Secteur public: la CSN est à bout de patience

La patience de la CSN à l'endroit du gouvernement Charest a atteint sa limite dans les négociations du secteur public.

Sans convention collective depuis juin 2003, les employés du secteur public québécois «ne vivront pas une deuxième année sans augmentation de salaire», a averti hier la présidente de la centrale syndicale, Claudette Carbonneau. «Avec un peu de volonté politique, je suis tout à fait confiante que l'on puisse y arriver dans les prochains mois. Il y aura un resserrement de la pression syndicale pour obtenir une conclusion complète.»

«Et ce n'est certainement pas l'offre odieuse de 12,6 % sur six ans, y compris l'équité salariale, de la présidente du Conseil du trésor qui constituera un terrain de règlement», a-t-elle fait savoir au moment de dresser un bilan de 2004 et d'envisager ce que l'année prochaine nous réserve. Les salariés du secteur public accusent déjà un retard salarial de 12,1 %, a-t-elle dit.

La présidente de la CSN a accusé le gouvernement d'avoir tout fait pour ralentir le rythme des négociations en engageant, notamment, le réseau de la santé dans un exercice de fusion forcée des unités d'accréditation qui ne pourra vraisemblablement pas être complété avant l'automne 2005. Elle a réaffirmé sa foi dans la solidité du front commun constitué dans cette lutte avec les deux autres grandes centrales, la FTQ et la CSQ.

De nature assez différente, le conflit à la SAQ ne rappelle pas moins, selon Mme Carbonneau, l'importance pour les syndicats de bien faire comprendre à la population les objectifs et les enjeux de conflits susceptibles de perturber les services publics. Elle en a profité pour qualifier d'«inadmissible» le fait que des consommateurs choisissent d'ignorer les grévistes. «Des piquets de grève, c'est sacré. On ne doit pas se placer comme coupe-gorge à l'endroit de femmes et d'hommes qui luttent pour des conditions de travail qui leur permettent de gagner dignement leur vie.»

Attaques contre le gouvernement

C'est toutefois sur le gouvernement Charest que Claudette Carbonneau préfère concentrer son tir. «Le gouvernement, au cours de la dernière année, a travaillé à arrondir les coins, mais sur les points essentiels, il continue à garder le cap. Il préconise toujours moins d'État sur le plan social, sur le plan fiscal, sur le plan économique. [...] Un gouvernement conservateur reste un gouvernement conservateur.»

Que ce soit en augmentant les prix de l'électricité, des garderies, de l'assurance médicaments et peut-être bientôt de l'assurance automobile, voire en mettant en place une «machine à fabriquer les partenariats public-privé», «le gouvernement s'est montré très équitable, selon elle. Tout le monde a eu droit à la ligne dure: les syndiqués du secteur public et du secteur privé, les groupes sociaux, les femmes, les plus pauvres de la société».

Sans parler des mesures adoptées en 2003, dont les effets ont commencé à se faire ressentir l'année dernière. Claudette Carbonneau en veut pour exemple la modification de l'article 45 du Code du travail sur le recours à la sous-traitance, qui a «bouleversé la paix industrielle», dit-elle. «C'est devenu un enjeu majeur dans pratiquement tous les conflits de travail que l'on a connus cette année à la CSN.»

La résistance des citoyens et des mouvements sociaux face à tous ces changements ne lui apparaît pas s'être émoussée au fil des mois. «Je ne fais pas du tout le bilan d'une mobilisation qui s'essouffle», a déclaré la chef syndicale, qui essaiera d'aller chercher un deuxième mandat de trois ans au poste de présidente à l'occasion du 61e Congrès de la CSN, qui aura lieu à Montréal du 9 au 14 mai. «Je pense que c'est une mobilisation qui est en train de prendre un rythme de croisière différent, qui s'adapte à la réalité d'un gouvernement qui va toujours lorgner vers les politiques de droite et qu'il faudra accompagner du souffle chaud de la mobilisation jusqu'au terme de son mandat.»