplacer, notamment pour les produits de base, les produits fonctionnels », dit-il. Il ajoute : « Les centres suprarégionaux, comme le DIX30, ainsi que le commerce de proximité, lorsqu’il est bien développé, offrent une expérience hédoniste. »

La grande transformation

 

Pierre Moffet fait partie des promoteurs qui veulent redonner un second souffle aux centres commerciaux. Président de Douville, Moffet & Associés (DMA), c’est lui qui détient depuis deux semaines la moitié des parts de Laurier Québec.

« Traditionnellement, c’était simple : on mettait un grand magasin comme Sears à une extrémité et un autre comme La Baie à l’autre extrémité. Puis, le propriétaire du centre abaissait au maximum le loyer pour ces grandes enseignes [qui attiraient des consommateurs], somme qu’il récupérait avec la hausse des loyers des commerces qui se trouvaient entre les deux, où les gens s’arrêtaient en se rendant aux deux grandes marques », dit-il, précisant qu’il en a été ainsi pendant des décennies.

Cette époque est révolue, selon lui : « Nous, on mise sur un développement qui s’articule autour du voisinage des centres. En d’autres termes, on doit se dire : “Regarde qui est ton voisin et développe en fonction de ce qu’il est.” »

Et qu’est-ce qui se trouve autour du centre Laurier Québec ? Tout d’abord, il y a le Centre hospitalier de l’Université Laval (CHUL), répond M. Moffet. « Il y a environ 4500 employés au CHUL, mais également un Centre mère-enfant Soleil [qui offre des soins spécialisés aux enfants]. Il y a aussi l’Université Laval, avec son campus de 43 000 étudiants, qui se trouve à 900 mètres. »

L’offre commerciale et résidentielle du projet s’articulera en fonction des particularités de ce voisinage. « On veut des résidences et des logements, mais aussi des bureaux et de l’hôtellerie », dit-il, ajoutant que les tendances démographiques, comme le vieillissement de la population, doivent être prises en compte. « C’est pour cela qu’on veut installer une résidence pour personnes âgées, mais également des ressources intermédiaires et un CHSLD », dit-il.

Pierre Moffet soutient que, pour assurer leur survie, les centres commerciaux devront revenir à l’ADN de l’idée développée par l’architecte commercial américain Victor David Gruen, considéré par certains comme le père des centres commerciaux : « Il disait que les centres commerciaux devaient être des milieux de vie, avec des résidences, des commerces, des parcs, voire avec des piscines. »

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