Une année difficile à avaler pour les pharmaceutiques

New York — Des médicaments efficaces mais potentiellement dangereux retirés du marché, des pressions renforcées pour la commercialisation de nouvelles molécules, des bénéfices en stagnation: 2004 restera pour l'industrie pharmaceutique l'«annus horribilis.

Depuis le retrait du nouvel anti-inflammatoire Vioxx, produit phare des laboratoires Merck & Co., qui augmente le risque d'accidents cardiovasculaires, la Food and Drug Administration (FDA, l'agence américaine du médicament) est décidée à prendre plus de précautions en ce qui concerne la mise sur le marché de nouveaux médicaments.

Ainsi les pressions sur la FDA se sont renforcées en fin d'année quand la firme Pfizer a rendu publics les résultats d'une étude menée avec le Celebrex, anti-inflammatoire appartenant à la même famille que le Vioxx — les inhibiteurs de la cox-2 — lui aussi responsable d'accidents cardiovasculaires.

Force est de constater que les industriels, qui n'ont que peu de molécules innovantes en cours de développement, luttent déjà contre l'augmentation des médicaments génériques. Certains experts estiment que ce secteur de l'industrie va prolonger sa politique de fusion de façon à faire face à la stagnation des bénéfices en réduisant les coûts.

«Cela a été une année difficile, en grande partie du fait des firmes pharmaceutiques elles-mêmes», observe le Dr Catherine DeAngelis, éditeur en chef du Journal de l'Association médicale américaine. «Elles n'ont pas eu l'honnêteté que nous attendions d'elles.»

À côté de la débâcle de Merck et de Pfizer, la compagnie britannique Chiron a elle aussi été frappée quand son usine britannique à partir de laquelle devait être produits la moitié de vaccins contre la grippe, a été bloquée par les autorités sanitaires. Sans compter le coup reçu lors de la parution de résultats d'essais cliniques inquiétants concernant les antidépresseurs chez les jeunes.

Nouvelles molécules

Vingt et une nouvelles molécules ont obtenu l'approbation de la FDA jusqu'en septembre 2004: notamment Avastin, nouveau traitement anticancéreux fabriqué par Genentech, et Vytorin, un anticholestérol de Bristol-Myers Squibb. Mais au-delà de ces produits, les observateurs sont bien en peine de citer des médicaments vraiment innovants ou tout simplement rentables.

La preuve du durcissement des procédures de mise sur le marché était visible quand, en octobre dernier, la FDA a refusé la mise sur le marché d'Arcoxia, le médicament de la firme Merck qui devait succéder au Vioxx, en attendant de recevoir des informations supplémentaires. De même, le patch de Procter & Gamble censé agir sur la libido des femmes a été renvoyé avant que des études plus approfondies évaluent ses risques réels.

D'ores et déjà, la compétition avec les génériques pose des problèmes aux firmes Bristol-Myers et Schering-Plough. Pfizer évalue à plus de 10 milliards d'euros (environ 16 millions de dollars), les pertes des trois prochaines années du fait de l'implantation des médicaments génériques. Des pertes que, de leur côté, les analystes revoient à la hausse pour les seuls Celebrex et Bextra, les deux nouveaux anti-inflammatoires de la firme Pfizer, du fait des risques cardiovasculaires qu'ils font courir.

Les analystes avaient misé sur une croissance de 8,37 % cette année pour l'industrie pharmaceutique mondiale, en augmentation de 4,75 % par rapport à 2003. Mais, selon eux, ce chiffre devrait redescendre à 7 % en 2005 et 2006.