La pharmaceutique Sanofi quitte le Québec pour l’Ontario

Le géant pharmaceutique français Sanofi tourne une importante page de son histoire au pays en préférant l’Ontario au Québec. Dans le cadre d’une restructuration à l’échelle nationale, Sanofi Canada fermera dès décembre son siège social et son centre de distribution québécois, ce qui mènera à la disparition d’environ 85 emplois, a appris Le Devoir.

L’entreprise a confirmé ces informations par courriel : « [Malgré le fait] que nous n’aurons plus notre siège social et notre centre de distribution au Québec à la fin de 2022, nous maintiendrons une présence dans la province afin de continuer à servir les patients et nos clients. »

Près de 85 employés qui travaillent à Laval ou à Kirkland se retrouveront ainsi sans emploi d’ici la fin de l’année. L’entreprise s’engage « à traiter tous [ses] employés avec respect lors de la mise en œuvre de ces changements et à les soutenir pendant toute cette période ». Ils auraient été informés de cette restructuration dans les derniers mois ; certains se sont fait offrir des indemnités de départ. L’entreprise indique dans son courriel que « les détails concernant les employés ou les changements organisationnels sont confidentiels ».

La fin des activités québécoises de Sanofi découle d’une restructuration à l’échelle canadienne. La multinationale affirme préférer concentrer sa présence en un seul lieu, soit Toronto. Cela favorisera « un environnement hautement collaboratif entre collègues, ce qui permettra un meilleur partage des idées, des expériences et des compétences entre les équipes ».

85
C’est le nombre d’emplois qui seront coupés au Québec d’ici décembre.

En mars 2021, la division Sanofi Pasteur annonçait l’ouverture dans la Ville Reine d’une usine de production de Fluzone, son vaccin contre la grippe destiné aux aînés. Plus de 815 millions de dollars canadiens seront injectés dans la construction de ces nouvelles installations, un chantier qui se fera en partenariat avec les gouvernements du Canada, de l’Ontario et de Toronto.

« Une décision d’affaires »

« Ça me paraît être une décision d’affaires qui, bien que malheureuse pour Montréal et le Québec, s’appuie sur une certaine logique pour une compagnie comme Sanofi », note Frank Béraud, p.-d.g. de Montréal InVivo, qui regroupe des centaines d’organisations et de centres de recherche dans les sciences de la vie et des technologies de la santé de la grande région de Montréal.

Il ajoute : « Moi, ce que ça me fait dire, c’est que les efforts que l’on fait pour attirer des usines — comme celle de Moderna, récemment —, c’est important et stratégique pour pouvoir conserver ou attirer d’autres sièges sociaux canadiens dont celui — pourquoi pas ? — de Moderna, par exemple. »

Sanofi emploie actuellement environ 2000 personnes au Canada. En 2021, elle a investi plus de 143 millions de dollars dans la recherche et développement au pays.

Mais si ses investissements ont crû ces dernières années, l’empreinte de l’entreprise au Québec s’est affaiblie dans la dernière décennie. En 2012, Sanofi éliminait plus de 125 emplois dans la région métropolitaine, dont la majorité à Laval, où se trouvaient son laboratoire et son site de production.

L’entreprise n’était alors pas la seule multinationale à réduire significativement ses effectifs dans le monde — et dans la région de Montréal, plus spécifiquement. Toujours en 2012, Johnson & Johnson et AstraZeneca fermaient leur centre de recherche dans la métropole, éliminant respectivement 126 et 132 emplois. À l’époque, les multinationales soutenaient devoir restructurer leurs activités à cause d’une perte anticipée de revenus découlant de l’expiration de certains brevets lucratifs.

Cette fois, le transfert des activités de Sanofi se déroule au moment même où une autre pharmaceutique, Moderna, se prépare à s’installer à Montréal. Lors de l’annonce de l’arrivée de la pharmaceutique américaine spécialisée dans les vaccins à ARNm dans la métropole, le premier ministre François Legault s’était fièrement réjoui que le Québec ait damé le pion à l’Ontario : « Le Québec a gagné la bataille pour l’usine de Moderna. »

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