La bourse du carbone québécoise devrait être plus ambitieuse

Non seulement les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec sont-elles insuffisantes, mais les moyens employés pour les réduire le sont tout autant, plaident les organismes Greenpeace, Équiterre, Nature Québec et la Fondation David Suzuki, dans un nouveau mémoire.
Photo: Martin Meissner Associated Press Non seulement les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre du Québec sont-elles insuffisantes, mais les moyens employés pour les réduire le sont tout autant, plaident les organismes Greenpeace, Équiterre, Nature Québec et la Fondation David Suzuki, dans un nouveau mémoire.

Le système québécois de plafonnement et d’échange de droits d’émission (SPEDE), plus communément connu sous le nom de bourse du carbone, est loin d’être à la « hauteur de la crise climatique », dénonce une coalition environnementale, qui réclame plus d’ambition de la part du gouvernement du Québec.

Non seulement les cibles de réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) du Québec sont-elles insuffisantes, mais les moyens employés pour les réduire le sont tout autant, plaident les organismes Greenpeace, Équiterre, Nature Québec et la Fondation David Suzuki, dans un nouveau mémoire.

Alors que le gouvernement du Québec vient de déposer son projet de modification du règlement concernant le SPEDE, qui définit les règles d’allocation gratuite d’unités d’émission pour la période 2024-2030, la coalition environnementale publie une analyse critique du projet.

Actuellement, le Québec prévoit réduire ses émissions de GES de 37,5 % par rapport au niveau de 1990 d’ici 2030 et atteindre la carboneutralité d’ici 2050.

« Ces cibles sont loin de celles nécessaires pour que le Québec fasse sa juste part de l’effort climatique mondial », mentionne la coalition, qui estime que le Québec devrait plutôt viser une réduction de 65 % de ses émissions (sous le niveau de 1990) d’ici 2030.

Pour y arriver, il faudrait « significativement renforcer » le SPEDE, plaide Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace.

« On sait qu’il y a des failles dans le SPEDE, qui actuellement font en sorte qu’il est loin de fonctionner de façon optimale alors qu’il est considéré comme central par le gouvernement dans sa lutte contre les changements climatiques », souligne-t-il.

Renforcer la bourse du carbone

 

Le SPEDE « n’a pas fonctionné de manière optimale » dans les dernières années, dénoncent les organismes environnementaux à l’origine du mémoire. Or, les présents changements proposés par le gouvernement « ne permettent pas de corriger la situation ».

Dans son fonctionnement, la bourse du carbone prévoit des allocations gratuites pour les entreprises à forte intensité d’émissions qui sont soumises à une importante concurrence. Le but de ces allocations est d’éviter des « fuites de carbone » dans le cas où ces entreprises choisiraient de délocaliser leurs activités. Dans les modifications proposées par Québec au règlement concernant le SPEDE, le niveau d’allocations gratuites baisserait.

C’est un pas dans la bonne direction, estime la coalition, qui reproche toutefois que cette baisse soit largement insuffisante dans la mesure où elle ne permettrait qu’une « maigre » réduction de 0,7 million de tonnes d’émissions — soit une baisse de 0,8 % des émissions actuelles du Québec.

« On est sensibles à la réalité des fuites de carbone. Il faut éviter ça. Mais là, sous prétexte de vouloir empêcher ces fuites, le gouvernement déroule le tapis rouge aux entreprises et reste beaucoup trop laxiste », juge Patrick Bonin.

Par ailleurs, la coalition d’organismes environnementaux estime que le prix du carbone destiné aux grands émetteurs n’est pas assez élevé pour les contraindre à réduire leurs émissions.

En considérant les achats totaux de droits d’émission de la période 2024 à 2030, le coût moyen par tonne métrique d’équivalent CO2 émise pour les grandes entreprises industrielles sera de 9 $ sur cette période, note-t-on dans le rapport. Selon M. Bonin, ce prix « trop bas » va « à l’encontre du principe même du SPEDE qui est de mettre une certaine pression pour décarboner l’économie ».

Cette réforme trop « timide » « répond aux besoins de l’industrie plutôt que de répondre à l’urgence climatique », juge le regroupement d’organismes environnementaux.

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