Glencore reconnaît s’être livrée à de la corruption en lien avec ses activités en Afrique

En mai dernier, Glencore a déjà été condamnée aux États-Unis dans le même dossier à verser 1,185 milliard $US. La multinationale n’aura toutefois aucun mal à encaisser le coup.
Fabrice Coffrini Archives Agence France-Presse En mai dernier, Glencore a déjà été condamnée aux États-Unis dans le même dossier à verser 1,185 milliard $US. La multinationale n’aura toutefois aucun mal à encaisser le coup.

Une filiale de la multinationale Glencore, propriétaire entre autres de la fonderie Horne de Rouyn-Noranda et de la mine Raglan dans le Nunavik, a plaidé coupable mardi à toutes les accusations de corruption portées contre elle par le Bureau des fraudes sérieuses (Serious Fraud Office) du Royaume-Uni.

L’enquête du bureau britannique a démontré que Glencore Energy (UK) avait versé plus de 28 millions $US en pots-de-vin afin d’obtenir un accès préférentiel à des actifs pétroliers au Nigéria, au Cameroun, en Côte-d’Ivoire, en Guinée équatoriale et au Soudan du Sud.

La multinationale connaîtra sa peine au début du mois de novembre prochain.

 

D’autres enquêtes en cours

En mai dernier, la multinationale avait déjà été condamnée aux États-Unis dans le même dossier à verser 1,185 milliard $US, parmi lesquels 700 millions pour fraude et corruption et 485 millions pour manipulation des prix de divers contrats échangés sur les marchés. Un autre 40 millions $US doit aussi aller aux autorités brésiliennes, pour corruption.

Des enquêtes pour corruption sont toujours en cours aux Pays-Bas et en Suisse en lien avec les opérations minières de Glencore en République démocratique du Congo.

 

Des profits inédits

Glencore avait indiqué en février avoir mis de côté une provision de 1,5 milliard de dollars afin de régler ces affaires, pour lesquelles elle a préféré plaider coupable plutôt que de se soumettre au processus judiciaire.

La multinationale n’aura toutefois aucun mal à encaisser le coup. La semaine dernière, elle affirmait être en route vers une année record, s’attendant à afficher un profit de 3,2 milliards $US au premier semestre de 2022, soit presque autant que ses profits de 3,7 milliards pour toute l’année 2021.

Glencore profite, comme l’ensemble du secteur des matières premières, de la période la plus rentable de son histoire alors que l’invasion russe de l’Ukraine a provoqué une flambée des prix des matières premières sur les marchés.

Image affectée au Québec

 

Au Québec, sa filiale Glencore Canada est également sous les feux de la rampe pour les mauvaises raisons dans certains dossiers.

C’est notamment le cas à la fonderie Horne de Rouyn-Noranda, dont les émissions d’arsenic atteignent 100 ng / m3 (nanogrammes par mètre cube), soit bien au-delà du seuil acceptable de 3 ng / m3 fixé par le ministère de l’Environnement.

Radio-Canada a révélé plus tôt cette semaine qu’en juillet 2019, le directeur national de santé publique de l’époque, le Dr Horacio Arruda, avait fait retirer d’un rapport une annexe faisant état d’une incidence de cancer du poumon beaucoup plus élevée à Rouyn-Noranda qu’ailleurs au Québec et invoquant l’arsenic comme facteur aggravant. Selon le compte-rendu d’une rencontre tenue dans la foulée de la présentation du rapport, le Dr Arruda avait retiré l’annexe après avoir rencontré les dirigeants de la fonderie. Il affirmait toutefois mercredi ne rien avoir à se reprocher concernant cette décision.

Glencore est également propriétaire de l’affinerie de cuivre CCR de Montréal-Est, dont les émissions de 5,3 ng / m3 d’arsenic avaient soulevé les préoccupations de la Direction de la santé publique de Montréal en 2020.

L’entreprise a par ailleurs été blâmée cette semaine par le Tribunal administratif du travail pour avoir voulu entraver des activités syndicales et avoir négocié de mauvaise foi à la mine Raglan. Les 630 travailleurs syndiqués de cette mine de cuivre située au Nunavik sont en grève depuis le 27 mai dernier.

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