Partager nos ressources pour réduire le gaspillage

Isabelle Delorme
Collaboration spéciale
Selon des études, chaque voiture d’autopartage de Communauto remplace 10,2 voitures privées, et les usagers utilisent quatre fois moins la voiture que ceux qui possèdent un véhicule.
Valérian Mazataud Le Devoir Selon des études, chaque voiture d’autopartage de Communauto remplace 10,2 voitures privées, et les usagers utilisent quatre fois moins la voiture que ceux qui possèdent un véhicule.

Ce texte fait partie du cahier spécial Environnement

Prenons nos habitations, par exemple. Avoir son propre jardin, sa piscine ou son gym maison, cela peut sembler tentant. Mais si nous voulons réduire notre empreinte énergétique, les espaces verts et les installations publiques qui nous entourent permettent de consommer plus efficacement, sans pour autant renoncer au plaisir de jouer, de s’entraîner ou de se détendre. Ce mode de vie est par ailleurs propice à la rencontre et nourrit la santé collective.

Des partages collaboratifs

 

Le lien social est d’ailleurs au fondement du projet de l’organisme à but non lucratif (OBNL) montréalais Solon, qui donne des outils pour se rassembler autour de la transition socioécologique dans plusieurs quartiers de la métropole. « Nous misons sur l’action collective dans les quartiers pour faire de Montréal un modèle de ville écologique, solidaire et conviviale », explique Magalie Paquet, qui s’occupe de la communication participative à Solon.

En appuyant des projets de partage bâti « par et pour les gens du quartier » sur différents axes (la géothermie, le transport durable ou les lieux publics), Solon donne aux citoyens le pouvoir d’agir ensemble. « Quandon se rencontre entre voisins et qu’on essaye de trouver la meilleure solution pour tout le monde, cela permet de trouver celle qui est vraiment adaptée », souligne Mme Paquet.

L’un des derniers projets plantés avec l’appui de Solon est la Promenade arboricole collective, un parcours d’arbres pour se connecter à la nature urbaine de son quartier. D’autres espaces communs créés en 2021, comme la Station Youville (un stationnement d’école libre, utilisé pour animer le quartier Ahuntsic avec des activités), ont fait éclore des milieux de vie accueillants et écologiques.

Conduire une voiture sans la posséder

 

C’est à Québec que les premières voitures de Communauto ont été partagées en 1994. « Nous avons parfois besoin d’une voiture, mais lorsqu’on est obligé de l’acheter, on en devient dépendant », observe Marco Viviani, vice-président du développement stratégique de l’entreprise. Notre impact — environnemental et urbanistique (stationnement) notamment — devient alors disproportionné par rapport à notre usage.

Selon des études réalisées par des chercheurs de Polytechnique Montréal, chaque voiture d’autopartage de Communauto remplace 10,2 voitures privées, et les usagers utilisent quatre fois moins la voiture que ceux qui possèdent un véhicule. Aujourd’hui, l’application couvre 15 villes ou collectivités au Canada et dessert quatre régions au Québec : Montréal, Québec, Gatineau et Sherbrooke. Ce mois-ci, Trois-Rivières s’ajoutera à la liste.

Communauto ne s’arrêtera pas en si bon chemin, mais l’autopartage est plus facile à implanter au sein de villes qui le favorisent (en adaptant leurs règles de stationnement, notamment). « La difficulté principale, c’est que malheureusement, au Québec, les plus petites villes, les villages et les banlieues se sont développés de manière peu dense. Si on doit prendre la voiture pour aller faire son épicerie, par exemple, on est moins susceptible d’utiliser l’autopartage », explique Marco Viviani, qui travaille à faire grandir son réseau au Québec en imaginant des modèles adaptés aux contextes divers des villes.

« Parfois, la solution peut intéresser un autre acteur important du territoire », signale-t-il. Comme l’Université de Sherbrooke, qui réserve des voitures Communauto à ses employés en semaine et aux citoyens les soirs et fins de semaine.

Favoriser le pédalage

 

9550 vélos Bixi sont répartis entre plus de 700 stations installées à Montréal, Laval, Longueuil, Westmount et Mont-Royal, qui devraient bientôt être rejointes par d’autres municipalités, comme Montréal-Est, qui l’a déjà annoncé. Depuis sa création en 2009, l’organisme a assuré 50 millions de déplacements. Moyen de transport rapide et peu onéreux, le vélo Bixi « ne prend pas de place, et les gens n’ont pas à se soucier de l’entretien et de la réparation », en plus d’améliorer leur santé et de faire baisser leur consommation énergétique, souligne Christian Vermette, directeur général de Bixi Montréal.

