L’inflation atteint 8,1% en juin

Le prix de l’essence à Montréal a dépassé les 2$ le litre dans les dernières semaines.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le prix de l’essence à Montréal a dépassé les 2$ le litre dans les dernières semaines.

Des économistes prédisent que l’inflation pourrait avoir culminé en juin au Canada, la flambée des prix de l’essence ayant fait grimper le coût de la vie de 8,1 % par rapport au même mois un an plus tôt — sa cadence la plus élevée en près de 40 ans.

L’inflation annuelle a accéléré le mois dernier par rapport à son niveau de 7,7 % de mai, a indiqué mercredi Statistique Canada, en atteignant son plus haut niveau depuis janvier 1983, alors qu’elle s’était établie à 8,2 %.

L’augmentation de l’indice des prix à la consommation pour le mois était largement attribuable à la hausse des prix de l’essence, qui ont bondi de plus de 50 % sur un an.

En excluant l’essence, l’inflation annuelle était de 6,5 % en juin, comparativement à 6,3 % en mai.

L’économiste Karyne Charbonneau, de la Banque CIBC, a souligné que la lecture globale de l’inflation était inférieure aux attentes et l’a qualifiée de « première surprise négative sur l’inflation depuis de nombreux mois ».

« Avec les prix de l’essence qui devraient chuter le mois prochain, il est possible que nous ayons assisté à un pic de l’inflation », a affirmé dans un courriel Mme Charbonneau.

Selon la plateforme d’analyse de détail Kalibrate, les prix de l’essence sont passés d’un sommet de 2,14 $ le litre à la mi-juin à 1,88 $ aujourd’hui.

Des coûts qui « restent robustes »

Douglas Porter, économiste en chef à la Banque de Montréal, a estimé que la lecture de l’inflation de juin était « meilleure, mais pas bonne ».

« Il y aura probablement un certain soulagement dans le rapport du mois prochain, car les prix de l’essence suivent actuellement une baisse d’environ 9 % en juillet, a-t-il affirmé dans un rapport. Cependant, le souci est que les autres coûts restent robustes. »

« Alors qu’un recul des prix à la pompe pourrait calmer l’inflation globale le mois prochain, nous devrons voir un ralentissement [de l’inflation] de base pour qu’il s’agisse d’un véritable pic. »

L’économiste Tu Nguyen, de RSM Canada, a jugé qu’il était encore prématuré de déclarer que le Canada a atteint le pic de l’inflation.

Mme Nguyen a souligné qu’il y avait encore de nombreuses incertitudes en ce qui concerne les pressions mondiales sur l’inflation, notamment avec la guerre en Ukraine et la pandémie en cours, qui pourrait ralentir la fabrication à l’étranger dans certains endroits comme la Chine.

D’autres hausses attendues

Dans son dernier rapport sur la politique monétaire, la Banque du Canada prévoyait que l’inflation oscillerait autour de 8 % au cours des prochains mois avant de commencer à diminuer.

Dans sa dernière décision sur les taux d’intérêt, la semaine dernière, la Banque du Canada a choisi de relever son taux directeur d’un point de pourcentage complet, pour le porter à 2,5 %. Il s’agissait de sa plus forte augmentation depuis 1998.

Statistique Canada doit publier le 16 août son rapport sur l’inflation pour le mois de juillet, soit avant la prochaine décision de la Banque du Canada sur les taux, qui est fixée au 7 septembre.

La Banque CIBC s’attend à ce que la Banque du Canada choisisse alors entre une hausse d’un demi-point de pourcentage ou une hausse de trois quarts de point de pourcentage — et se rangera probablement derrière cette dernière option. Mais Mme Charbonneau croit que la lecture de l’inflation de juin « pourrait augmenter la probabilité [que la banque centrale] opte pour la plus faible des deux hausses ».

M. Porter a prédit également que la Banque du Canada augmenterait son taux directeur d’un demi-point de pourcentage lors de sa prochaine décision.

Malgré tout, Mme Nguyen a indiqué qu’elle s’attendait toujours à ce que la banque centrale opte pour une nouvelle hausse de taux surdimensionnée en septembre.

« Je pense que nous devrions nous attendre à une autre hausse importante des taux en septembre, soit de 75 points de base, ou même de 100 points, a-t-elle affirmé. Et la raison en est […] qu’il ne fait aucun doute que les prix continuent d’augmenter très, très rapidement. »

Les prix grimpent

 

Avec l’assouplissement des restrictions de santé publique et l’augmentation du nombre de personnes souhaitant voyager en juin, le coût des services liés aux voyages a augmenté. Les prix des logements ont augmenté d’environ 50 % dans tout le pays en un an.

« La reprise des événements sportifs, des festivals et des autres grands rassemblements en personne a entraîné une augmentation de la demande d’hébergement, surtout dans les grands centres urbains », a expliqué Statistique Canada.

D’un mois à l’autre, l’indice des prix à la consommation a augmenté de 0,7 %, principalement en raison de la hausse des prix de l’essence et de l’hébergement de voyage.

Après avoir légèrement diminué en mai, les coûts du transport aérien ont augmenté de 6,4 % d’un mois à l’autre.

Les Canadiens ont également continué de voir les prix des aliments augmenter, ceux-ci ayant grimpé de 8,8 % par rapport à juin l’an dernier.

Parmi les produits alimentaires, la plus forte augmentation des prix a été celle des graisses et huiles comestibles, qui ont augmenté de 28,8 % d’une année à l’autre.

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