L’horizon s’assombrit pour l’économie mondiale

Des conteneurs d’expédition inactifs au port d’Oakland en Californie
Photo: Justin Sullivan Getty Images via Associated Press Des conteneurs d’expédition inactifs au port d’Oakland en Californie

L’économie mondiale est prise dans une tempête de chocs et d’incertitudes, alors qu’elle tentait de se relever de la pandémie de COVID-19, selon le Fonds monétaire international (FMI), qui a révisé à la baisse mardi ses prévisions de croissance et alerte sur les nombreux risques en vue.

« L’économie mondiale, encore sous le choc de la pandémie et de l’invasion russe en Ukraine, fait face à des perspectives de plus en plus sombres et incertaines », observe l’économiste en chef du Fonds monétaire international, Pierre-Olivier Gourinchas, dans une note de blogue. « De nombreux risques » évoqués par le FMI dans ses dernières prévisions, en avril, « ont commencé à se concrétiser », dit-il, et « le monde pourrait bientôt se trouver au bord d’une récession mondiale, deux ans seulement après la dernière ».

La croissance mondiale n’est désormais plus attendue qu’à 3,2 % en 2022, soit 0,4 point de moins que ce qui était prévu en avril, reflétant « le ralentissement de la croissance dans les trois plus grandes économies du monde — les États-Unis, la Chine et la zone euro — avec des conséquences importantes pour les perspectives mondiales », observe M. Gourinchas.

La prévision de croissance aux États-Unis pour cette année est abaissée de 1,4 point par rapport à avril, à 2,3 %. Et la probabilité que la première économie du monde échappe à la récession est désormais faible, a averti M. Gourinchas lors d’une conférence de presse : « l’environnement actuel indique que la possibilité que les États-Unis échappent à la récession est mince, en effet […] C’est un chemin très étroit ».

La Chine, elle, a enregistré « un ralentissement pire que prévu », avec 3,3 % de croissance projetée (–1,1 point), à cause des fermetures liées à la COVID-19 et de « l’aggravation de la crise immobilière ». Quant à la zone euro, la prévision de croissance est abaissée de 0,2 point, à 2,6 %, plombée par l’Allemagne, la France et l’Espagne, en conséquence, entre autres, de la guerre en Ukraine.

Des répercussions internationales

 

La Russie, en revanche, qui fait face à une vague de sanctions internationales, devrait s’en sortir mieux que prévu en 2022, enregistrant un plongeon de son PIB de 6 %, et non de 8,5 % comme on s’y attendait il y a trois mois, ce qui reste « une récession très sévère », a dit le chef économiste.

C’est un tableau sombre qu’a décrit le FMI dans son rapport.

Les prix ne cessent de grimper, partout dans le monde. L’inflation devrait atteindre 8,3 % cette année à l’échelle mondiale (+0,9 point par rapport aux prévisions d’avril). La guerre en Ukraine a fait flamber les coûts de l’alimentation et de l’énergie, pesant particulièrement lourd sur les populations les plus pauvres.

Dans ce contexte, les banques centrales, dont la Fed aux États-Unis et la BCE en Europe, ont commencé à refermer le robinet des liquidités pour restreindre la consommation et desserrer la pression sur les prix. Et elles doivent continuer, « parce qu’il est nécessaire de planter les graines de la stabilité macroéconomique future », a déclaré Pierre-Olivier Gourinchas. Mais cela ne se fera pas sans mal : « une politique monétaire plus stricte aura inévitablement des coûts économiques, mais tout retard ne fera que les exacerber ».

Risques nombreux

 

Pour 2023, la prévision mondiale est encore plus dégradée, notamment à cause des conséquences de la lutte contre l’inflation, perdant 0,7 point, pour tomber à 2,9 %,. Et la réalité pourrait ainsi s’avérer encore pire, tant les risques pesant sur l’économie sont nombreux.

La guerre en Ukraine pourrait faire croître plus avant les prix de l’énergie, et « un arrêt des exportations de gaz russe vers les économies européennes en 2022 ferait largement augmenter l’inflation dans le monde ». La lutte contre l’inflation pourrait, elle, se révéler « plus coûteuse que ce qui était attendu », souligne encore le FMI, qui relève que « le risque de récession est particulièrement important en 2023 ».

Et le resserrement des conditions financières, en faisant grimper les taux d’intérêt, pourrait provoquer des situations de surendettement dans les pays émergents et en développement.

La croissance mondiale, qui avait reculé de 3,1 % en 2020 sous l’effet de la COVID-19, avait rebondi de 6,1 % en 2021.

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