Un responsable de la Fed ouvre la porte à une hausse des taux d’un point

Le département du Travail a rapporté que la hausse des prix à la consommation s’était encore accélérée en juin aux États-Unis, pour atteindre 9,1% sur un an.
Photo: Seth Wenig Associated Press Le département du Travail a rapporté que la hausse des prix à la consommation s’était encore accélérée en juin aux États-Unis, pour atteindre 9,1% sur un an.

Un haut responsable de la banque centrale américaine (Fed) s’est dit jeudi ouvert à l’idée d’une hausse d’un point de pourcentage de son taux directeur, ce qui constituerait une première depuis plus de 30 ans, au moment où l’institut met toute son énergie à apaiser une inflation galopante.

Début juillet, Christopher Waller répétait être favorable à ce qu’une nouvelle hausse des taux directeurs de trois quarts de points de pourcentage soit décidée lors de la réunion du Comité de politique monétaire de la Fed (FOMC), prévue les 26 et 27 juillet.

Mais mercredi, le département du Travail a rapporté que la hausse des prix à la consommation s’était encore accélérée en juin aux États-Unis, pour atteindre 9,1 % sur un an.

Alors que l’une des missions de la Fed est de veiller à ce que l’inflation ne s’envole pas, c’est « une déception de premier ordre », a estimé M. Waller jeudi, selon le texte d’un discours qu’il devait prononcer.

Relever les taux de 0,75 point de pourcentage dans ce contexte signifierait l’atteinte d’un niveau « presque neutre », dans le sens où ce changement « ne stimulerait ni ne restreindrait la demande », a-t-il avancé. Et dans l’état actuel des choses, il voterait toujours en ce sens.

Mais si, d’ici la prochaine rencontre du FOMC, des indicateurs sur les ventes au détail ou l’immobilier sont plus élevés que prévu, « cela me ferait pencher vers une hausse plus importante […], dans la mesure où cela [montrerait] que la demande ne ralentit pas assez vite pour faire baisser l’inflation », a-t-il ajouté.

Ne pas provoquer de récession

 

La Fed a commencé en mars à relever les taux directeurs de manière vigoureuse pour freiner la demande et calmer cette hausse des prix, une de ses missions étant de s’assurer que l’inflation ne s’emballe pas. Elle les a même rehaussés de trois quarts de point de pourcentage en juin, sa plus forte augmentation depuis 1994.

Ces taux, qui donnent le ton pour les crédits accordés aux particuliers et aux entreprises, se situent désormais dans une fourchette comprise entre 1,50 % et 1,75 %.

La Fed se démène d’autant plus pour juguler l’inflation que sa crédibilité est en jeu, ses responsables ayant affirmé pendant des mois que la hausse des prix — alimentée par la forte reprise de l’activité, les problèmes sur les chaînes d’approvisionnement et, plus récemment, la flambée des cours de l’énergie — ne serait que temporaire.

L’inflation actuelle, au plus haut depuis 1981, menace la croissance dans la mesure où la consommation est le principal moteur de l’économie des États-Unis.

Elle plombe également la popularité du président américain, Joe Biden, à quelques mois d’une échéance électorale importante, soit le renouvellement d’une large partie des élus du Congrès.

Mais la Fed doit aussi veiller à ne pas pousser l’économie en récession avec des taux à un niveau tel qu’ils décourageraient particuliers et entreprises de tout emprunt.

Après la publication des chiffres sur les prix mercredi, le scénario d’une hausse de taux d’un point lors de la prochaine réunion de la Fed a gagné du terrain. Ce serait une première depuis au moins 1990.

La Fed ne fixait pas directement les taux directeurs auparavant, mais visait une cible, et la dernière hausse d’au moins un point de pourcentage dans cet objectif, décidée sous Paul Volcker, date de 1980.

« Avec une inflation aussi élevée, il semble vertueux de resserrer [la politique monétaire] rapidement », car cela renforcerait la confiance en la capacité de la Fed à faire baisser l’inflation, a indiqué M. Waller.

La Banque du Canada a opté mercredi pour une hausse de son taux directeur d’un point, à 2,5 %, afin de lutter contre l’inflation, qui se chiffre à 7,7 % en mai au pays.

Le haut responsable a aussi estimé que si certains indicateurs laissaient croire que « les risques d’une récession avaient augmenté », un tel scénario restait « évitable », notamment au vu de la solidité du marché de l’emploi.

Le nombre de postes vacants, rapporté à l’actuel faible taux de chômage (3,6 % en juin), est très élevé, a-t-il rappelé.

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