Les immigrants au Québec sont plus nombreux et mieux intégrés qu’il n’y paraît

Le nombre total de nouveaux résidents étrangers au Québec a augmenté pour une quatrième année consécutive.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Le nombre total de nouveaux résidents étrangers au Québec a augmenté pour une quatrième année consécutive.

Le Québec accueille beaucoup plus de nouveaux arrivants qu’il n’y paraît et les intègre économiquement beaucoup mieux qu’auparavant, constate une étude. Aux prises avec une pénurie de main-d’œuvre, il devrait maintenant augmenter ses seuils officiels d’immigration, en ayant particulièrement en tête les régions.

À propos des immigrants, le gouvernement Legault a dit vouloir « en prendre moins, mais en prendre soin », rappelle l’Institut du Québec (IdQ) dans le communiqué de presse accompagnant le Portrait de l’immigration au Québec dévoilé mercredi. Or, même s’il a réduit de 51 000 à 40 000 le seuil de nouveaux immigrants permanents à sa première année au pouvoir, le nombre total de nouveaux résidents étrangers au Québec a augmenté pour une quatrième année consécutive, le solde migratoire externe global — le total des arrivées moins les départs au Québec — indiquant un gain record de presque 93 500 nouveaux arrivants en 2019.

Cette hausse vient de l’augmentation constante du nombre de travailleurs immigrants et d’étudiants étrangers admis en vertu de permis temporaires. Leur total est passé, en dix ans, de 79 000 en 2012 à 177 000 en 2021. La pandémie de COVID-19 et le resserrement des règles sanitaires aux frontières sont venus diminuer fortement le solde migratoire total à 14 000 en 2020 et à 44 000 en 2021. Passé d’un peu moins de 125 000 en 2019 à 97 000 en 2020, le nombre de permis de résidence temporaire délivrés par le gouvernement du Québec a toutefois rapidement rebondi l’année dernière, à presque 136 000.

Meilleure intégration économique

 

Il n’y a pas que le nombre d’immigrants temporaires qui a fortement changé depuis quelques années, poursuit l’IdQ dans son rapport de 69 pages. Le degré d’intégration économique des nouveaux arrivants s’est aussi nettement amélioré.

Le taux de chômage des immigrants reçus de 25 à 54 ans a, par exemple, fondu de plus de moitié en dix ans, passant de 12,7 % en 2012 (contre 6,5 % pour les populations nées au Canada) à 5,3 % en avril dernier (contre 2,9 %). Encore loin derrière celui de l’Ontario (75,1 %) ou bien celui de la Colombie-Britannique (76,7 %), le taux d’emploi de l’ensemble des immigrants reçus au Québec a, par ailleurs, bondi de 69,9 % à 81,9 % et rattrapé tout son retard sur les autres provinces.

 

Des progrès sont aussi observés du côté des revenus. Au Québec, la rémunération hebdomadaire moyenne de l’ensemble des immigrants reçus accusait en 2012 un retard de 8,5 % par rapport aux populations nées au Canada. Cet écart avait diminué à 2,8 % en 2020, avant que la pandémie ne frappe plus durement les travailleurs immigrants et ne recreuse l’écart à 6,4 % en 2021. Le rattrapage est encore plus spectaculaire lorsqu’on concentre son regard sur les seuls immigrants économiques, dont le retard salarial, un an après leur admission à la résidence permanente, s’élevait à 40 % par rapport à la médiane québécoise en 2010 et qui n’était plus que de 1,3 % en 2019.

Le recours grandissant à l’immigration temporaire n’est pas étranger à cette meilleure intégration économique des immigrants au Québec, ont indiqué en entrevue au Devoir deux des auteurs de l’étude. En effet, le fait d’avoir de l’expérience professionnelle au Canada aide grandement à cette intégration, observe l’économiste Daye Diallo. Et si la proportion des nouveaux immigrants reçus qui disposent d’une telle expérience est passée, en dix ans, de 37 % à 57 %, c’est que plusieurs d’entre eux travaillaient déjà au Québec à titre d’étudiants internationaux ou de travailleurs temporaires.

L’augmentation du nombre d’immigrants et leur meilleure intégration économique des dernières années découlent également du vieillissement de la population québécoise et des besoins de plus en plus pressants de main-d’œuvre des entreprises, poursuit la présidente-directrice générale de l’IdQ, Mia Homsy. « C’est clairement l’effet du resserrement du marché du travail, qui profite à tous les travailleurs, mais davantage aux immigrants. »

Pourrait faire mieux

 

Tout ne va cependant pas pour le mieux dans le meilleur des mondes, précise l’IdQ. Si l’augmentation du nombre de travailleurs temporaires aide les entreprises à faire face à la pénurie de main-d’œuvre, elle se fait souvent au prix d’une plus grande précarité pour ces travailleurs étrangers, parfois aux prises avec des permis de travail reliés à un employeur abusif ou inéquitable et avec des conditions de travail moins favorables, ne pouvant pas faire venir leurs familles ou montrant une méconnaissance de leurs droits. La situation n’est pas idéale non plus pour les employeurs, qui voudraient pouvoir compter sur une main-d’œuvre plus stable à long terme.

Pour compliquer les choses, les délais d’obtention de la résidence permanente pour ces travailleurs temporaires « sont, de loin, beaucoup plus longs au Québec qu’ailleurs au Canada ». Principalement attribuables au gouvernement fédéral, ces « délais administratifs démesurés » qui peuvent s’échelonner sur 37 mois en amènent certains, malheureusement, à se tourner vers d’autres provinces, comme l’Ontario.

L’IdQ constate également que, malgré les efforts, la régionalisation de l’immigration est « au point mort », la grande région de Montréal accueillant encore et toujours près de 85 % des immigrants au Québec. Or, les besoins de main-d’œuvre sont souvent bien plus grands ailleurs. De plus, l’intégration économique, sociale et linguistique des immigrants à la majorité francophone se ferait probablement encore mieux à l’extérieur de la métropole.

L’IdQ recommande notamment de rehausser les seuils annuels d’immigration en priorisant les régions. Aux 50 000 nouveaux immigrants reçus prévus, Québec pourrait ainsi accepter un maximum de 10 000 demandes supplémentaires qui seraient soumises par des immigrants temporaires déjà installés en dehors des grands centres.

À défaut de grands ambassadeurs comme Montréal international et Québec international, les régions devraient pouvoir compter davantage sur Investissement Québec international ainsi que sur leurs cégeps et universités pour attirer plus d’étudiants internationaux et de travailleurs temporaires qualifiés.

Comme les délais de traitement des demandes sont très longs et qu’ils sont généralement imposés à des immigrants temporaires qui travaillent déjà au Québec, l’IdQ estime qu’on pourrait aussi abolir l’obligation d’expérience professionnelle avant le dépôt d’une demande de résidence permanente. Pour réduire les délais, Ottawa devrait aussi céder plus de pouvoirs à Québec dans le traitement des demandes des immigrants économiques.

En vidéo - Que se passe-t-il sur le chemin Roxham?

  

 

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