Des objectifs de carboneutralité trop vagues

Selon l’ONG NewClimate Institute, qui vient de publier un examen des promesses de carboneutralité dans le monde intitulé Net Zero Tracker, la plupart des entreprises ne respectent pas les critères de base d’un objectif «net zéro» solide.
Photo: Nilmar Lage Agence France-Presse Selon l’ONG NewClimate Institute, qui vient de publier un examen des promesses de carboneutralité dans le monde intitulé Net Zero Tracker, la plupart des entreprises ne respectent pas les critères de base d’un objectif «net zéro» solide.

De plus en plus d’entreprises s’engagent à atteindre la carboneutralité dans un horizon plus ou moins rapproché. Mais encore faut-il que ces promesses soient crédibles. Selon l’ONG NewClimate Institute, qui vient de publier un examen des promesses de carboneutralité dans le monde intitulé Net Zero Tracker, la majorité d’entre elles ne respectent pas les critères de base d’un objectif « net zéro » solide. Des voix s’élèvent pour réclamer plus de transparence afin qu’on ne laisse pas libre cours à l’écoblanchiment.

Sur l’ensemble des entreprises de la liste Forbes Global 2000, qui regroupe les plus grandes sociétés par actions du monde, environ 700 s’engagent désormais à atteindre la carboneutralité. En d’autres mots, elles promettent de réduire leurs émissions de gaz à effet de serre le plus possible, et compenseront celles qui ne peuvent pas être éliminées avec des crédits carbone ou grâce à l’utilisation de technologies capables de capter le carbone.

Or, voilà : seulement un tiers (35 %) des plans de ces entreprises respectent ce que les auteurs du rapport considèrent comme les « critères minimaux » d’objectifs robustes de réduction des émissions. Cela comprend la déclaration de la promesse, l’explication des étapes à suivre et la prise de mesures immédiates, mais aussi la présentation de rapports de progrès au moins une fois par an. 

Il y a un « manque de crédibilité alarmant », estiment les auteurs du rapport. Selon eux, ces objectifs de carboneutralité qui ne sont pas arrimés à des plans détaillés sont soit de « nature symbolique », soit, dans le pire des cas, « de l’écoblanchiment pur et simple ».

Définir des règles

 

« Il y a beaucoup de promesses d’action climatique, mais, en même temps, les émissions mondiales sont à un niveau record », souligne en entrevue au Devoir l’ancienne ministre canadienne de l’Environnement Catherine McKenna.

En mars dernier, le secrétaire général des Nations unies, António Guterres, lui a confié la mission de diriger le Groupe d’experts sur les engagements de zéro émission nette des entités non étatiques pour pallier le « déficit de crédibilité et le surplus de confusion » entourant ce type d’engagement.

« Les gens entendent toutes ces promesses de carboneutralité, mais se demandent si elles sont vraies ou non. On doit s’assurer que les entreprises posent réellement des actions. Pas dans plusieurs années, mais maintenant », souligne Catherine McKenna.

Il existe des initiatives qui permettent aux entreprises, sur une base volontaire, de faire certifier la validité de leur démarche. Par exemple, la Voluntary Carbon Markets Integrity Initiative, lancée la semaine dernière, est destinée à vérifier la crédibilité des revendications net zéro liées à l’utilisation de crédits carbone.

Or, cette initiative est déjà critiquée. Selon le média américainBloomberg, elle sèmerait de la « confusion » et pourrait « encourager l’écoblanchiment dans le marché dérégulé des compensations carbone ». L’idée que des entreprises puissent continuer à polluer tout en achetant des crédits qui financent des réductions d’émissions ailleurs dans le monde n’est pas la solution, selon bon nombre de militants et d’experts.

Selon Mme McKenna, il faut plus que des initiatives volontaires pour résoudre la crise. Une réglementation stricte et contraignante s’impose — et les entreprises doivent rendre des comptes, croit-elle.

Des efforts à l’oeuvre

L’International Sustainability Standards Board (ISSB), dont la création a été annoncée en novembre dernier, lors de la dernière Conférence des parties (COP26) au Royaume-Uni, va dans le sens de cette uniformisation des règles du jeu pour le secteur privé.

Géré par la fondation IFRS, principale instance internationale de normalisation en matière de comptabilité financière, l’ISSB a pour mission d’établir et de diffuser les normes internationales régissant la divulgation des informations en lien avec les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) par les entreprises.

Lundi, à l’occasion d’une conférence organisée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain, la vice-présidente de l’ISSB, Sue Lloyd, s’est exprimée devant un parterre de gens d’affaires pour discuter de l’importance de normes rigoureuses en la matière. Elle en a aussi profité pour parler des plus récents développements concernant le bureau montréalais de l’organisme, qui doit ouvrir en juillet.

L’ISSB entend bien lutter contre l’écoblanchiment, soulignait déjà en avril dernier Emmanuel Faber, président de l’organisme, en entrevue avec La Presse canadienne.

« L’écoblanchiment paralyse tout le monde parce que les gens qui veulent faire des progrès ne parviennent pas à se démarquer par rapport aux autres, et les gens qui ne veulent pas bouger ont une bonne excuse pour ne pas le faire », faisait valoir M. Faber.

De son côté, le groupe d’experts dirigé par Catherine McKenna doit remettre un rapport sur l’élaboration d’engagements « net zéro » des entités non étatiques avant la COP27, qui aura lieu en Égypte en novembre prochain.

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