Boeing pourrait devoir renoncer au 737 MAX-10

Si le constructeur abandonnait le MAX-10, il perdrait l’équivalent d’un an de production.
Jim Anderson/Boeing/Agence France-Presse Si le constructeur abandonnait le MAX-10, il perdrait l’équivalent d’un an de production.

Boeing pourrait devoir renoncer à construire le 737 MAX-10 s’il ne parvient pas à obtenir sa certification ou une exemption légale d’ici la fin de l’année, a affirmé son patron dans une entrevue publiée jeudi par le site spécialiséAviation Week.

Après deux accidents mortels d’une autre version du 737 MAX en 2018 et 2019, le Congrès américain avait adopté fin 2020 une loi imposant de nouvelles normes dans le système d’alerte aux pilotes dans les avions certifiés après fin 2022. Mais si Boeing ne reçoit pas la certification pour le MAX-10 — ou une dérogation — d’ici là, le constructeur devra modifier le cockpit de l’appareil. Ce dernier ne fonctionnerait alors plus comme les autres appareils de la gamme (les 737 MAX -7, -8 et -9) et les pilotes devraient avoir une formation spécifique.

En avril, Dave Calhoun estimait avoir de « bonnes chances » d’obtenir une dérogation afin que le MAX-10 puisse quand même être certifié après la date limite. « Ce qui ne veut pas dire qu’on va l’avoir ; et si on ne l’a pas, c’est un problème », ajoutait-il alors.

Annuler le programme ?

Interrogé par Aviation Week sur la possibilité que Boeing annule purement et simplement le programme, M. Calhoun a reconnu que le groupe « finit par devoir faire face à cette question ». « Après tout ce que nous avons traversé, les dettes que nous avons dû accumuler, pouvoir réagir à ou envisager un monde sans [MAX]-10 ne semble pas si terrible », a-t-il ajouté.

Le groupe est toujours déterminé à faire certifier l’appareil, a toutefois assuré M. Calhoun, en estimant que son dossier était à ses yeux « suffisamment convaincant ».

Une porte-parole de Boeing a confirmé à l’AFP la teneur des propos de M. Calhoun. Le groupe, a-t-elle indiqué, travaille avec le régulateur pour lui fournir toutes les informations nécessaires et il « est résolu à répondre à ses attentes et à celles de nos clients pour certifier et livrer le 737-10 ».

Boeing fait valoir qu’il est de l’intérêt de la sécurité d’avoir le même système d’alerte dans tous les MAX, les pilotes habitués à voler sur cette gamme n’ayant alors pas à faire face à de nouvelles procédures.

Si le constructeur abandonnait le MAX-10, il perdrait l’équivalent d’un an de production, ce qui n’est « pas négligeable », estime Michel Merluzeau, du cabinet spécialisé AIR. Mais la problématique « n’est pas tant ce que Boeing pourrait perdre que ce qu’Airbus pourrait gagner » dans la mesure où le constructeur européen a déjà concédé ces dernières années d’importantes parts de marché sur certains segments, ajoute l’expert.

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