Une autre hausse du taux directeur hors norme de la Banque du Canada

La banque centrale se dit prête «à agir avec plus de force» si nécessaire dans sa guerre contre l’inflation.
Photo: Adrian Wyld La Presse canadienne La banque centrale se dit prête «à agir avec plus de force» si nécessaire dans sa guerre contre l’inflation.

La Banque du Canada a procédé à une autre hausse de 50 points de base de ses taux d’intérêt et n’a pas fini. Elle se dit même prête « à agir avec plus de force » si nécessaire dans sa guerre contre l’inflation.

Bien que d’une ampleur hors norme, l’augmentation, mercredi, du taux directeur de la banque centrale canadienne de 1 % à 1,5 % avait largement été télégraphiée. Elle vient s’ajouter à une autre hausse de 50 points de base au mois d’avril, qui était la première du genre en 20 ans, et une autre, plus habituelle, de 25 points de base en mars. Toutes ces augmentations du loyer de l’argent arrivent après deux ans de taux d’intérêt gardés au plancher (0,25 %) pour aider l’économie à passer à travers la pandémie de COVID-19.

Et ce n’est pas fini, a prévenu mercredi la Banque du Canada dans son bref communiqué. Comme en avril, elle indique que « les taux d’intérêt vont devoir augmenter davantage ». En fait, a-t-elle précisé, son Conseil de direction est même « prêt à agir avec plus de force s’il le faut pour honorer son engagement à atteindre la cible d’inflation de 2 % ».

Pour le moment, on est loin du compte, a-t-elle toutefois admis, avec une inflation qui était à 6,8 % en avril et « qui devrait encore monter à court terme avant de commencer à diminuer ». Dans son dernier Rapport sur la politique monétaire, publié en avril, elle ne prévoyait d’ailleurs pas de retour à sa cible avant 2024.

C’est que, dit la Banque, « l’inflation continue de se propager », plus des deux tiers (70 %) des biens et services qui entrent dans la mesure de l’indice des prix à la consommation (IPC) affichant maintenant une hausse des prix supérieure à 3 %. « Le risque que l’inflation élevée s’enracine s’est accru. »

Frapper les esprits

 

La hausse du taux directeur au Canada fait monter les taux d’intérêt des banques et des autres prêteurs au pays. En rendant les emprunts plus coûteux et l’épargne plus payante, un taux directeur plus élevé freine les dépenses et l’investissement, réduisant du même coup la demande globale au sein de l’économie.

Durant la crise, la Banque du Canada avait aussi eu recours à l’injection de liquidités dans l’économie par l’achat massif d’obligations du gouvernement et d’autres actifs financiers, ce qu’on appelle de l’assouplissement quantitatif. En novembre, elle a cessé d’augmenter son bilan, et en avril, elle a commencé à le réduire en ne remplaçant plus les obligations qui arrivent à échéance.

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C’est l’augmentation du taux directeur, en point de pourcentage, annoncée par la banque centrale, et ce n’est pas fini, prévient-elle.

La forte hausse du coût de la vie ne se voit pas seulement au Canada. En fait, elle est même « essentiellement » tirée par l’augmentation des prix internationaux du pétrole, des aliments, des matières premières et de biens durables en raison de facteurs extérieurs, comme la reprise économique mondiale, les problèmes de chaînes d’approvisionnement et l’invasion de l’Ukraine par la Russie, avait expliqué en avril la Banque du Canada. À elle seule, cette guerre ajoute 0,7 point de pourcentage à l’inflation au Canada, avait-elle calculé par exemple.

L’économie canadienne n’en est pas moins « en situation de demande excédentaire », a réitéré la banque centrale mercredi. Il est vrai que la hausse des taux d’intérêt semble avoir contribué à ce que « l’activité sur le marché du logement se modère par rapport aux niveaux exceptionnellement élevés qu’elle avait atteints ». Elle constate cependant aussi que « les entreprises font état de pénuries de main-d’œuvre généralisées et [que] la croissance des salaires s’est mise à augmenter et à s’étendre à plus de secteurs ».

L’important, a répété mercredi la Banque du Canada, n’est pas seulement d’essayer de ramener l’inflation à sa cible, mais aussi « de garder les attentes d’inflation bien ancrées » dans l’esprit des ménages et des entreprises.

Les prochaines hausses

 

Bien qu’attendue, la décision de la banque centrale est venue avec des explications et un ton tellement déterminés qu’il ne fait plus beaucoup de doute que sa prochaine décision sur les taux d’intérêt en juillet sera une autre hausse de 50 points de base, ont prédit les économistes au Mouvement Desjardins Royce Mendes et Tiago Figueiredo dans une brève analyse. Elle pourrait même être de 75 points, ont-ils dit, avant d’ajouter ne pas croire que « les données justifieront une telle augmentation, le marché de l’habitation réagissant déjà négativement aux taux plus élevés ».

La Banque poursuivra ensuite à coups de hausses de 25 points de base, jusqu’à s’arrêter à 2,5 %, pensent leurs confrères de la Banque Nationale Taylor Schleich et Warren Lovely. Elle serait alors exactement au milieu de la fourchette allant de 2 % à 3 %, c’est-à-dire ce qu’elle estime être le « taux neutre », où elle n’accélérera plus, mais ne freinera pas non plus l’activité économique. Il n’est toutefois pas impossible qu’elle aille un peu plus loin, notent les deux économistes, à en juger par le niveau d’inquiétude qu’elle a semblé exprimer mercredi.
 


Une version précédente de ce texte indiquait qu'une hausse de 25 points de base avait eu lieu en janvier, alors qu'elle a plutôt eu lieu en mars. L'erreur a été corrigée. Nos excuses. 

 



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