Des bienfaits individuels qui rejaillissent sur la communauté. « Cela fait moins de gens qui engorgent le système de santé, avec un coût de déplacement plus faible pour la société qu’avec n’importe quel autre type de transport », fait-il valoir.

Pour se déployer à l’extérieur de Montréal, il faut que les villes acceptent d’assumer les frais d’acquisition des équipements. « C’est toujours une question de budget », déplore Christian Vermette, qui enjoint aux maires de s’investir pour envoyer le bon message à leurs citoyens. « L’année dernière, le gouvernement a lancé pour la première fois un programme qui subventionne à 50 % les villes qui font l’acquisition d’un système de vélos en libre-service. Cela a eu un impact important », se réjouit celui qui a été approché par des municipalités réparties dans la province.

Il observe aussi un changement des habitudes de vie depuis la pandémie. D’ailleurs, Bixi Montréal vient d’annoncer que les déplacements en mai 2022 ont presque doublé par rapport au même mois l’année dernière, et rapporte plus de 50 000 déplacements journaliers pour la première fois de son histoire. Un début de saison 2022 record dans la région de Montréal, en attendant que d’autres villes mettent le pied sur la pédale.

Des solutions de partage inspirantes

D’autres initiatives publiques et privées se développent aux quatre coins de la province pour faciliter le partage de moyens de transport plus économes en énergie. Tour de piste de quelques-unes d’entre elles.

Des solutions électriques

 

Favoriser le partage de véhicules électriques pour réduire les émissions et la consommation de carburant des municipalités tout en générant des revenus, c’est le pari du système SAUVéR (outils et fonctionnalités de gestion). « Nous avons commencé par un projet pilote d’autopartage avec six municipalités en 2015. Leur flotte de voitures électriques était partagée le jour entre leurs employés et le soir avec la population », raconte Johanne Ouellet, vice-présidente de YHC Mobilité, l’organisme qui porte cette solution.

Aujourd’hui, une quarantaine d’organisations municipales et de transports collectifs utilisent SAUVéR pour mettre à disposition 48 véhicules et camionnettes électriques sous forme d’autopartage, de covoiturage et de partage d’équipements, notamment. « Les petites municipalités qui n’ont pas les moyens d’acheter des balais de rue, par exemple, peuvent les emprunter à leurs voisines », explique Johanne Ouellet. Le système permet aussi aux citoyens d’emprunter ponctuellement des pick-ups électriques.

Une autre solution d’autopartage, GoClico, installe des voitures électriques (dont des Tesla) dans des stationnements intérieurs d’immeubles pour les mettre à la disposition de leurs habitants. Elle est déployée aujourd’hui sur six sites à Terrebonne, Longueuil, Montréal, Trois-Rivières et Brossard.

Le partage à deux, trois ou quatre roues

Un peu comme dans les jardins communautaires, le projet LocoMotion vit grâce aux gens du quartier qui s’en occupent. En s’appuyant sur le site Web et les autres outils mis à leur disposition par l’OBNL Solon, des habitants d’Ahuntsic, de La Petite-Patrie et du Plateau-Mont-Royal se prêtent leurs voitures et partagent une flotte collective de vélos et de remorques. Depuis 2018, ces « LocoQuartiers » comptent près de 1300 membres et recensent plus de 3700 emprunts.

À Joliette, l’entreprise d’économie sociale Bécik Jaune propose gratuitement des vélos communautaires en libre-service depuis 2009. Elle offre aujourd’hui des services de conseil pour l’implantation de cette solution, d’entretien et de réparation de flotte et vend des bornes à serrures électroniques et des vélos remis à neuf.

Des stationnements qui invitent au partage

 

Depuis l’été 2018, la MRC de Drummond encourage le transport durable. Elle a mis en place gratuitement 18 stationnements incitatifs, en collaboration avec le Conseil régional de l’environnement du Centre-du-Québec (CRECQ). Ils incitent les automobilistes seuls au volant à y garer leur voiture de manière sécuritaire pour se jumeler avec d’autres automobilistes afin de faire du covoiturage ou pour emprunter un autre mode de transport collectif (autobus, navette, etc.).

Les cyclistes peuvent aussi utiliser des supports à vélo pour se garer avant de se jumeler à des covoitureurs ou d’utiliser le transport collectif. Le CRECQ travaille à élargir ce réseau pour faciliter les déplacements par covoiturage sur de plus longues distances.



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