Après des années difficiles, Boeing espère voir le bout du tunnel

Le MAX et les autres modèles de Boeing restent fragilisés par les perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale, les pénuries de personnel et la crise ukrainienne, qui pourraient peser sur l’augmentation des cadences de production.
Photo: Frank Augstein Associated Press Le MAX et les autres modèles de Boeing restent fragilisés par les perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale, les pénuries de personnel et la crise ukrainienne, qui pourraient peser sur l’augmentation des cadences de production.

Des accidents du 737 MAX aux mésaventures de ses gros-porteurs, Boeing peine à émerger de la plus grave crise de son histoire. Au premier jour du salon aéronautique de Farnborough, lundi, le géant américain a cherché à marquer les esprits en signant de gros contrats.

La compagnie américaine Delta a d’abord passé une commande ferme de 100 unités du 737 MAX 10, le moyen-courrier de Boeing, ce qui représente un montant de 13,5 milliards de dollars au prix catalogue. L’accord prévoit aussi une option pour l’achat de 30 appareils supplémentaires. La société de portefeuille du transporteur japonais ANA a, elle, confirmé l’acquisition de 20 appareils MAX 8 (2,4 milliards $US au prix catalogue) avec une option pour 10 avions de plus. Le contrat figurait déjà dans le carnet de commandes de Boeing, mais l’acheteur n’avait pas été dévoilé. « Nous sommes fiers de la qualité de nos clients et de leurs compétences commerciales », s’est félicité le patron de Boeing, Dave Calhoun, interrogé sur CNBC après l’annonce.

Pour M. Calhoun, la commande de Delta, dernière grande compagnie américaine à acheter des MAX, est le signe de la confiance retrouvée à l’égard du modèle phare de Boeing. Le groupe compte prouver que les déboires de l’appareil, cloué au sol pendant 20 mois, de mars 2019 à décembre 2020, après deux écrasements mortels, sont derrière lui.

Depuis le retour dans le ciel du MAX, Boeing s’est efforcé de faire amende honorable auprès des autorités américaines et des régulateurs, reconnaissant partiellement sa responsabilité dans les accidents et versant plusieurs milliards de dollars pour solder des poursuites.

Le MAX et les autres modèles de Boeing restent toutefois fragilisés par les perturbations de la chaîne d’approvisionnement mondiale, les pénuries de personnel et la crise ukrainienne, qui pourraient peser sur l’augmentation des cadences de production. Boeing construit actuellement une moyenne de 31 MAX par mois.

Le sort du MAX 10, version la plus grande et la plus récente du moyen-courrier, est entre les mains du Congrès américain, qui doit décider d’ici fin décembre d’accorder ou non une exemption à une loi imposant de nouvelles normes pour le système d’alerte de l’équipage. M. Calhoun a laissé entendre dans une récente entrevue à Aviation Week que l’entreprise pourrait renoncer au MAX 10 s’il n’obtenait pas de dérogation ou n’était pas certifié avant la fin de l’année. Une absence de certification impliquerait des formations supplémentaires pour les pilotes, ce qui rendrait le modèle plus coûteux pour les compagnies, qui pourraient s’en détourner.

Accumulation de dépenses

 

Sur le marché des gros-porteurs, la plupart des livraisons du 787 Dreamliner sont gelées depuis que des vices de fabrication ont été découverts à l’été 2020. Quant à la future version du 777, le 777X, sa certification a de nouveau été reportée à 2025 pour satisfaire à des exigences réglementaires.

« Quand on ne produit pas, c’est difficile d’obtenir des commandes », a souligné dimanche à Londres Stan Deal, président de la division commerciale de Boeing, à propos du 787. Avec 51 avions livrés en juin (dont 43 MAX), Boeing a malgré tout réalisé son meilleur mois depuis mars 2019.

Pas encore remis de la pandémie, le groupe a accumulé les dépenses au premier trimestre (guerre en Ukraine, renégociation du contrat de l’avion présidentiel Air Force One, etc.), et sa dette s’élevait fin mars à près de 58 milliards $US. « Financièrement, l’entreprise n’est pas dans un risque existentiel », affirme Michel Merluzeau, du cabinet spécialisé AIR, qui estime que certains programmes, notamment dans le secteur de la défense, seront rentables sur le long terme.

Boeing a également des ambitions dans la conquête spatiale. Sa capsule Starliner, qui doit transporter les astronautes de la NASA vers la Station spatiale internationale, a réussi fin mai un test clé après moult péripéties, mais fait face à SpaceX, entreprise d’Elon Musk.

Reste la question du lancement d’un nouveau modèle pour combler le segment de marché entre le MAX et le 787 et rivaliser avec l’A321 d’Airbus, notamment sa version au très long rayon d’action.

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