Longueuil exige l’abordabilité pour un nouveau quartier

Deux tours d’appartements de plus de 25 étages qui n’offrent aucun logement social ou abordable sont présentement en construction près de la station de métro de Longueuil.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Deux tours d’appartements de plus de 25 étages qui n’offrent aucun logement social ou abordable sont présentement en construction près de la station de métro de Longueuil.

La nouvelle administration de Longueuil exige qu’un nouveau quartier « de prestige » de 4000 habitations projeté aux abords du fleuve Saint-Laurent, près du pont Jacques-Cartier, intègre plus de logements sociaux, abordables et familiaux.

Des logements locatifs, des bâtiments résidentiels ainsi que des commerces de détail et des espaces publics pourraient être construits dans les prochaines années sur une bande de terrains qui longent le fleuve, selon l’actuelle version du projet de la Société immobilière du Canada (SIC), propriétaire des terrains depuis 2006.

Dans les derniers mois, la SIC a rencontré les représentants de la Ville de Longueuil pour relancer et planifier le développement du secteur Longue-Rive, un espace qui se trouve entre le fleuve et la route 132 et qui s’étire du pont Jacques-Cartier au Club nautique de la municipalité.

Des rencontres avec le ministère des Transports du Québec « font aussi partie du processus de développement pour en assurer l’accessibilité », indique au Devoir dans un courriel la responsable des communications de la SIC, Manon Lapensée. Le projet nécessitera un réaménagement de la route 132.

Environ 4000 logements sont envisagés dans la version actuelle du projet, a confirmé au journal l’administration de la Ville de Longueuil. Entamé avant l’élection de la mairesse Catherine Fournier l’automne dernier, le projet pourrait être considérablement transformé. Il devra être adapté à la réalité actuelle, celle de la crise du logement et de la hausse des prix de l’immobilier.

« Nous, on ne veut vraiment pas que ça soit juste un projet de tours de luxe. On veut que ce soit un projet accessible pour la population, avec des logements sociaux et des logements abordables », soutient Louis-Philip Prévost, conseiller spécial de la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier.

M. Prévost fait ainsi allusion à Longueuil centre-ville 2035, la vision de développement dévoilée par l’ex-mairesse Caroline St-Hilaire, en 2017. Celle-ci projetait du « développement immobilier résidentiel haut de gamme » sur le site de la SIC. Le but : donner naissance à un nouveau quartier à « vocation résidentielle de prestige ». Des édifices de « grande hauteur » permettraient aux résidents « une vue sur le fleuve et le centre-ville de Montréal », lit-on.

La nouvelle administration de Longueuil ne compte pas donner son appui au projet sans modification majeure. « Je pense que je peux le dire : il y a une coupure entre notre vision et celle de l’administration précédente », dit M. Prévost, indiquant que les Longueuillois devraient pouvoir se sentir à l’aise et bienvenus sur les rives du fleuve.

​On ne veut vraiment pas que ça soit juste un projet de tours de luxe. On veut que ce soit un projet accessible pour la population, avec des logements sociaux et des logements abordables.  

 

Ce « changement de vision » pourrait réduire le nombre d’habitations offert, concède M. Prévost : « Pour qu’il y ait des logements pour les familles, ça ne doit pas juste être des unités de trois ou quatre pièces ; il doit y avoir des cinq ou six pièces. »

Il note également l’importance d’y établir des infrastructures qui sauront répondre aux besoins des résidents, dont les familles. « À ce stade-ci, il n’y a pas de promesse d’école dans le quartier, mais on doit se questionner sur ce type d’infrastructures. C’est la même chose pour le transport en commun », fait-il remarquer.

D’ici la fin de l’année, Longueuil compte se doter d’une politique du développement immobilier sur son territoire qui considérerait davantage d’aspects, comme les milieux naturels et l’accès aux logements abordables ou à la première propriété.

Les villes de Longueuil et de Laval tiendront un sommet sur l’habitation le 26 août prochain. L’événement, qui doit réunir près de 300 personnes, tant du monde municipal que des gouvernements et des organisations du secteur de l’habitation, a pour but de trouver des solutions aux défis que pose le développement dans ces banlieues.

Un exemple de mesure qui permettrait d’avoir plus de logements abordables à Longueuil ? M. Prévost cite l’exemple montréalais du Règlement pour une métropole mixte, connu sous le nom de Règlement « 20/20/20 ». En vigueur depuis avril 2021, cette mesure contraint les promoteurs de projets résidentiels de plus de 450 m2 d’offrir du logement social, abordable et familial.

« On n’a pas ce genre de règlement à Longueuil à l’heure actuelle », fait-il remarquer. C’est cette situation qui a mené à la mise en chantier, à l’automne 2021, de deux tours d’appartements de plus de 25 étages près de la station de métro de Longueuil. Celles-ci n’offrent aucun logement social ou abordable.

Ce sont des balises qui permettraient de réduire les effets de l’envolée des prix dans l’immobilier et la crise du logement actuelle, espère la Ville. Le taux d’inoccupation des logements locatifs privés en 2021 dans l’agglomération de Longueuil était parmi les plus bas de la province (1,2 %), selon les données diffusées en mai par la Communauté métropolitaine de Montréal. Le prix des maisons unifamiliales a pour sa part bondi de 78 % au cours des cinq dernières années, atteignant maintenant 501 500 dollars.

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