Une inflation (un peu) moins forte pour les moins riches

L’an dernier, les dépenses en alimentation, par exemple, occupaient proportionnellement une plus large part du budget des ménages.
Photo: Jacques Nadeau archives Le Devoir L’an dernier, les dépenses en alimentation, par exemple, occupaient proportionnellement une plus large part du budget des ménages.

L’inflation est légèrement moins prononcée pour les ménages les plus pauvres, rapporte une étude, mais leur capacité à y faire face est également plus réduite.

Statistique Canada a rapporté mercredi que l’augmentation du coût de la vie s’était encore accélérée le mois dernier au pays, passant de 6,8 % en avril à 7,7 % en mai, par rapport au même mois l’an dernier.

Ces chiffres sont toutefois une moyenne calculée à partir du prix d’un panier de biens et de services censé refléter les habitudes de consommation des Canadiens. Certains éléments de ce panier, comme les aliments (8,8 %) et les transports (14,6 %), ont plus augmenté que d’autres, comme le logement (7,4 %) et les loisirs (5,4 %). Les habitudes de consommation varient aussi, notamment en fonction du revenu.

Or l’an dernier, les dépenses en alimentation, par exemple, occupaient proportionnellement une plus large part du budget des ménages formant les 20 % les plus pauvres que celui du cinquième de la population la plus riche (16,4 % contre 14,5 %), a observé jeudi une étude du Mouvement Desjardins. Les ménages du quintile inférieur ont aussi consacré une plus large tranche de leurs dépenses au logement que le quintile supérieur (35,8 % contre 28,4 %), alors que les coûts de transport y ont occupé une plus petite place (13 % contre 17,8 %).

Lorsque l’on tient compte du poids relatif de huit grandes catégories de dépenses, on constate que les ménages canadiens appartenant au cinquième le plus pauvre ont eu, le mois dernier, un taux annuel d’inflation de 7,1 %, soit légèrement inférieur à la moyenne canadienne (7,7 %). Ce taux était un peu plus élevé pour les ménages du quintile suivant (7,5 %), et encore plus élevé du troisième au cinquième quintile les plus riches, tous à 8 %.

La principale différence entre les plus pauvres et les riches tient à l’importance accrue des dépenses de transport dans le budget de ces derniers et à la forte augmentation des prix dans le secteur, révèle l’étude.

Pas le même impact

 

On ne doit pas cependant se laisser tromper par ce petit écart favorable aux plus démunis en matière de taux d’inflation, indique l’auteur de l’étude, l’économiste du Mouvement Desjardins Benoit P. Durocher. Comme les ménages aux revenus les moins élevés consacrent 61 % de l’ensemble de leurs dépenses aux besoins alimentaires, de logement et de transport, comparativement à 38 % pour les ménages les plus riches, ils disposent de moins d’épargne et de marge de manoeuvre financière pour s’adapter à la hausse des prix.

Un récent sondage de Statistique Canada rapportait ainsi que pour près des trois quarts des Canadiens (73 %), cette hausse des prix a « un peu » ou « beaucoup » influé sur leur capacité à assumer leurs dépenses quotidiennes comme le transport, le logement, l’alimentation et l’habillement. Cette proportion s’élève toutefois à 85 % pour le cinquième des ménages les plus pauvres, contre 56 % pour le quintile des plus riches.

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