Les compagnies de téléphone devront être prêtes à réagir vite

Les principaux acteurs sur le marché canadien des télécommunications ont continué, en 2004, de s'aventurer hors de leur créneau traditionnel.

Poussées par les avancées technologiques, tant les compagnies historiques de téléphone que les petites nouvelles basées sur Internet doivent pouvoir réagir vite afin de ne pas s'estomper dans la brume.

Il n'y a pas si longtemps, la cote des câblodistributeurs pâlissait en Bourse, la télévision par satellite étant censée amener leur perte. Or, voilà que les compagnies de câble reviennent en force, avec des offres comme le service vidéo à la carte.

Pendant que la vieille Bell Canada se met à concurrencer le câble, en proposant Internet haute vitesse, la jeune Microcell a entrepris, l'été dernier, d'offrir des appareils sans fil avec le service local gratuit, attaquant l'idée même de la téléphonie fixe avec fils.

Rude concurrence

La concurrence pourrait être rude en 2005; en novembre, déjà, Bell Canada a aboli 5000 autres postes pour s'adapter à la perte de clientèle sur le marché de l'interurbain et, maintenant, dans le service local.

Des analystes pensent que les quatre grands câblodistributeurs au pays — Rogers, Shaw, Vidéotron et Cogeco — feront le grand saut cette année dans la téléphonie locale, après avoir longtemps hésité.

Récemment, le Torontois Ted Rogers disait que sa société éponyme se lancerait, en juillet prochain, dans la téléphonie IP (Internet Protocol).

En outre, 2005 verrait l'entrée dans le créneau de la télévision de Bell Canada et de Telus; si la première, par l'entremise de Bell ExpressVu, vend déjà ce service par satellite, le groupe BCE aimerait aussi ajouter la télévision au menu de son réseau terrestre d'Internet haute vitesse.

La question de fond, observe l'analyste Brahm Eiley, c'est le niveau d'investissement auquel Bell Canada et Telus seraient prêts à consentir pour que leur infrastructure de télévision ait la même capacité que celle des câblodistributeurs; ces derniers peuvent distribuer le vidéo à la carte, la haute définition et des contenus dits interactifs.

Les compagnies de téléphone doivent amener le plus près possible de l'abonné la fibre optique à grande capacité, à la place du fil de cuivre.

Or, les câblodistributeurs nord-américains, poursuit M. Eiley, ont déjà fait leur gros d'investissements pour bonifier le câble coaxial, soit plus de 100 milliards de dollars ces 15 dernières années.

«Vers l'an 2000, ils ont commencé à passer pour des génies», dit-il, avec l'essor d'Internet et de la télévision en mode numérique.

Pour être de taille, estime l'analyste, Bell Canada et Telus devraient mettre environ 500 $ par foyer pour vendre le service de télévision.

Michael Sabia, président de BCE, planifie un coût de seulement 170 $ par abonné pour amener la fibre optique à des points de répartition, situés à 1200 mètres au maximum d'un foyer, ce qui serait adéquat pour être concurrentiel.

Faisant état d'un investissement de 1,2 milliard pour offrir la haute capacité à 4,3 millions d'abonnés au Québec et en Ontario d'ici 2008, il assurait récemment à des analystes: «Notre compagnie ne se laissera tout simplement pas déborder à l'aile.»