Projet pour accueillir de grands studios hollywoodiens à Laval

Les studios MELS à Montréal, acquis par le Groupe TVA en 2015.
Photo: Ryan Remiorz La Presse canadienne Les studios MELS à Montréal, acquis par le Groupe TVA en 2015.

Le cofondateur des studios MELS Michel Trudel, qui est actuellement dans un bras de fer juridique avec Groupe TVA, le propriétaire de son ancienne entreprise, projette de concurrencer cette dernière en construisant et en exploitant à Laval un « complexe cinématographique d’envergure internationale », a appris Le Devoir.

Figure connue de la production cinématographique ici comme à Hollywood, Michel Trudel a pendant plus de 30 ans été responsable d’attirer des mégaproductions américaines à Montréal au nom des studios MELS. « Monsieur Cinéma », comme certains le surnomment, est derrière la venue de plusieurs grands projets hollywoodiens, notamment les films des franchises X-Men et Transformers.

En juin 2020, il a quitté MELS en mauvais termes avec Groupe TVA, qui en était devenu propriétaire en 2015. Depuis un an, il est dans un bras de fer juridique avec la filiale de Québecor au sujet d’indemnités de départ qui ne lui auraient été versées qu’en partie.

Or, en marge de l’affrontement juridique, l’homme d’affaires a créé en début d’année une nouvelle entreprise : Trudel cité du cinéma. Celle-ci convoite aujourd’hui deux terrains situés à Laval, à l’est du pont de l’autoroute 25, non loin de la rivière des Prairies, a constaté Le Devoir.

M. Trudel projette d’y construire une « cité du cinéma » qui pourrait accueillir de grandes productions et dont le modèle s’apparenterait considérablement à celui des studios MELS.

Il est question d’y construire trois bâtiments pour accueillir de grands studios de production, des ateliers de fabrication et d’effets spéciaux, des salles de maquillage et de costumes, ainsi que des bureaux administratifs et des salles pouvant accueillir les équipes de tournage.

Des espaces seraient aussi destinés à l’entreposage des équipements nécessaires, et un centre de formation destiné aux techniciens de l’industrie cinématographique devrait y être intégré.

« Premiers balbutiements »

Des démarches ont été entreprises auprès de la Ville de Laval, propriétaire des terrains convoités. L’entreprise lui demande de changer les règlements de zonage, qui, à l’heure actuelle, ne permettent pas des activités de cette nature.

Michel Trudel a confirmé par écrit être « en discussion avec la Ville de Laval pour un projet de complexe cinématographique d’envergure internationale ». Résident de cette municipalité, il ajoute que c’est sa « façon de contribuer au développement économique de l’est de Laval », précisant que davantage d’informations seront dévoilées dans les prochaines semaines.

Le maire de Laval, Stéphane Boyer, confirme également les discussions actuelles, précisant que le projet « en est encore à ses premiers balbutiements » et qu’aucune entente n’est actuellement signée. Il dit voir d’un bon œil le développement de l’industrie cinématographique à Laval. « Cela pourrait notamment contribuer au développement de l’est de Laval, avance-t-il, en y accélérant le déploiement de transport en commun, en y créant des emplois et en soutenant les commerces locaux. »

Il ajoute : « Voir un jour des vedettes fréquenter nos restaurants et nos hôtels serait certainement un plus pour la région. »

Le retour de Michel Trudel à l’avant-scène de la production cinématographique québécoise laisse présager un affrontement potentiel avec Groupe TVA pour attirer dans la région de Montréal les productions locales et celles d’Hollywood.

Déjà, Groupe TVA et Michel Trudel sont devant les tribunaux depuis mars 2021. Les deux parties ne s’entendent pas sur les indemnités de départ qui ont été — et qui devraient — être versées à Michel Trudel. Ce dernier accuse la filiale de Québecor de ne pas respecter l’entente de départ, qui imposerait le versement de 450 000 $. Groupe TVA allègue pour sa part que M. Trudel s’est placé en conflit d’intérêts en faisant des « transactions financières personnelles » avec un fournisseur, et qu’il n’a donc pas à respecter le contrat.

Des besoins qui dépassent l’offre

« Il y a présentement un manque d’infrastructures pour accueillir le nombre grandissant de tournages dans la métropole, et les espaces supplémentaires seront les bienvenus », indique pour sa part Hélène Messier, p.-d.g. de l’Association québécoise de la production médiatique, précisant que les bénéfices réels pourront être évalués lorsque les détails du projet seront connus.

Elle souligne toutefois que si les coûts et les horaires d’occupation des nouveaux studios sont établis en fonction des budgets et des besoins des productions étrangères, « les producteurs indépendants du Québec n’auront pas les moyens de profiter des installations, eux qui doivent composer avec une fraction des budgets des équipes américaines ».

Concernant la présence d’un centre de formation rattaché au complexe, Hélène Messier dit qu’il devrait contribuer « à répondre à une demande accrue pour des professionnels de l’audiovisuel qualifiés. Comme vous le savez sans doute, notre secteur connaît lui aussi une pénurie de main-d’œuvre sans précédent ».

Christine Maestracci, p.-d.g. du Bureau du cinéma et de la télévision du Québec (BCTQ), ne veut pas commenter de projet précis : « Mais on accueille toute initiative qui va faire en sorte que notre écosystème va avoir l’occasion de grandir, aussi bien pour le local que l’international. »

Le BCTQ soulignait l’an dernier que le nombre actuel de studios ne suffisait plus à la demande des studios de production américains. L’organisme estimait alors que la superficie des espaces de tournage dans la province devait presque doubler, soit passer de 450 000 à 800 000 pi2. La construction d’espaces de production additionnels coûterait 382 millions de dollars, selon une étude commandée par le BCTQ.

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