Mastercard, Visa et la fin des cartes de crédit

Dès l’automne prochain, les consommateurs pourraient voir leur facture gonfler de quelques points de pourcentage s’ils décidaient de régler la note avec leur carte de crédit plutôt qu’avec un autre moyen de paiement.
Photo: Annik MH de Carufel Archives La Devoir Dès l’automne prochain, les consommateurs pourraient voir leur facture gonfler de quelques points de pourcentage s’ils décidaient de régler la note avec leur carte de crédit plutôt qu’avec un autre moyen de paiement.

Conspuées par des commerçants qui rechignent de plus en plus à assumer les frais transactionnels qu’elles leur imposent, Visa et Mastercard espèrent sauver les meubles en se présentant ces jours-ci comme le meilleur rempart contre la fraude bancaire, tout en préparant le terrain pour la disparition pure et simple de la carte de crédit.

Visa et Mastercard remettront aux commerçants canadiens 131 millions de dollars pour des frais de transaction jugés excessifs perçus depuis le 23 mars 2001. En plus de pouvoir réclamer individuellement jusqu’à 600 $ aux deux émetteurs dans le cadre de ce règlement survenu à la suite d’actions collectives, les commerçants pourront à partir d’octobre prochain repasser à leurs clients les frais additionnels qui continueront à leur être imposés.

Dès l’automne prochain, les consommateurs qui verront ainsi leur facture gonflée de quelques points de pourcentage s’ils décident de régler la note avec leur carte de crédit plutôt qu’avec un autre moyen de paiement seront certainement tentés de laisser leur Visa ou leur Mastercard dans leur portefeuille.

Redoutant cette éventualité, les deux sociétés souhaitent donc redéfinir leur rôle dans le marché du paiement pour demeurer des incontournables à la caisse. Le virage numérique des dernières années a fait éclater l’industrie des paiements. Ce virage regorge d’occasions pour les deux géants.

En un mot, à leurs yeux, il faut rétablir la confiance. Les cybercommerçants doivent être rassurés sur l’identité de leurs clients virtuels. Les consommateurs en boutique ne doivent pas craindre de voir leur information personnelle subtilisée.

Ces dernières semaines, les deux sociétés de crédit ont d’ailleurs annoncé des investissements massifs dans la sécurité des systèmes de paiement pour regagner la confiance à la fois des banques, des détaillants et des consommateurs.

En direct de Vancouver

 

Visa et Mastercard traitent ainsi de sécurité informatique, car trop d’internautes utilisent pour la majorité de leurs comptes les mêmes mots de passe — des mots de passe parfois trop faciles à deviner. Ainsi, la question de la sécurité bancaire déborde jusque dans la gestion d’identité.

L’adoption de systèmes de paiements hybrides en ligne et en personne par les commerçants accentue cette tendance. Dans sa volonté de renforcer la sécurité de ses systèmes, Visa a annoncé en avril qu’elle avait investi plus de 9 milliards $US dans son arsenal de cybersécurité et de prévention de la fraude. L’entreprise dit avoir bloqué pour 26 milliards $US en transactions frauduleuses en 2021 seulement, grâce entre autres à des outils d’intelligence artificielle (IA). Visa dit pouvoir réduire d’un autre 28 % les cas de fraudes par carte de crédit.

Mastercard, de son côté, a officiellement inauguré à Vancouver il y a une semaine un centre de technologie lui aussi consacré à la cybersécurité. Faisant partie d’un important investissement total au Canada d’un demi-milliard de dollars, ce centre technologique chapeaute le travail fait ailleurs au pays par l’entreprise pour renforcer la sécurité des transactions par carte de crédit.

« Nous sommes en train de nous transformer d’une société financière en une société technologique », expliquait au Devoir pour l’occasion la présidente de MasterCard Canada, Sasha Krstic. « Nous misons grandement sur des technologies canadiennes pour innover et rendre le secteur des paiements plus sûr. »

Vancouver devient ainsi la septième ville dans le monde où Mastercard possède un tel centre. Son mandat sera d’intercepter les cas de fraudes par clonage de carte ou l’utilisation malicieuse de cartes prépayées. Ses algorithmes d’apprentissage profond détectent en une fraction de seconde et peu importe où dans le monde elles surviennent des transactions en apparence suspectes.

Mastercard dit avoir déjà bloqué pour 25 milliards $US en fraudes dans le monde au cours de la dernière année. L’entreprise croit pouvoir plus que doubler cette performance d’ici 2025 grâce à son centre de Vancouver.

Vers la fin de la carte de crédit

 

Cette expansion au-delà de la carte de crédit laisse entrevoir à Mastercard un futur pas si lointain — les adeptes des paiements sans contact via leur mobile le vivent déjà — où la carte de crédit ne sera plus un objet que l’on range dans son portefeuille. Dans la foulée de l’inauguration de son centre à Vancouver, l’entreprise a annoncé le lancement au Brésil d’une technologie de paiement par reconnaissance faciale qu’elle espère pouvoir commercialiser prochainement au Canada et ailleurs.

Annoncée comme peu coûteuse pour les commerçants, cette technologie utilise la caméra d’une simple tablette numérique pour confirmer l’identité de l’acheteur et porter la note à son compte de crédit. Mastercard promet de manipuler l’information de façon sécurisée et confidentielle. Elle voit beaucoup de potentiel à l’identification biométrique comme outil de paiement. Elle a même produit une version de cette technologie qui reconnaît les utilisateurs par le mouvement de leurs yeux.

Cette méthode d’identification permettrait par exemple d’authentifier l’identité des gens faisant des achats de façon virtuelle dans le métavers. Un jour, peut-être, ajoute-t-on rapidement chez Mastercard. Car il y a plus urgent en ce moment. Comme répondre aux demandes plus pressantes des clients — commerçants et consommateurs — déjà présents dans le monde réel.

Ce reportage a été réalisé grâce à l’invitation de MasterCard Canada à Vancouver.



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