Un nouveau cas de vache folle?

Au grand soulagement des producteurs, le cas révélé hier ne devrait pas affecter le redémarrage du commerce bovin transfrontalier.
Photo: Agence Reuters Au grand soulagement des producteurs, le cas révélé hier ne devrait pas affecter le redémarrage du commerce bovin transfrontalier.

À peine quelques heures après que Washington eut annoncé la réouverture prochaine de sa frontière au bétail canadien de moins de 30 mois, le bonheur des producteurs a fait place à un brin de nervosité hier lorsque Ottawa a fait état d'un cas suspect d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) sur une vache laitière de dix ans en Alberta. Les résultats définitifs devraient être connus d'ici le début de la semaine prochaine, mais déjà hier on affirmait de part et d'autre qu'ils n'affecteraient pas le redémarrage du commerce bovin transfrontalier.

Le cas suspect d'ESB, communément appelée maladie de la vache folle, a été détecté lors d'une batterie de tests préliminaires effectués mardi et mercredi dans un laboratoire d'Edmonton. «La carcasse entière de cette vache a été écartée des systèmes d'alimentation pour les humains et les animaux», a tenu à préciser la Dre Francine Lord, gestionnaire nationale à l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), lors d'une conférence de presse à Ottawa.

Puisque les résultats des épreuves préliminaires étaient non concluants, a indiqué la Dre Lord, les échantillons ont été envoyés au Centre scientifique de santé humaine et animale de Winnipeg pour subir d'autres analyses dont les résultats seront connus ce week-end, voire lundi au plus tard.

Et si ces résultats se révèlent positifs, a poursuivi l'ACIA, la prochaine étape portera sur le lancement d'une enquête ciblée pour «repérer tout autre animal à risque comparable», déterminer la provenance exacte de cette vache et localiser toute progéniture. En tout cette année, plus de 21 000 bêtes ont été testées. La vache est née avant l'interdiction de nourrir le bétail avec des farines carnées, introduite en 1997.

Le premier cas de vache folle, le 20 mai 2003, a littéralement décapité l'industrie bovine du Canada lorsque les États-Unis ont décidé de fermer la frontière et d'imposer un embargo qui dure maintenant depuis 19 mois. Certaines estimations ont déjà chiffré les coûts de cet embargo autour de cinq milliards, y compris 4200 mises à pied, Ottawa et les provinces ayant réagi en versant une aide de 1,6 milliard. La raison: en 2002, par exemple, le marché américain à lui seul représentait 1,8 milliard $US.

Frontière

L'annonce d'hier survenait quelques heures après que le département américain de l'Agriculture eut annoncé mercredi qu'il catégoriserait désormais le Canada comme une région à faible risque pour la vache folle et qu'il rouvrirait donc le 7 mars sa frontière aux bovins sur pied de moins de 30 mois.

Mais selon le Dr Gary Little, agent de programme vétérinaire à l'ACIA, Washington a fait cette annonce en toute connaissance de cause. «Nous avions informé les Américains du fait que nous avions cet échantillon qui démontrait des caractéristiques non concluantes et que nous poursuivions nos démarches», a dit le Dr Little. «Rappelons que nous sommes ici devant des résultats préliminaires; mais s'ils devaient se confirmer, nous ne nous attendons pas à ce que cela ait un impact sur la décision américaine annoncée hier.»

Le propos était essentiellement le même à Washington. «Nous ne croyons pas que cela aura un impact», a indiqué à l'agence de presse Reuters une porte-parole américaine à l'Agriculture, Alisa Harrison.

L'ACIA a d'ailleurs précisé hier que les autorités américaines avaient fait leurs évaluations de risques en n'excluant pas l'éventualité d'un nouveau cas de vache folle. Un cas de vache folle a déjà été rapporté aux États-Unis, mais le bovin provenait du Canada. «Un tel cas n'était pas complètement inattendu. Depuis le cas d'ESB détecté au Canada en 2003, nous avons indiqué la possibilité d'une prévalence faible et déclinante de l'ESB en Amérique du Nord. Nous avons ouvertement exprimé cette possibilité à nos partenaires commerciaux lors des négociations pour la réouverture des frontières», a dit la Dre Lord.

À la Fédération des producteurs de bovins du Québec, on estimait hier que les producteurs vivent déjà dans l'inquiétude depuis un bon bout de temps mais que la découverte ne changerait en rien la décision américaine. En ce qui concerne cette réouverture de la frontière, la Fédération avait précisé mercredi qu'il s'agissait d'un pas dans la bonne direction mais qu'elle ne touchait qu'une partie des bovins et qu'il restait encore beaucoup de chemin à faire avant d'obtenir une réouverture complète. À l'Union des producteurs agricoles, on parlait hier d'une «lueur d'espoir» en disant qu'il s'agissait de l'«enclenchement d'un long processus administratif».

L'UPA a également signalé que l'ouverture de la frontière américaine n'aura aucun impact sur le dossier de l'acquisition de l'abattoir Colbex par la Fédération des producteurs de bovins, car les vaches de réforme ont beaucoup plus que 30 mois. «Cela n'a aucune incidence sur l'achat de l'abattoir. Les négociations sont suspendues pour la période des Fêtes mais reprennent la semaine prochaine», a dit sa porte-parole, Éliane Hamel.

Avec la Presse canadienne