Dès la fin de leurs études, les Québécoises sont moins payées que leurs collègues masculins

Photo: Darwin Doleyres Au fil des ans, des artistes ont laissé leur trace sur les murs de Montréal dans le cadre de Mural. Pour le 10e anniversaire du festival, «Le Devoir» présente une édition tapissée d’art urbain. Sur cette photo, la murale de l’artiste Monosourcil, au coin du Boulevard Saint-Laurent et de la rue Prince-Arthur Ouest.

Dès leur sortie du cégep ou de l’université, alors qu’elles entament à peine leur carrière professionnelle, les femmes gagnent déjà moins que les hommes au Québec. C’est le constat d’un nouveau rapport publié jeudi par l’Institut du Québec (IdQ) et le FutureSkills Research Lab de l’Université de Toronto.

« On a eu accès à une base de données inédites de Statistique Canada », souligne d’emblée Emna Braham, directrice adjointe à l’IdQ et coautrice du rapport, en entrevue au Devoir.

« On a pu suivre les mêmes diplômés au fil des années et on a vraiment comparé les revenus de femmes et d’hommes qui avaient le même parcours, c’est-à-dire qui avaient suivi les mêmes études, qui avaient le même secteur d’emploi, etc. », ajoute-t-elle.


Résultat ? Un an après l’obtention de leur diplôme postsecondaire, les Québécoises gagnent en moyenne 9 % de moins que leurs collègues masculins. Dans les cinq années suivant la fin de leurs études, l’écart se creuse même à 16 %. « Cela prouve bien que — contrairement à la croyance populaire — ce n’est pas seulement à l’arrivée des enfants que l’écart de revenus se creuse, parce qu’on voit des écarts dès la première année de travail », fait valoir Mme Braham.

Le fossé est encore plus prononcé chez les diplômés les mieux rémunérés, alors que l’écart de rémunération entre les femmes et les hommes passe de 13 % après la première année de travail suivant l’obtention du diplôme à 19 % après cinq ans. À l’inverse, l’écart est un peu moins prononcé chez les diplômés à revenus plus faibles, passant de 4 % à 12 % sur la même période.

Pourquoi cet écart persiste-t-il ?

Les écarts de revenus entre les hommes et les femmes ont significativement diminué depuis les années 1960, avec l’arrivée de plus en plus de femmes sur le marché du travail, note-t-on dans le rapport de l’IdQ. Or, ces progrès stagnent depuis la moitié des années 2010, est-il précisé. Pourquoi ?

En montrant qu’à parcours égal les femmes gagnent quand même moins que les hommes, le rapport met en évidence le fait que la différence de rémunération au Québec ne semble pas seulement liée au fait que les femmes se dirigent plus souvent vers des secteurs à plus faible rémunération, comme celui des services.

Parmi les possibles explications évoquées, les femmes négocieraient moins leur salaire que les hommes, soit parce qu’elles s’intéresseraient davantage aux avantages sociaux qu’à la rémunération, soit parce qu’elles se sentiraient moins à l’aise de demander des augmentations de salaire.

Les femmes auraient aussi moins tendance à se diriger vers les firmes qui paient le mieux, possiblement parce que ces entreprises seraient moins accueillantes envers les femmes, notamment en offrant moins de mesures de conciliation travail-famille.

Même si l’étude porte sur de jeunes femmes en majorité sans enfants, « l’anticipation d’éventuelles responsabilités familiales pourrait jouer un rôle à la fois dans leurs choix de carrière et leur choix d’employeur », notent les autrices du rapport. « Il a été largement documenté que les responsabilités familiales plus lourdes des femmes (enfant, proche aidant) les amèneraient à rechercher des emplois qui leur permettent de mieux concilier travail et vie personnelle », soulignent-elles.

« Au-delà des arguments fondamentaux de justice et d’équité, cet écart [de rémunération] qui persiste entre les hommes et les femmes affecte la prospérité économique en général », défend l’IdQ dans son rapport.

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